Mercredi 18 mars, 2PM.
Je n’ai pas encore vu le budget, mais j’imagine qu’il sera sobre. Peut-être même un peu beaucoup plate. Et probablement volontairement ainsi pour éviter de trop brasser la cage politiquement. Impossible de gonfler les déficits davantage, impossible aussi de faire une austérité brutale… impasse, donc. On va peut-être alléger un peu la pression fiscale de façon ciblée, tenter de s’attaquer au logement, essayer de réduire le coût de la vie “incompressible”, puis espérer miser sur les revenus futurs via la productivité et les salaires. Vous êtes endormi déjà?
On parle beaucoup du budget du Québec et de la classe moyenne. Des chèques, des crédits, des mesures rapides. Tout ça peut aider un peu. Mais pour moi, la vraie question économique est ailleurs. Depuis la naissance de mon fils, mon premier bébé, il y a quelques semaines, quand je le tiens dans mes bras à 4 heures du matin, je pense beaucoup moins au court terme. Je me soucie un peu moins des variations du Dow Jones à chaque seconde. C’est un peu la même chose ici avec le budget. Court terme, long terme. Honnêtement, les prochaines élections, les prochains sondages, la prochaine manchette… pas que ce n’est pas important, au contraire, mais ça m’intéresse moins que le long terme. Les décisions court terme, c’était en 2020, en pleine urgence pandémique. Là, il fallait agir tout de suite et penser après. Aujourd’hui, ce qui m’importe, c’est le Québec dans lequel mon fils va vivre dans 20 ou 30 ans.
La politique devrait servir à ça: nous faire rêver à long terme. Bâtir quelque chose de solide, pas seulement gérer l’urgence. On dirait qu’on passe notre temps à éteindre des feux. On fait ça depuis toujours… Je pourrais sortir la une de journal de 1982 ou relire Foglia dans les années 90 et 2000… et on aurait parfois l’impression d’être encore à la même place.
La réalité, c’est que le système actuel de déficits répétés finit par nuire exactement à la classe moyenne qu’on veut protéger. À court terme, on soutient la consommation. À long terme, on alimente la hausse des actifs comme immobilier, les marchés financiers, les terres agricoles, les masses monétaires, le cout de la vie en augmentation perpétuelle… et on creuse l’écart de richesse entre ceux qui possèdent déjà et ceux qui essaient simplement de suivre… et parfois juste de survivre. Si on veut réellement changer la trajectoire, il faut des décisions plus structurantes, parfois inconfortables, peut-être même impossibles politiquement. Par exemple, imaginer une règle budgétaire contraignante: un gouvernement incapable d’atteindre un réel retour à l’équilibre à l’intérieur de son mandat ne pourrait pas se représenter. Peu probable, oui. Mais ça illustre le type de discipline nécessaire si on veut arrêter de financer notre niveau de vie avec de la dette.
Des fois, c’est correct d’avoir mal. Même de souffrir un peu. Parce que dans l’adversité, il se passe souvent quelque chose de fascinant : on s’adapte on innove on invente. On change le monde, quoi. Les grandes transformations économiques et sociales ne naissent presque jamais dans le confort absolu. Elles naissent dans les périodes où on est obligé de se remettre en question. À force de gérer les problèmes à coups de plasters, on finit par s’affaiblir collectivement. On repousse les décisions difficiles, on anesthésie les symptômes sans traiter la cause, et sur le long terme, cette logique peut rendre une société plus vulnérable, moins agile, moins capable de créer de la richesse réelle.
Même logique en logement. Subventionner la demande ne règle pas le problème, ça fait souvent monter les prix. Le vrai chantier est du côté de l’offre: accélérer les permis, densifier près des transports, taxer les terrains vacants, réduire les coûts réglementaires, permettre davantage de projets approuvés automatiquement. Moins de micro-gestion publique, plus d’initiative privée. Le logement ne se règlera pas en un an peu importe la couleur du gouvernement. Ni la santé. Ni l’éducation. Ce sont des enjeux structurels.
Au cœur de tout ça, il y a la productivité. Sans gains réels (investir davantage, automatiser, innover, produire ici plutôt que simplement importer) les salaires stagnent et la classe moyenne s’érode tranquillement. On est de plus en plus nombreux à avoir l’impression de payer davantage sans voir les services suivre au même rythme. Et si rien ne change, cette pression sera encore plus forte pour la prochaine génération. La pression sur les ressources, le système, et les infrastructures est de plus en plus grande.
Il faut aussi avoir une discussion adulte sur la taille et le fonctionnement de la machine étatique. La fonction publique et les syndicats jouent un rôle essentiel dans la stabilité sociale et la qualité des services. Mais à long terme, un État qui grossit plus vite que l’économie qu’il finance devient difficile à soutenir. La solution n’est pas de couper aveuglément, mais de moderniser: revoir certains processus, mesurer réellement la performance des programmes, favoriser la mobilité et l’innovation dans le secteur public, numériser davantage les services. L’objectif n’est pas d’affaiblir l’État, mais de le rendre plus efficace et plus agile.
Et il y a aussi l’environnement. C’est probablement le plus grand enjeu intergénérationnel de tous. Là aussi, les solutions faciles n’existent pas. Protéger l’environnement ne veut pas dire freiner la croissance, mais plutôt l’orienter intelligemment. Investir dans l’énergie propre, dans l’efficacité industrielle, dans les infrastructures durables. Accélérer les projets qui réduisent réellement les émissions, plutôt que multiplier les programmes complexes qui coûtent cher et livrent peu de résultats mesurables. Une économie plus productive et plus locale peut aussi être une économie plus verte.
Il faut aussi rendre la dette publique plus visible et possiblement rendre très difficile, voire impossible, tout dépassement majeur du cadre d’endettement. Ou adopter une règle simple: emprunter seulement pour des investissements productifs, pas pour financer les dépenses courantes. Ce sont des idées fortes, mais elles ont le mérite de replacer la discussion là où elle devrait être, c’est-à-dire sur la responsabilité intergénérationnelle.
Il n’existe pas de solution magique ou instantanée. C’est comme l’entraînement. Aller au gym une seule fois ne donne pas des pectoraux ni des abdos. Construire un vrai six-pack comme celui des pubs Calvin Klein avec la banane dans les bobettes, ça prend des années de discipline et de constance. Les finances publiques et la croissance économique fonctionnent exactement de la même façon.
Au fond, la classe moyenne n’a pas seulement besoin d’aide aujourd’hui. Elle a besoin d’un projet économique crédible pour demain. D’un État capable de tenir ses promesses. D’une économie qui crée plus d’opportunités que de dépendance.
La vraie politique, ce n’est pas seulement distribuer. C’est bâtir.
Faites-moi rêver.
Faites-moi rêver avec de l’encre un peu plus verte, un peu moins rouge.
Faites-moi rêver.
Faites-moi rêver.
Faites-moi rêver.
Faites-moi rêver.
Simon Briere | Stratège Principal
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