La semaine ce sera terminée sur une note très nerveuse, mais timidement constructive alors qu’après un début de journée en bon recul ce vendredi, les prix des grains ont clôturé mixte à légèrement en hausse, à Chicago le maïs +0,0125 à 3,7725 $US/boisseau, le soya -0,0150 à 10,2825 $US/boisseau et le blé à Chicago +0,0375 à 4,6025 $US/boisseau.
Beaucoup d’encre coule toujours concernant l’annonce ce jeudi de possibles mesures américaines visant à freiner le déficit commercial des États-Unis avec la Chine, ainsi que la riposte chinoise qui s’en est suivi. À ce stade-ci, les différents produits taxés de part et d’autre restent incertains, bien que la Chine ait révélé entre autres vouloir imposer une taxe de 25% sur les importations de porc américain. Bien entendu, dans les grains, on parle beaucoup que la Chine peut s’attaquer aussi aux importations de soya américain. Mais, pour l’instant, rien d’officiel n’a été déclaré et la machine à rumeur fonctionne à plein régime.
Il va sans dire que l’éventualité d’une guerre commerciale États-Unis-Chine a de quoi rendre nerveux le milieu agricole avec des conséquences très difficiles à évaluer avec justesse. Dans l’immédiat, pour le marché des grains, cette situation se reflète particulièrement bien dans une volatilité accrue des prix.
Heureusement, les marchés auront été à même jusqu’ici de reporter leur attention sur d’autres préoccupations : les récoltes sud-américaines ainsi que le début de saison qui devrait s’amorcer d’ici peu aux États-Unis (**dans le sud, les ensemencements sont débutés, mais l’essentiel des ensemencements débute généralement davantage en avril).
En Amérique du Sud, les conditions météo se montrent plus favorables en Argentine. Comme on sait, ceci aura eu comme effet de mettre un terme au rallye météo qui avait emporté les prix dernièrement. Par contre, les récoltes sont débutées et les marchés peuvent mieux discerner l’étendue des dommages occasionnés par la sécheresse de cette année en Argentine. Dans cet ordre d’idée, le Buenos Aires Grain Exchange a abaissé de nouveau sa prévision de récolte de maïs de -2 à 32 millions de tonnes, et celle de soya de -2,5 à 39,5 millions de tonnes. Rappelons qu’initialement, avant la sécheresse, le USDA envisageait plutôt de son côté une récolte de maïs de 42 millions de tonnes, et une récolte de soya de 57 millions de tonnes.
Aux États-Unis, c’est jeudi prochain 29 mars que le USDA doit présenter les résultats de son sondage sur les intentions d’ensemencements américains de cette année. En prévision de ce rapport, plusieurs organisations ont déjà proposé leurs propres anticipations qui suggèrent en moyenne une réduction des ensemencements de maïs autour de 88-89 millions d’acres versus 90,2 millions d’acres l’an dernier, et une hausse de 90,1 à 91-92 millions d’acres dans le soya. Les ensemencements de blé sont de leur côté prévu en hausse de 46 à 46,5-46,8 millions d’acres.
Concernant la météo, la prévision actuelle du NOAA suggère des conditions un peu plus humides qu’à la normale pour le mois d’avril principalement dans l’est du Midwest américain. Certains analystes s’interrogent déjà à l’idée que le début de saison pourrait être trop humide, bien qu’il apparait prématuré d’envisager que ce soit le cas alors qu’il reste encore quelques semaines avant le début des semis.

Par contre, les marchés ont toujours à l’œil la sécheresse qui persiste dans certaines régions des Plaines américaines, là où d’importantes superficies de blé d’hiver sortent actuellement de dormance, les cultures étant déjà dans un mauvais état selon la dernière mise à jour du USDA dimanche dernier.

Selon la dernière mise à jour de la carte de sécheresse aux États-Unis, 39% des cultures de blé d’hiver sont exposées à la sécheresse, en baisse de 1% par rapport à la semaine dernière. Les prévisions météo proposaient jusqu’ici des précipitations dans les régions les plus asséchées, mais la dernière mise à jour révèle qu’elles devraient être maintenant observées plus à l’est que prévu.
Techniquement, à Chicago, la dernière semaine aura été éprouvante et difficile pour les prix des grains. Cependant, que ce soit pour le maïs, le soya comme le blé, de bons supports semblent se confirmer, contribuant à révéler une hésitation plus importante à la baisse, le maïs à 3,70-3,72 $US/boisseau (CàT Mai 18), le soya à 10,20-10,21 $US/boisseau (CàT Mai 18) et le blé Chicago à 4,50 $US/boisseau (CàT Mai 18). Cette hésitation se veut constructive, bien qu’il apparait encore très prématuré d’envisager déjà des creux définitifs, spécialement à la lueur des incertitudes entourant la possible guerre commerciale États-Unis-Chine. Rappelons également que suivant la tendance saisonnière, les prix des grains à Chicago n’ont pas pour habitude d’établir des creux définitifs avant la mi-avril, alors que les ensemencements s’accélèrent aux États-Unis.
