Nouvelles Philip Shaw

Le chemin de la semence de maïs à 450$ en sera un moins populaire

03 juin 2015, Philip Shaw

Les semis de mon soya ont été terminés pour ma part aujourd’hui. Voir mon dernier soya semé en terre au 21 mai alors que, l’an dernier, je n’avais pas encore commencé à semer mon maïs avant le 24 mai est exactement ce que représente l’agriculture. Chaque année est différente à cultiver et restera toujours un défi. Cependant, je prends n’importe quand les conditions d’ensemencements de cette année comparativement à ce qui est arrivé l’an dernier.

Sur l’une de mes fermes où j’ai semé mon soya ce printemps, pendant que je survolais ces agréages, il m’est venu à l’esprit que c’est la trentième année que je sème ce champ. J’ai acheté cette ferme dans ma vingtaine et voilà qu’aujourd’hui, dans la cinquantaine, j’y suis toujours. Oh que les choses ont bien changé depuis, mais je n’obtiens toujours pas un rendement de 90 boisseaux/acre dans mon soya. En fait, les rendements dans mon soya ne sont pas tellement plus élevés qu’ils l’étaient il y a trente ans. Mais par contre, mon réservoir d’arrosage a quatre modes d’action chimique pour essayer de tuer toutes les sortes de mauvaises herbes que j’ai.

Je n’ai pas le choix puisque j’ai des mauvaises herbes qui ne sont pas éliminées lorsque j’applique du glyphosate. Il y a trente ans, le glyphosate était tellement cher qu’on ne l’utilisait pas beaucoup. Nous avions à cette époque notre révolution biotechnologique et vous savez tous le reste de l’histoire. Le glyphosate est devenu l’oxygène de plusieurs en agriculture aujourd’hui et les compagnies comme Monsanto, Dupont et les autres ont joint la révolution biotechnologique pour faire leurs milliards.

Nous avons ainsi en 2015 une économie agricole dominée par de gros joueurs de la biotechnologie qui ont pris le contrôle sur ce qui est proposé aux producteurs. De fait, il y a des traits pour une myriade de possibilités de problèmes phytosanitaires et de tolérance aux herbicides qui sont offertes aux producteurs qui sont prêts à payer plus cher. J’ai rejoint la révolution biotechnologique probablement il y a vingt ans avec le maïs BT. Je n’ai jamais pu établir le bénéfice du soya Roundup Ready, et j’en suis encore là en 2015. Pourtant, j’ai quatre mauvaises herbes résistantes au glyphosate, qui ont été dispersées par le pollen, à me préoccuper. Ceci a augmenté mes coûts d’herbicides, puisque plus que jamais j’ai de la brûlure dans mon soya. Je cultive toujours ce maïs BT, qui a été une bonne nouvelle d’un point de vue du rendement au cours des nombreuses dernières années.

Alors, en termes d’idées folles, l’agriculture a certainement sa part de nouveaux produits innovateurs avec lesquels vous pouvez surmonter à peu près tous les obstacles. La plupart d’entre eux sont dans l’industrie de la semence, où les grandes compagnies ont développé des traits biotechnologiques qui, de mon opinion, ont augmenté substantiellement les prix. Ils ont aussi créé des ententes d’usage technologique qui gardent bien les producteurs de conserver leur semence. Nous avons même atteint l’étape en 2015 où de nouveaux soyas tolérants aux herbicides sont introduits pour contrôler de super mauvaises herbes engendrées par l’application précédente de glyphosate. C’est un cercle vicieux, et s’en est un qui je crois fait peu de sens. Vous m’avez entendu le dire déjà, donnez-moi du rendement et non de la tolérance aux herbicides.

En 2015, ce monde pourrait voir le jour. De plusieurs manières, c’est le chemin vers de la semence de maïs à 450$ la poche. Le problème c’est que l’économie agricole ne coopère pas. Nous avons du soya sous 9,00 $US le boisseau aux États-Unis, et du maïs sous 3$US/boisseau pour la nouvelle récolte qui réduit assurément la demande pour tous les nouveaux « traits biotechnologiques » que les gros joueurs de l’agriculture peuvent avoir pour nous. Bien sûr, entretemps, ces joueurs se poursuivent entre eux ou essaient de se racheter entre eux. Dans la balance il y a sans aucun doute le contrôle qu’ils exercent sur les producteurs à avoir la possibilité de choisir ce qu’ils cultivent. Avec les revenus qui chutent dans le Corn Belt, ce n’est pas par contre quelque chose de viable.

Bien entendu, la testostérone dans l’économie agricole actuelle demeure les faibles taux d’intérêts, ce qui nous donne la capacité d’acheter plus de ces super et incroyables traits à un prix plus élevé. Pendant ce temps, nos compétiteurs en Amérique du Sud ne les paient pas. C’est ce que c’est, et ça n’a jamais été juste.

Ceux d’entres-vous qui ont lu cette chronique au cours des trente dernières années savent que je regarde les traits de la biotechnologie comme un simple moyen de segmenter le marché des intrants agricoles pour augmenter les prix.  C’est une question de compétition oligopolistique; peu de firmes compétitionnant entrent elles pour contrôler efficacement la « game ».  Ça fonctionne bien pour eux et même jusqu’à un certain point pour les producteurs tant qu’il y a de la valeur de créer au bout de la chaine. Cependant, en 2015 les revenus des fermes s’amincissent et me fournir des traits pour contrôler les problèmes qui ont été créés par des « traits » précédents ne fonctionnera pas.

Vous pourriez appeler ça la grande rationalisation. Lorsqu’il y a de gros profits à aller chercher à cultiver, vous pouvez commercialiser à peu près n’importe quoi. Par contre, quand il n’y en a pas, spécialement lorsque l’industrie arrive à maturité, ça devient beaucoup plus difficile de charger un extra sur les prix pour des traits biotechnologiques qui n’ont pas de traction. Les gros joueurs de l’agriculture de ce monde peuvent penser qu’il est possible de contourner le problème et de se cannibaliser entre eux, ou de réduire significativement les prix.

Il y a beaucoup de ce genre de chose. L’eau est devenue très trouble au cours des années. Sauf que, pas besoin de redire, il faut que tout ceci reste à propos de meilleurs rendements, et non de tolérance aux herbicides ou tout autre trait, qui ne font qu’aider les grandes compagnies à segmenter les marchés. En 2015, les producteurs peuvent bien le constater. C’est un débat agroéconomique, vous n’avez qu’à suivre l’argent.

 

 

 


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