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Grosse chute brutale des prix du grain : à qui la faute ?

03 octobre 2007,

Grainwiz : Opinion sur la session du mardi 2 octobre 07.Usine d'éthanol en Amérique latine:www.ledevoir.com

Si l'on se rappelle bien la session d'hier fut catastrophique. Non seulement les prix du maïs et du soya avaient décliné, ils avaient carrément défoncé les supports. Dans le cas, par exemple, des contrats de soya venant à échéance en novembre 07, leur prix avait dégringolé pour finir 9.4375 $ US (- 47.75). Normalement, même lors de la période des récoltes, les chutes de prix affichés au CBOT sont rarement aussi brutales.Il est nécessaire de comprendre les causes de cette anomalie, autrement, on risquerait sans doute de céder rapidement à la panique.

Rappelons d'abord que depuis plusieurs mois, la spéculation excessive talonne le CBOT. À un moment où l'on sait que la production de maïs américain de 2007 pourrait fort bien donner des récoltes records, la présence des spéculateurs, qui recherchent les gains rapides, n'aide en rien. En fait, celle-ci ne fait qu'accentuer les incertitudes. À plusieurs reprises au cours des mois passés, on a vu que les spéculateurs forçaient la surenchère.

D'autre part, il faut penser que les craintes du marché sont aussi causées par la peur d'un inconnu historique. Au mois de septembre dernier, et même depuis le discours de Georges W. Bush sur la nouvelle politique des biocarburants en janvier dernier, tout le monde prévoyait alors que la production de maïs 2007 dépasserait les records de production déjà établis.

Ceci dit, la difficulté à l'heure actuelle, c'est l'ampleur de la surproduction possible. En un mois, toutes les prévisions, que ce soit celles des firmes privées ou celles du USDA, ont été constamment revues à la hausse. Et si l'on se rappelle que la production américaine de mais 2006 avait donné environ 280 millions de tonnes, on est obligé d'admettre que plus le temps file, plus celle de 2007 devrait la surpasser d'environ 20 %.

De cette manière, prétendre que le manque de blé, qui sévit actuellement à l'échelle mondiale, pourrait aider à limiter les effets de l'excédent de l'offre de maïs américain paraît franchement hasardeux. Certes, à côté, la forte demande américaine pour l'éthanol devrait certainement contribuer à limiter les problèmes mais encore là, ce sera uniquement si l'on exclu l'impact de la concurrence étrangère et les autres types de grain.

Au Brésil, par exemple, selon les prévisions de Celeres, les producteurs de soya pourraient dégager une production 2007/2008 de 63 millions de tonnes. Pour eux, c'est déjà un record.

En combinant les 74 millions de tonnes soya américain dernièrement avancés par FC Stone, comment pourrait-on arriver ? Évidement, pour les Américains, 74 millions de tonnes c'est peu. L'an dernier, par exemple, ils avaient produit 87 millions de tonnes.

Néanmoins, qu'arrivera-t-il si les Brésiliens arrivent à combler le vide ? C'est troublant parce que l'an passé, ces derniers avaient récolté environ 58 millions de tonnes. Autrement dit, si les prévisions de Celeres sont exactes, les Brésiliens auraient augmenté leur production d'environ 7 %.

On pourrait dire que ce ne sont là que des probabilités. Mais même si, pour le soya, tout n'est pas encore joué, il ne faut pas oublier que la demande mondiale reste limitée. Comme toujours, ce sont surtout les Asiatiques qui achètent. Ailleurs, les acheteurs des autres régions du globe ne s'intéressent pas beaucoup au soya. Le gros problème est là : souvent à chaque année, les réserves d'oléagineux (soya) américain ne manquent pas de s'accumuler. Les acheteurs sont trop peu nombreux.

Et qu'en est-il de la faiblesse du dollar américain ? C'est connu, un dollar faible favorise les exportations. La demande mondiale en grain limite cependant sa portée. Effectivement lorsque les greniers seront pleins, personne n'aura alors de raison d'acheter.

À qui la faute ?

Le CBOT est écrasé par d'autres types de problèmes, mais essentiellement, ce sont ceux associés à la spéculation et au risque de surproduction qui font le plus peur. Ils le sont d'autant plus que les solutions pour en réduire leurs effets ne courent pas les rues.

On peut vraiment dire que l'avènement des biocarburants (éthanol) a déstabilisé le marché du grain. Toutefois, la faute ne revient pas à l'administration Bush. Prétendre ça, c'est trop facile. On ne pense pas non plus que l'expansion du marché des biocarburants soit terminée. Loin de là, elle devrait probablement continuer encore quelques années. L'éthanol est trop essentiel. En plus, il y a peu de chances que la valeur du pétrole brut puisse chuter. La demande mondiale monte trop vite alors que les réserves actuelles ne peuvent suffire.

Au début, hormis quelques détracteurs, tout le monde ne jurait que par l'éthanol. C'est à ce moment-là que la spéculation a débutée et commencée à alimenter la surenchère. Maintenant, certains diront que nous sommes rendu à l'étape de la désillusion. La mécanique ressemble peut-être à celle d'une mode passagère.

En réalité, jusqu'à ce qu'on trouve d'autres solutions de rechange, le marché des biocarburants est là pour rester. Ce que l'on voit présentement est davantage le portrait d'un nouveau secteur qui se développe et le CBOT ne fait que s'ajuster.


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