Il y a plusieurs mois, le président des producteurs de soya et de maïs du Mato Grosso (Aprosoja-MT) avait lancé une proposition qui pourrait permettre aux producteurs de semence de cet État d’ensemencer leur soya qui sera utilisé pour les semences jusqu’à la mi-février. Cette proposition a rapidement suscité des critiques du milieu scientifique qui considère qu’il sera plus difficile de lutter contre la rouille du soya. Cette dernière est la principale maladie du soya brésilien. Et jusqu’à maintenant, les principaux producteurs de semence de l’État ont également réagi.
Les nouvelles réglementations, qui étaient entrées en vigueur en 2015, stipulaient qu’aucune culture de soya ne pouvait être ensemencée au-delà du 31 décembre et que tous le soya devait être récolté au plus tard le 5 mai. En outre, entre juin et septembre, aucun semi de soya vivant n’était autorisé. Le règlement interdisait également expressément toute seconde récolte de soya dans le même champs lors de la saison de la croissance des semis. Cette nouvelle réglementation se justifiait par le fait qu’une période plus longue sans la présence de soya aux champs permettait de diminuer les chances de survie des spores de la rouille du soya d’une saison à l’autre, réduisant ainsi les coûts de contrôle.
Les scientifiques et certains producteurs de semences ont mentionné que l’extension de la saison de croissance du soya pourrait accroître les risques de la propagation de la rouille de soya, forçant ainsi l’augmentation de l’application de fongicide qui pourrait renforcer les chances de résistance de la maladie face aux fongicides populaires. En d’autres terme, il pourrait y avoir une augmentation des coûts à long terme pour tous les producteurs de soya de l’État en échange d’un gain à court terme pour quelques petits producteurs de semence.
Trois gros producteurs de semence du sud du Mato Grosso ont également présenté leur opposition à la proposition. Les porte-parole du groupe Bom Jesus, qui produira cette année environ un million de sacs dans le Mato Grosso, ceux de Bahia et Piaui Petrovina, qui devrait aussi fournir environ 1 million de sacs cette année, et ceux de Girassol Agricols, qui pourrait produire environ 800,000 sacs, ont mentionné que cette proposition équivaut «à se tirer une balle dans le pied».
Ils avancent que permettre aux producteurs de semences de semer du soya plus tard au cours de la saison de croissance pourrait perturber le système de production de semences de l’État. La rouille du soya est plus difficile à contrôler au fur et à mesure que la saison de croissance avance. Ils estiment que les petits producteurs de semences n’auraient pas les moyens financiers pour appliquer les fongicides de façon répétée pour lutter contre la maladie, permettant ainsi aux spores de rester viable jusqu’à la prochaine saison de croissance.
De leur côté, les partisans de la proposition avancent que les ensemencements tardifs donneraient une seconde chance aux producteurs de produire des semences si la première récolte est de mauvaise qualité en raison des pluies excessives. Ils considèrent que des semis de mauvaise qualité sont difficiles à stocker et à conserver jusqu’à la prochaine saison de semence. Ils estiment aussi que la production de petites quanlités de semence pour leur propre usage permettrait d’éviter des problèmes de livraison des semences au moment des ensemencements et de contribuer à faire baisser les prix.
