La stratégie de mise en marché de nos grains repose avant tout sur la diversification de nos cultures et leur rotation. Nous ne changeons donc généralement pas nos productions en fonction des fluctuations des prix des grains. Par contre, nous surveillons de très près les marchés pour sécuriser des prix de vente au bon moment.
La diversification de nos cultures nous permet également de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Si par exemple une année les prix ou encore les rendements du soya sont moins bons, nous pouvons généralement profiter de situations plus favorables avec les autres grains que nous produisons. C’est pourquoi nous cultivons une bonne variété de cultures différentes.
La culture du haricot est particulière puisqu’elle nous permet, lorsque les années sont bonnes, de profiter d’excellents prix et ce, d’autant plus qu’il s’agit d’un marché de niche. L’ajout de cette production à nos cultures nous permet ainsi à nouveau d’aller chercher un « plus value » dans le marché et de ne pas baser tout les revenus de notre ferme sur une quantité trop limitée de cultures.
Du côté de la mise en marché du maïs, 80 % de nos ventes sont sécurisées par nos parts dans ProÉthanol qui nous garantissent normalement de battre l’ASRA. Nous croyons en fait que chaque producteur qui produit de 500 tonnes de maïs et plus devrait profiter de la sécurité qu’offre une part dans ProÉthanol pour stabiliser ses ventes de maïs. Ensuite, le 20 % de maïs qu’il nous reste à commercialiser nous permet de spéculer un peu plus et d’aller chercher un « plus value » dans le marché en repérant des opportunités au bon moment. Nous avons donc 80 % de notre maïs qui est sécurisé à bon prix et 20% qui nous permet de spéculer un peu plus.
Pour le soya, notre approche est différente. Premièrement, nous travaillons toujours avec du soya IP (identité préservée) puisque nos terres sont depuis longtemps converties à ce type de culture. Le soya IP nous permet également d’aller chercher des prix intéressants avec la prime qui nous est offert. Deuxièmement, contrairement au maïs qui est sécurisé à 80 % par nos parts dans ProÉthanol, nous devons suivre de plus près les prix du soya puisque nous n’avons pas de coussin de sécurité équivalent.
Généralement si les prix sont intéressants et permettent de couvrir au minimum nos coûts de production, comme c’est le cas cette année, nous préférons fermer une partie de nos prix avant la récolte afin de garantir notre revenu, plutôt que de spéculer trop longtemps. Présentement, nous avons fermé 60 % de nos prix de soya alors que le 40 % restant est partiellement fermé sur la base. Bien entendu, il aurait été possible de fermer nos prix à des niveaux plus élevés en plusieurs occasions, mais notre objectif reste avant tout de couvrir nos coûts de production à profit dès que possible. Cette année, les prix offerts nous ont déjà permis d’atteindre largement cet objectif. Même si nous aurions pu bénéficier de meilleurs prix, nous savons que nous sommes déjà à profit sur 60 % de notre soya vendu, ce qui nous laisse très confortable. Il nous reste tout de même un 40 % de soya dont la valeur des contrats à terme n’est pas encore établie, ce qui nous laisse une bonne marge de manœuvre si le prix du soya venait à grimper.
Concernant maintenant l’évolution des prix des grains cette année, nous pensons que le prix du maïs recèle encore du potentiel à la hausse alors que celui du soya est plus limité.
La valeur de la base du maïs est très bonne depuis le début de l’année. Par contre, il y a encore des possibilités qu’elle reste élevée puisque nous sommes en situation de déficit au Québec avec la petite récolte de maïs que nous avons eu l’an passé. Le taux de change est aussi favorable au marché du maïs présentement au Québec. Il reste à voir ce que les prix sur les contrats à terme vont faire cette année. À ce niveau, il est présentement difficile d’avoir une idée exacte de la situation. Par contre, les prix actuels du maïs pour la prochaine récolte couvrent difficilement, avec le prix élevé des engrais, les coûts de production et ce, même si la valeur de la base est très bonne. Dans cet ordre d’idée, nous pensons qu’il faut fermer au maximum 20 % de la prochaine récolte, ce qui permet du même coup de sécuriser un peu les acheteurs de grain.
Au niveau du soya, la dynamique est différente. La valeur de la base est aussi intéressante depuis le début de l’année, mais en plus, les prix actuels nous permettent de couvrir nos coûts de production avec un profit intéressant. La possibilité que la valeur des contrats à terme augmente au cours des prochains mois est également un élément très probable présentement. Cependant, il est à craindre que toute augmentation de la valeur des contrats à terme de soya entraîne une baisse de celle de la base. Dans cet ordre d’idée, nous pensons qu’il est avantageux de fermer présentement de 30 à 40 % de son soya pour la vieille et prochaine récolte pour limiter son exposition aux fluctuations des marchés.
Heinz Grogg
Producteur de grandes cultures en Mauricie
Ferme Grogg et Fils inc.
Tel. : 819-227-3178
