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Nouvelles Philip Shaw

2020 apparait tellement comme de la science-fiction, mais nous y voilà!

30 décembre 2019, Philip Shaw

C’est difficile de croire que nous en sommes là, mais 2019 tire à sa fin et pour plusieurs producteurs du grand Corn Belt nord-américain, il était grand temps.  Ce fut une année difficile. Au moment d’écrire cette chronique, il y a encore des producteurs dans les champs au travers de l’Ontario et du Québec qui en sont dans les derniers milles d’une récolte difficile. Remarquablement, la semaine avant Noël aura fourni parmi les meilleures conditions météo pour la récolte cette année. Les choses tirent à leur fin. 2020 n’est plus qu’à une semaine d’ici. 

C’est pratiquement de la science-fiction d’écrire ceci. Je rentre dans ma 34e année à rédiger cette chronique et tellement de choses ont changé. Ça semble d’un autre monde que j’écrivais cette chronique il y a 20 ans et que je parlais alors de cette chose qu’on appelait l’an 2000. 20 ans plus tard, je suis sûr que certains d’entres-vous ne savez pas de quoi il s’agit. Pas besoin de le dire, écrire l’année 2020 semble orwellien. Le temps continue de filer.

Alors que 2019 se termine, il est bien de regarder en arrière d’où nous arrivons et où nous pourrions nous rendre en 2020. L’an dernier à ce moment-ci, le gouvernement américain était sur le point d’entrée dans sa « fermeture partielle », ce qui aura empêché la présentation des chiffres des récoltes américaines du USDA de janvier. Cependant, ceux-ci auront finalement été diffusés en février, le USDA projetant alors le rendement final 2018 du maïs à 176,4 boisseaux/acre et celui du soya à 51,4 boisseaux/acre. Le prix du maïs à la bourse l’an dernier était d’environ 3,74 $US/bo. et celui du soya de 9,18 $US/bo.. La semaine dernière, le maïs était à 3,88 $US/bo. et le soya à 9,37 $US/bo..

À premier coup d’œil, ceci vous donne l’impression que rien ne sait passé dans la dernière année. Cependant, nous savons que ce n’est pas vrai alors que le printemps très humide dans l’Est du Corn Belt aura empêché les producteurs d’entrer dans le champ, résultant ultimement en un record d’acréages américains non ensemencés d’environ 14 millions d’acres. Autant le maïs que le soya ont progressé à cette annonce, mais les producteurs étaient dans un dilemme. Combien de la récolte devrait être contractée quand tu ne peux pas rentrer dans le champ?

J’ai ressenti cette douleur aussi. Dans le sud-ouest de l’Ontario, cette météo humide qui a occasionné autant d’acréages non ensemencés en Ohio et dans le Michigan n’était qu’un peu mieux de l’autre côté de la frontière. Je me suis battu avec mes semis de maïs pour finalement changer des acréages de maïs plutôt que de les semer jusqu’à la mi-juin. Au même moment, la pluie ne cessait pas, repoussant les ensemencements de soya jusqu’en juillet. C’était le printemps le plus brutal de ma carrière et alors que les semis se sont terminés au 1er juillet, les attentes pour le rendement étaient à leur plus bas. Tout le monde avait l’œil sur les garanties des assurances récoltes. Les prix des grains à la bourse ont tous grimpé avec la crainte de ces ensemencements.

Au même moment, nous étions en attente d’une forme de paix sur la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine pour libérer le commerce du soya. Cependant, c’était la pilule empoisonnée de 2019. Pratiquement chaque semaine il y avait des nouvelles à l’effet d’un accord commercial, qui ne sera jamais survenu. Alors que l’année tire à sa fin, les Américains disent qu’ils ont une entente phase 1 avec les Chinois pour l’achat de 50 milliards de produits agricoles. Cependant, rien ne peut être confirmé du côté chinois. Le marché des grains à la bourse a progressé à cette annonce, mais après autant de mauvais départs, il est encore engourdi de cette nouvelle.

Nous avons eu nos propres problèmes au Canada. Les Chinois ont arrêté d’acheter du canola, du porc et toute autre chose qu’il pouvait, en plus d’emprisonner deux Canadiens en réponse à l’arrestation de la cheffe exécutive de Huwaei. En essence, la politique canadienne chinoise était en ruine, notre premier ministre pensant en fait que les Américains pourraient nous aider en ne signant aucun accord commercial sans la libération par la Chine des deux Canadiens. C’était faible, mais le reflet de la frustration que nous avions avec la Chine au cours de la dernière année. Nous avons maintenant repris nos ventes de porc à la Chine, mais le canola reste dehors, dans la neige. Les producteurs ont été laissés pour compte dans l’embardée. 

Bien sûr, en octobre, nous avons eu une élection fédérale avec le parti Libéral de retour avec un mandat minoritaire avec le Bloc détenant la balance du pouvoir. Ceci crée certainement un peu d’anxiété pour les producteurs de l’Ouest canadien, mais les choses sont ce qu’elles sont. On passe à autre chose.

Le rendement 2019 du maïs en Ontario est probablement dans le haut des 160 bo./acre, peut-être même 170 boisseaux/acre, ce qui est remarquable considérant un début de saison aussi difficile. Les rendements dans le soya étaient un peu plus normaux considérant les mêmes problèmes. Bien sûr, toutes nos récoltes font face à la même compétition sur le marché d’exportation comme le Brésil, la mer Noire et les États-Unis. Heureusement, le dollar canadien qui joue toujours autour de 75-76 US aide les prix domestiques des grains.

Alors que nous passons à 2020, nous attendons à quel niveau le USDA établira les rendements finaux américains. En novembre, le USDA a estimé celui du maïs à 167 boisseaux/acre et le soya à 46,9 boisseaux/acre. Le 10 janvier prochain, nous apprendrons la vérité, ou enfin au moins la vérité du jour, alors que le USDA change souvent ces chiffres au mois de septembre suivant. Nous attentons plusieurs solutions politiques à nos problèmes commerciaux. Nous attendons pour des innovations technologiques qui rendront l’agriculture plus simple et sécuritaire. Nous attendons la prochaine nouvelle chose.

Merci à vous tous pour votre indulgence cette année. J’apprécie beaucoup mes amis du Québec et mes lecteurs. Bonne année. Faisons de 2020 une année à se remémorer.

 


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