Nouvelles Philip Shaw

« Terres Brulées » Le Cygne Noire ne s’est pas noyé en juin

14 août 2015, Philip Shaw

 

Philip Shaw sera des conférenciers présent à la Journée Champêtre du 28 août prochain qui conclue la Tournée des Grandes Cultures 2015. Pour en savoir plus à ce sujet: Tournée Grandes Cultures

«L'opéra n’est pas terminé tant que la grosse dame n’a pas chanté. Et, elle est toujours en coulisses». Telle est la façon dont mon ancien rédacteur en chef et analyste contributeur chez DTN, M. Alan Brugler, a terminé sa dernière chronique, décrivant la surprise du rapport du USDA du 12 août dernier. Dans sa chronique, Allen a parlé de la façon dont il y avait un écart très important entre les estimations moyennes des marchés des stocks de céréales et de la production et les chiffres publiés par l'USDA. Je suis bien d'accord. Cependant, il semble que je peux entendre la grosse dame chanter comme jamais auparavant.

Les rapports du USDA sont très importants, car ils servent de points de référence pour déterminer la direction du marché des grains. Je ne veux pas discréditer mon bon ami et analyste senior chez DTN, Darin Newsom, pour ses points de vue sur les rapports du USDA. Je pense que Darin est cohérent quand il parle de son dédain pour les rapports du USDA. Cependant, de mon perchoir en Ontario au Canada, les agriculteurs cherchent des points de référence de marché pour s’accorder avec nos fluctuations du dollar canadien. Les rapports mensuels du USDA servent souvent de point focal pour l'action du marché. Nous savions tous que le rapport du 12 août allait être important. Toutefois, il semble que le marché penchait du mauvais côté de la balance. Comme Alan Brugler le dit, ça été l’une des plus grande discordance jamais vue entre les anticipations des marchés et les chiffres réels du USDA.

J’étais à une journée de présentation de la ferme de recherche de grains de Maizex, près de Tilbury en Ontario, quand j’ai pris connaissance des incroyables chiffres du USDA. Je fus surpris, mais je tiens à dire que ce n’est pas la première fois que je vois ça. Pas besoin de dire qu’un tel rapport baissier a été un peu choquant, et le soya a rapidement touché sa limite baissière pour terminer la journée à un peu moins de -0,60. J’ai rapidement tweeté beaucoup de choses à ce sujet, mais c’est un jeune agriculteur qui marchait à côté de moi à travers les parcelles qui m'a pris au dépourvu. Il m'a demandé ce qu’avait présenté le rapport du USDA aujourd'hui. Pour une raison que j’ignore, je lui ai répondu, "terre brûlée". Le regard sur son visage était blême.

Rappelons que la grande nouvelle de ce rapport est que l'USDA propose des rendements plus élevés à la fois pour le maïs et le soya à 168,8 boisseaux à l'acre et 46,9 boisseaux à l'acre. Avec la mousson 2015 qui a inondé l’Indiana, l'Illinois et de nombreuses autres parties de la portion Est du Cornbelt américain en juin, l’idée que le rendement dans le soya puisse être plus élevé n’est jamais venue à l’esprit des analystes. Certaines pensées circulaient à l’effet que le rendement dans le maïs dans la portion Ouest du Midwest pourrait compenser pour les problèmes dans la portion Est. Mais, peu importe, en bout de course il y a finalement d’importantes récoltes aux Etats-Unis comme on en avaient prévu avant les premiers chiffres proposés en mars dernier.

Dire qu'il y avait des grincements de dents et des monticules de scepticisme est un euphémisme. Cependant, je voudrais mettre en garde chacun d'entre nous à l'idée de douter des rapports du USDA. Oui, je suis un disciple de l’analyste principal Darin Newsom de DTN, et je comprends très bien le scepticisme sain et bien calculé concernant les chiffres du USDA. Par exemple, 100 millions de boisseaux de stocks de fin d’année de soya était un niveau sous lequel nous ne pensions pas que l'USDA serait près à aller. En fait, ils n’ont jamais eu besoin d’utiliser divers moyens pour s’assurer que ce cap soit franchi. Toutefois,  l’an dernier, il a été brisé avec les stocks américains de fin d’année qui ont atteint 92 millions de boisseaux. Sauf qu’à ma connaissance, de toute ma vie, c’est la première fois. Les chiffres du USDA resteront ceux que nous négocions et qui déterminent les prix.

Sur ma propre ferme cette année, je m’attends un rendement en maïs supérieur à 2014, mais moins élevé en soya. Alors, quand je regarde les chiffres du USDA dans les jours suivant la publication de son choquant rapport, c’est un peu comme une gifle en plein visage. Si je m’attends à plus de rendement en maïs sur ma ferme, ce temps clément que j’ai eu a aussi été observé dans l’ensemble du Cornbelt aux Etats-Unis, et je ne devrais vraiment pas douter de ce chiffre du USDA pour le maïs. C’est comme si le USDA me disait que c’est vrai, en dépit de tout le battage médiatique qui a eu lieu dans les six dernières semaines. Le chiffre pour le soya me semble à mon avis par contre un peu, mais le soya est un grand menteur, on ne sait jamais ce qu’on va obtenir.

Une partie de tout ça est en lien avec toutes les technologies que nous utilisons. Par exemple, sur ma ferme, j’utilise les systèmes de guidage RTK sur des machines relativement neuves avec la nouvelle technologie d'engrais et, bien sûr, je viens de faire tout cette pulvérisation de fongicide pour tenter d’obtenir encore plus de rendement. Alors, malgré les plus importantes averses jamais observées dans les trente jours du mois de juin dans l’Est du Cornbelt, dans son ensemble, ces bons rendements aux États-Unis sont une fonction des techniques de gestion agricoles les plus modernes, et de la génétique avancée d’aujourd’hui. Ça continue de s’améliorer et, dans une certaine mesure, nous sommes en train de gagner sur Dame Nature.

En même temps, nous avons un dollar américain plus élevé, un dollar canadien beaucoup plus faible, et l'économie chinoise qui se révèle plus fragile qu’à la normale. Oui, j’entends le chant de la grosse dame. En fait, l'après-midi du 12 août, sa voix était écrasante. Inutile de dire que le temps des récoltes est encore devant nous. En fait, peut-être je me trompe et comme le dit Allen, elle est toujours dans les coulisses. Des épisodes de terres brûlée sont rares dans les marchés. Je suppose que le Cygne Noir (« Black Swan ») ne s’est finalement pas noyé en juin.

 

 


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