Aujourd’hui le 28 juillet,
· Le prix du contrat de porc d’août explose à 79.50 (+2¢/lb)
· Le prix du porc découpé fait un nouveau haut depuis 1 mois, sur une tendance haussière
· La marge des abattoirs est à un sommet de 4 mois, à 15$US/tête
· L’écart entre le prix cash et le contrat d’août est relativement élevé
· Le prix du porc en Chine a augmenté de 47% en 3 mois, à 100$US/tête de plus qu’aux États-Unis
· Plusieurs chaines de restauration augmentent la présence du porc dans leur menu en raison du faible prix
Rédigé par Gabriel Joubert-Séguin, Stratège de marché chez R.J. O’Brien et Associés Canada
**R.J. O’Brien et Associés est le plus important courtier de commodité à la Bourse de Chicago avec plus d’un siècle d’expérience**

Le prix du porc a bien augmenté aujourd’hui, avec le contrat du mois d’août qui fait un sommet d’un mois et demi, alors que les autres livraisons font du statuquo depuis quelques semaines. Malgré un prix cash en baisse de 0.20¢/lb par jour depuis près de 2 semaines, les projections pour les livraisons à la mi-août sont très optimistes. Premièrement, le prix du porc découpé fait un nouveau sommet à 86.21¢US/lb (graphique 1) démontrant que la demande est bonne même si la production reste élevée. Cela fait le bonheur des abattoirs qui voient leur marge exploser à plus de 15$US/tête (graphique 2) ce qui pourrait les inciter à enchérir les prix des carcasses afin d’assurer un approvisionnement maximal. Par contre, le prix cash d’hier était seulement à 78.30 ¢/lb et l’indice du CME sortira demain à 78.36 ¢/lb (-0.16). D’ici 13 jours ouvrables, le prix du contrat d’août ira rejoindre celui de l’indice, mais ils semblent plutôt s’écarter à court terme. Alors que l’écart entre le prix du contrat d’août et celui de l’indice étaient à leur moyenne de la dernière décennie, le rebond d’aujourd’hui cause un écart de plus d’une cent la livre (graphique 3). Depuis 10 ans, c’est seulement arrivé à 2 reprises que le prix du contrat soit si élevé comparativement à l’indice du prix cash, soit en 2010 et 2011. La différence avec aujourd’hui est que le prix cash du porc était en ascension et pas en diminution. En résumé, le prix du contrat d’août a peu de potentiel haussier supplémentaire, commercialiser ses ventes du mois prochains à 210$CA/100kg semble un très bon début.
Pour les prix des livraisons d’octobre et décembre, il reste encore du potentiel. Notamment, le marché chinois continue d’alimenter les espoirs de voir le plus gros consommateur de porc acheter massivement sur les marchés mondiaux. Avec la baisse de 20% du cheptel reproducteur en 2 ans, la production a évidemment diminué et l’effet sur les prix commence à se faire ressentir. Depuis la mi-avril, le prix du porc est passé de 0.85 $US/lb à 1.25 $US/lb. L’écart entre le prix chinois et le prix américain est maintenant de 0.47$US/lb ou 100$US/porc !! La Chine détient Smithfield Foods et ils ont la capacité d’exporter l’équivalent de 100 000 carcasses par semaine. Considérant une marge de 100$US/tête, ça leur ferait 10 millions $US de plus par semaine (moins les frais de transport évidemment). Par ailleurs, Rabobank qui est le plus gros créditeur agricole en Chine a donné ses perspectives sur le marché mondial du porc pour le 3ème trimestre de 2015. Selon Rabobank, les importations chinois vont prendre de l’expansion à la deuxième moitié de 2015 et pendant toute l’année 2016.
La demande ne semble pas seulement avoir du bon potentiel outremers, également en Amérique du Nord. Récemment, plusieurs chaînes de restauration américain ont dévoilé leur changement de menu afin d’inclurent plus de porc en raison du faible prix. D’une part, il y a McDonald avec un menu déjeuner 24hrs pour stimuler la vente de saucisses; Garza’s Chicago Q restaurant qui ont ajouté 6 nouveaux items avec du bacon et pulled-pork; Wendy’s Co. a ajouté l’extra de bacon frit (et oui, du bacon frit!); Potbelly Corp. a lancé un nouveau sandwich au pulled-pork; et Papa John’s ajoute du bacon sur sa pizza double cheeseburger. Bref, les américains ajoutent plus de bacon et de pulled-pork à leur gastronomie. Ceci démontre bien l’effet de substitution entre le prix du bœuf et du porc à moyen terme : contraintes à satisfaire l’appétit du consommateur sans augmenter leur prix, les chaînes de restauration se retournent vers le porc qui est nettement moins cher que le bœuf. L’effet de substitution ne se fait pas instantanément puisqu’il y a des coûts à changer un menu et l’approvisionnement, mais lorsque l’écart de prix persiste durant plusieurs mois, la demande pour la viande la moins chère augmente.
Graphique 1 – Prix du porc découpé depuis 2 ans (¢us/lb)

Graphique 2 - Marge des abattoirs ($US/tête)

Graphique 3- Écart entre le prix cash du porc et le contrat à terme d’août

Bonne soirée,
GABRIEL JOUBERT-SÉGUIN, CAIA
