Bonjour,
On manque de superlatifs pour qualifier l’ascension des prix du porc ces temps-ci. Fantastique? Prodigieux? Du jamais-vu? Avec la faiblesse du dollar canadien (sous le niveau de 79 cents USD), les prix en dollar canadien sont à des sommets presque inégalés pour cette période de l’année. Et oui, on vit des temps bénis au niveau des prix du porc et peut-être même au niveau de la profitabilité pour un producteur de porc.
Comme Shakespeare l’écrivait : Hedger ou ne pas hedger, telle est la question? Il faut être très confortable avec ses liquidités et ne pas craindre une mauvaise décision si on vend d’avance. L’an dernier, les prix avaient commencé à grimper le 15 décembre 2020 pour arrêter durant le mois de juin 2021. Pendant près de 6 mois, les marchés ont monté, monté et monté. Cette année, les prix montent depuis 1 mois à peine, mais il faut absolument souligner que nous partons de pas mal plus haut en terme de prix.
Dans nos Extra-viande précédent, nous avons fait la nomenclature de tous les aspects qui supportent le prix du porc ces temps-ci (présence de SRRP et DEP aux Etats-Unis, exportations correctes sans être exceptionnelles, consommation domestique forte, inventaires bas). Mais qu’est-ce qui s’en vient? Qu’est-ce qui peut faire dérailler le train? On se fait avocat du diable ici. Voyons ce qu’on peut trouver de négatif à dire :
- La Chine
- Le pays vient de déclarer vouloir acheter des quantités élevées de viande de porc au cours des prochaines semaines afin de supporter le prix local. Les producteurs se plaignent depuis quelques temps de perdre des grandes quantités d’argent sur la production. Les prix du porc en Chine demeurent extrêmement bas, mais le problème demeure le coût de l’alimentation très élevé depuis 6 mois. La Chine voudra peut-être limiter les importations de viandes sur son territoire pendant quelques temps encore. Évidemment, économiquement, il ne fait aucun sens d’acheter de la viande sur les marchés étrangers. Par contre, il faut mentionner 2 choses : 1) le fameux deal agricole signé sous l’ère Trump que les Chinois doivent honorer en partie, 2) conserver des relations d’affaires commerciales avec les exportateurs américains (ne pas oublier qu’ils possèdent Smithfield…)

La rétention des truies- Les Etats-Unis ont consacré beaucoup d’efforts à étudier la perte des truies depuis 1 an maintenant en raison de diverses maladies ou encore de la Covid. Les producteurs sont probablement sur le point de mettre à contribution toutes les truies restantes afin de produite davantage de porcelets dans les prochaines semaines. Cette donnée sera TRÈS importante à suivre puisque nous pourrons déceler la craque dans l’armure des prix futurs (octobre / décembre 2022 / février 2023). On peut constater que, il y a quelques semaines, les producteurs n’envoient plus autant de truies vers les abattoirs. Un signe que la profitabilité est telle que les producteurs veulent augmenter leur production future?
Abattages de truies

Profitabilité théorique d’un naisseur- finisseur

- Le Canada
- Oui le Canada peut jouer le trouble-fête dans le monde du porc américain. En raison de sa proximité géographique, le Canada fait office soit de poubelle quand il y a surproduction aux Etats-Unis ou encore d’un sauveur quand les Américains ont besoin de porcelets… On sait que des brokers américains sont venus magasiner au Québec et en Ontario en janvier et février de cette année pour acheter des porcelets canadiens. Les prix qu’ils ont offerts ont surement fait tinter les portefeuilles des producteurs et cela arrivait à un bon moment pour les éleveurs de se départir d’une partie de leur cheptel de porcelets. Peut-on anticiper une légère hausse de la production vers la fin de l’été aux Etats-Unis en raison de ces livraisons?
Le graphique ci-bas n’est pas très parlant puisque les données nous arrive toujours avec 2 mois de retard. Aujourd’hui (9 fév), nous aurons les données de décembre 2021. Je serais davantage intéressé par les données de janvier et février 2022. Il faudra attendre en mars et avril pour cela…. Mais à trop attendre, il est parfois trop tard.
Ventes de porcelets canadiens vendus aux Etats-Unis

- La situation économique
- La situation économique revient tranquillement à la normale suite aux confinements et restrictions sanitaires. Le problème présentement est la lutte à l’inflation et ceci pourrait faire mal aux portefeuilles du citoyen américain et canadien moyen. La hausse du prix de l’essence et la hausse des taux hypothécaires pourraient faire dérailler l’économie américaine (récession?). L’indice des restaurateurs pourraient être un indicateur des événements à venir. Pour l’instant, nous sommes encore dans le moment d’avoir-notre-vie-d’avant, mais quand l’exubérance du début sera terminé…. On verra ce qui suivra. Le consommateur devra faire attention à son budget au cours des prochaines semaines et ceci pourrait bien jouer sur le prix des viandes qui sont très chères.

- Et pour finir, nous avons la présence possible ou non de la Peste porcine africaine en sol américain. CET événement est LE plus important de tous les facteurs. La baisse des prix serait brutale, mais temporaire. Temporaire puisque tout se termine au jour. Quand tous les pays seront contaminés, les grands joueurs reviendront probablement à des échanges commerciaux basés sur de nouveaux tests (dans les abattoirs, dans les conteneurs / certificat phyto, etc.) Mais avant d’arriver à ça, la production devra s’ajuster à une surproduction domestique temporaire.
En conclusion, la situation des prix du porc pourrait continuer leur parcours haussier à court terme en raison de la baisse constante des abattages (-4%), par contre, je pense qu’il faut commencer à regarder au-delà des mois d’été présentement afin de fixer certains prix puisque l’appât du gain est très puissant et que la production devrait reprendre un cycle de croissance bientôt (si les maladies sont bien contrôlées (SRRP / DEP) aux USA).
FREDERIC HAMEL, CFA
Avertissement :
Le contenu et les opinions exprimés dans le présent commentaire sont uniquement ceux de l'auteur(s) et ne sont pas nécessairement partagés par R.J. O'Brien & Associés Canada Inc. Les données et observations présentées ici ne sont fournies qu'à titre informatif et ne doivent pas être interprétées comme une indication ou garantie de rendement futur des marchés concernés. Le risque de perte dans les contrats à terme ou les options sur marchandises peut être important et ne convient pas à tous les investisseurs. Contactez votre représentant de compte pour plus d'informations sur ces risques. Les informations et les opinions contenues dans le présent document proviennent de sources jugées fiables, mais ne sont pas garanties quant à leur exactitude ou leur exhaustivité. Veuillez examiner soigneusement votre situation financière avant de prendre des décisions de transaction. R.J. O'Brien & Associés Canada Inc. est un membre de l' Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et le Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE).
