Cette semaine, j’ai débuté la récolte de soya, un bon cinq semaines en avance par rapport à 2014. Après la récolte très difficile de l’an dernier, j’espérais plusieurs choses et le fait de semer plus tôt cette année m’aura amené à récolter tôt aussi cette année. Ce n’aura pas été non plus une mauvaise chose qu’une certaine vague de chaleur au cours de la dernière semaine ait contribué à faire murir plus rapidement les récoltes qu’on aurait pu le croire. Dans les prochaines semaines, les récoltes de soya en Ontario et au Québec vont s’accélérer très rapidement.
Sur ma ferme près de la petite ville de Dresden en Ontario, je m’attendais à une récolte de l’ordre de 20 % de moins de rendement qu’en 2014. Cependant, si le premier champ récolté est une bonne indication de la suite des choses, j’ai peut-être été un peu trop pessimiste. Ce champ en particulier, qui en est à sa troisième année en soya puisque je n’ai pas été en mesure de le semer en blé l’an dernier, m’a donné un rendement de plus de 50 boisseaux/acre (1,36 TM/acre). Ce n’est peut-être pas grand-chose par comparaison avec les rendements importants qu’on peut lire sur Twitter, mais je m’attendais à tellement moins. Alors peut-être bien que le USDA n’est pas autant dans l’erreur qu’on le dit lorsqu’il affirme que les rendements américains dans le soya sont meilleurs qu’on les prévoit.
Ce sera une longue récolte dans les différentes régions du sud-ouest de l’Ontario. Je dis ça même si un peu de maïs a déjà été récolté la fin de semaine dernière. Pour le soya, j’en ai déjà de récolté et j’en ai que j’ai ressemé au printemps qui sera probablement récolté dans seulement un mois. Bien sûr, il y a un monde entre les deux. Cependant, au moment où j’écris ces lignes, j’ai déjà du blé d’automne de semé, ce que je n’étais pas parvenu à faire l’an dernier. Avec mon avance, je vais avoir à remettre sur les rails mon plan de mise en marché pour mon blé.
Si la météo se maintient, et avec la récolte plus hâtive sur une bonne lancée en Ontario, il y a bien des chances que nous passions à 2016 avec un mélange de culture sous la main complètement différent. Je n’avais pas de blé semé l’an dernier, mais j’ai déjà le quart de mes superficies semées cet automne. Si vous multipliez ça sur l’ensemble de la principale zone de production de l’Ontario, on peut s’attendre à environ 1,2 million d’acres de blé de semé cette année, en hausse par rapport aux 600 000 acres de l’an dernier. Je sais. Les prix du blé à Chicago sont près de creux importants. Encore une fois, mille mercis à notre adorable huard canadien.
Notre dollar a en fait plongé à un nouveau creux de 11 ans la semaine dernière, sous 0,75 US. Ceci aura grandement permis de tempérer une part importante du recul des prix des grains à Chicago au cours des derniers mois. Pour citer Todd Hultman de DTN, l’index national DTN des prix comptants du soya est passé de 9,97 $ le 10 août, à 8,18 $ vendredi dernier. Bien sûr, tous ces prix sont en dollar américain, et lorsque vous faites directement la conversion, ça veut dire que les prix au comptant pour le soya en Ontario directement sorti de la batteuse sont d’environ 10,80 $CAN/boisseau.
Donc, d’une manière très décousue, le contexte concernant les prix comptants des grains en Ontario est encore bon. Je dis ça d’une manière vraiment catégorique. Nous avons du maïs directement de la batteuse à environ 4,45 $ le boisseau. Ces prix ne sont pas bons, particulièrement lorsqu’on regarde les faibles prix du marché à Chicago pour les grains, mais historiquement, ils sont juste là où se situaient les bons prix que nous avons connus par le passé il y a plusieurs années. Bien sûr, les choses ont changé depuis et les coûts de production sont beaucoup plus élevés, mais vous n’entendez par les grincements de dents de la même manière en Ontario qu’aux États-Unis concernant ces faibles prix de grains. Dit simplement, le taux de change rend les choses bien meilleures.
Bien sûr, c’est la même chose pour les autres pays qui compétitionnent les grains américains. Au Brésil, le Real affiche une baisse annuelle de 30 % avec le dollar américain. Ce que le USDA prévoyait il n’y a pas si longtemps comme baisse des superficies cultivées en soya au Brésil en octobre et novembre prochain est en train de changer, et la faiblesse du Réal y est pour quelque chose. Bien sûr, c’est un élément négatif pour le marché mondial du soya.
Comme tous les producteurs canadiens le savent, avec de la devise locale, les prix des intrants grimpent aussi. Les producteurs brésiliens peuvent bien constater un recul de 30 % de leur devise par rapport au dollar américain, mais ça veut dire également que les prix des engrais seront beaucoup plus chers. Alors peut-être bien que nos amis brésiliens vont semer un peu plus de soya, mais appliquer l’engrais avec une cuillère à thé.
Ce sera un débat pour cet hiver, mais garder un œil sur les semis au Brésil qui arrivent en octobre. Quelques imprévus là-bas viendraient aider notre marché à terme à Chicago. En attendant, ici en Ontario et au Québec, une récolte record de maïs et soya est à l’horizon. Mais, la faiblesse de notre dollar canadien devrait tempérer un peu la pression sur les prix. Espérons que les prix du soya à Chicago trouveront de leur côté matière à bondir de leurs creux et créer une toute nouvelle histoire pour les mois à venir.

