Premier lundi de janvier, les affaires reprennent même si la dinde, la tourtière et les petits gâteaux de grand-mère Carole nous rappellent les défis qui nous (me) font face. Je vous parlerai uniquement de maïs aujourd’hui à l’aube du très attendu rapport USDA de lundi prochain. Je réserverai d’autre sujet pour le reste de la semaine.
Maïs: +10 à 4.06 sur mars’15 et +9 à 4.29 sur déc’15
Soya : +37 à 10.39 sur janv’15 et +31 à 10.25 sur nov’15
Tourteau : +12.50 à 369.00 sur janv’15 et +9.40 à 333.50 sur déc’15
Porc : -2.05 à 79.575 sur fév’15 et +0.25 à 91.975 sur juin’15
Bœuf : +0.10 à 166.225 sur fév’15 et +0.25 à 157750 sur juin’15
CAD : -0.09 à 84.90 sur mars 2015
Maïs : CAT de mars à 4.06 $/bu
Depuis les bas de la saison le 1er octobre à 3.20 $/bu (référence DEC), le prix est sur une tendance haussière ayant même atteint 4.17 $/bu la semaine dernière. La grande question que plusieurs se posent est comment se fait-il que le prix grimpe non seulement à l’automne où il y a une abondance de grain, mais aussi dans un contexte de récolte record? Évidemment c’est très difficile de répondre à cette question avant le rapport du 12, mais voici quand même des pistes de solution.
Remise en question des surfaces. Actuellement l’USDA utilise des surfaces de 90.9 million d’acre alors que le Farm Service Agency (FSA), l’agence qui certifie les acres enregistrés sous divers programmes gouvernemental publiait 86.285 en décembre. Depuis sa création en 2007, ce serait la plus grande divergence entre la FSA et l’USDA et il apparait probable que l’USDA réduise la production via une plus faible superficie en culture.
Rappel à l’ordre du rendement. Certain experts ont parlé d’un rendement de 178 ou même 180 boisseaux à l’acre vers la fin de l’été. Cependant des états comme l’Iowa et Minnesota n’ont pas enregistré d’aussi fort potentiel de rendement en fin de parcours si bien que l’USDA nous donne plutôt 173.4 en moyenne nationale. Statistiquement, la variation du rendement entre décembre et en janvier ne suggère pas une révision aussi grande et le rendement devrait plutôt se situer entre 171-175.
Les participants non-commerciaux (spéculateurs) ont régulièrement prit la contrepartie des producteurs. La position des spéculateurs est passé de légèrement short en septembre à long de près de 200,000 contrats. À titre comparatif, ils étaient longs à 281,000 contrats lors de la sécheresse de 2012. Je pense que ce qu’il est important de noter c’est que les fonds sont largement acheteur dans un contexte où il est difficile de parler d’une rareté avec près de 2 milliards de boisseaux en stock de fin et un ratio d’utilisation de 14.6% (un sommet depuis des années). Le but ici n’est pas de contredire leur position, mais bien de comprendre les enjeux pour le rapport de lundi et les mois à venir dans le sens où si jamais l’inventaire demeure stable, l’appétit des spéculateurs à supporter les prix risque de diminuer, tout comme leur position nette.

L’éthanol, la gazoline et le baril de pétrole. Plusieurs facteur expliquent la baisse violente des prix de l’énergie mais c’est en majeure partie dû à la surproduction des pays de l’OPEP. L’offre dépasse clairement la demande et les stocks s’accumule à un rythme effréné. L’éthanol est depuis 2008 utilisé comme substitut à la gazoline (mandat) jusqu’à 10% dans le mix d’essence. Disons que c’est une subvention déguisée mais qui n’est pas dénoué de sens au plan économique puisqu’habituellement l’éthanol est moins cher et que son indice d’octane est élevé. Bref, c’est rentable de blender. Actuellement ce n’est plus autant le cas puisque le gallon d’éthanol vaut plus que le RBob. Il existe toujours une rentabilité à produire, notamment avec la revente des drèches, mais le visage de l’industrie ne sera plus le même si ces conditions perdurent. Le graphique suivant montre une prime de 26 cents le gallon pour l’éthanol.

Nous avons vu la production d’éthanol depuis le début du mois de novembre à de hauts niveaux grâce à des marges de production très élevées, cependant une partie de cette production se retrouve dans une augmentation des inventaires. Bref, la surproduction n’est pas consommée et l’excédent est stocké. Il faudra voir si la baisse des prix de l’essence stimulera suffisamment les automobilistes à parcourir plus de kilomètre.
Production :

Stocks :

Pour ce qui est des exportations américaines, elles sont pour l’instant en ligne avec les prévisions de l’USDA. Le défi majeur dans les mois à venir sera sans l’ombre d’un doute la force du billet vert. Les plus importants partenaires commerciaux sont le Japon (24.3% des exportations), le Mexique (21.5%), la Corée du Sud (10.2%) et la Chine incluant Taiwan (8%). Le Yen et le peso ont subi de forte dévaluation depuis des mois si bien que les importations en provenance des États-Unis ont fortement chuté. Une bonne indication de la force du dollar américain est le Dollar Index. Je pense que le graphique suivant parle de lui-même. Le taux de change ne porte pas réellement problème pour les exportations qui sont déjà confirmées, mais celles qui ne le sont pas encore vont couter drôlement plus cher. L’USDA prévoit des exportations 2014/15 à 44.45 millions de tonnes. Au 25 décembre dernier, un total de 26.9 était soit déjà exporté (12.1) ou promise (14.8) à l’international. C’est donc dire que près de 40% ou 17.55 million de tonnes reste à commercialiser pour le reste de l’année dans des conditions possiblement difficile.

Par contre il faut prendre en compte la dynamique des monnaies qui affecte aussi les autres grandes régions productrices de céréale. Je parle ici surtout du réal brésilien, du rouble russe, du peso argentin ainsi que du hryvnia de l’Ukraine. Toutes ces devises ont connu une violente dépréciation dans les derniers mois si bien que le grain en inventaire devient un actif en soi. L’effet net demeure incertain, mais il est possible de voir ces nations réduire le grain disponible à l’exportation dans le but de réduire l’impact négatif du taux de change sur leur économie globale.
Conclusion
Sans une diminution majeure de l’inventaire de fin lors du rapport de lundi, il m’apparait difficile dans le contexte actuel de créer une pénurie via la demande et que les prix grimpent significativement d’ici le printemps. Ce sera peut-être de courte durée puisqu’après tout nous sommes dans un record mondial d’inventaire et une hausse des prix ne fera qu’encourager le producteur à planter d’avantage l’an prochain!
Suivez Groupe LNT sur Twitter!
