L’idée que la progression des ensemencements de maïs est bonne présentement et que les conditions météorologiques s’améliorent aux Etats-Unis ont beaucoup influé sur le marché des grains aujourd’hui. Devant cette perspective, le prix du maïs a baissé alors que celui du soya en a profité pour poursuivre sa hausse.
Le prix du pétrole à la hausse, la baisse de la valeur du dollar américain et la hausse des marchés boursiers ne semblent pas avoir influencé particulièrement le prix des grains aujourd’hui.
Le contexte très positif dans lequel baigne présentement le marché du soya avec :
• des inventaires américains de fin d’année très bas,
• une production révisée continuellement à la baisse pour l’Amérique du Sud,
• la demande très forte de la Chine,
continue d’être le moteur du marché des grains. Les marchés ne semblent pas avoir encore pleinement intégré au prix du soya cette situation. De son côté le maïs, avec la progression des ensemencements aux Etats-Unis qui inquiète moins et la baisse de la demande pour la fabrication de l’éthanol et de la moulée, ne parvient tout simplement pas à reprendre le dessus sur son marché. Aujourd’hui, même le prix à la hausse du soya n’est pas arrivé à supporter celui du maïs.
Conditions météorologiques
Les conditions météorologiques sont présentement l’élément qui domine la réaction des marchés. Aujourd’hui, contrairement à la semaine dernière, certaines prévisions vont maintenant en faveur de conditions plus sèches et chaudes pour l’ensemble du « Midwest » américain pour les 7 à 10 prochains jours. Après les dernières semaines humides qu’a connues cette région des Etats-Unis, le retour à des conditions plus favorables permettra certainement aux producteurs américains de rattraper un peu de retard dans leurs ensemencements de maïs.
Le marché des grains a beaucoup réagi à ce nouveau contexte météorologique pendant la journée qui favorise le prix du soya au détriment de celui du maïs.
Progression des ensemencents aux Etats-Unis
Le USDA présentait en fin d’aprè-midi son rapport hebdomadaire sur la progression des ensemencents aux Etats-Unis.

Le progression des ensemencements de maïs en date du 3 mai, à 33%, est dans les attentes des marchés mais demeure en-dessous de la moyenne de 5 ans de 50%. Elle était de 24% à pareille date l’an passé alors que les conditions météorologiques étaient très humides.
Les ensemencements de soya sont aussi au ralenti cette année aux Etats-Unis où seulement 6% sont complétés en date du 3 mai, ce qui est en-dessous des estimés des marchés et en retard par rapport à la moyenne de 5 ans de 11%.
Grippe porcine
Les marchés semblent porter beaucoup moins attention à la grippe porcine et les répercussions qu’elle pourrait avoir sur la consommation des grains que la semaine dernière. La grippe ne fait pas moins pour autant les manchettes des journaux.
Au Canada, le virus a été découvert dans un troupeau en Alberta. Ce serait un individu de retour du Mexique qui serait responsable de la transmission de la maladie. L’incidence d’une telle découverte n’est pas encore connue mais pourrait très bien avoir un impact négatif sur les exportations de porc du Canada.
Dans le monde, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a augmenté la semaine dernière à 5 sur une échelle de 6 son niveau d’alerte pandémique. Lors de la crise de la grippe aviaire, le plus haut niveau atteint avait été de 3. La situation serait toutefois en voie de se stabiliser au Mexique alors que mondialement, plus de 1000 cas ont été rapporté.
Face à la pandémie éminente de la grippe porcine, plusieurs pays ont mis un terme à leur importation de porc en provenance de certains pays dont les Etats-Unis, notamment : la Russie, la Chine, l’Ukraine, les Philippes, le Kazahstan, la Thaïlande et les Émirats Arabes Unis. La consommation de viande de porc infectée ne transmettrait pas la maladie.
Maïs
Le prix du maïs a connu une mauvaise journée alors que les conditions d’ensemencements s’amélioraient aux Etats-Unis. Sur le contrat à terme de juillet 09, le prix a perdu 0,0825$US/boisseau pour terminer à 4,0550$US/boisseau
La hausse du prix du pétrole, des marchés boursiers et du prix du soya ainsi que la baisse de la valeur du dollar américain, tous des éléments qui auraient dû supporter le prix du maïs aujourd’hui, ne sont pas parvenu à l’empêcher de perdre du terrain. Selon ce que rapporte le Dow Jones Newswire, le marché du maïs serait perçu comme suracheté après les gains récents qu’il a connus.
Selon Vic Lespinasse de GrainAnalyst.com, le « spread » est positif pour le maïs, ce qui laisse entendre des conditions « bearish » (négatives) présentement pour ce marché.
Les marchés continuent ainsi de croire que les retards dans les ensemencements de maïs ne sont pas problématiques et que les producteurs américains pourront rattraper le temps perdu avant le 10-15 mai, date à laquelle les rendements commencent à être affectés par un ensemencement tardif aux Etats-Unis.
La baisse importante du prix du blé a également nuit aujourd’hui à la progression du prix du maïs.
**Note : Le « spread » est l’écart entre la valeur de chacun des mois des contrats à terme. Un écart positif (la valeur des contrats est plus élevée plus tard que présentement) indique que les marchés ne sont pas acheteurs maintenant. Ils sont prêts à payer plus cher plus tard pour que le grain soit entreposé. À l’inverse, un « spread » négatif (la valeur des contrats est plus élevée maintenant que plus tard) indique que les marchés veulent le grain maintenant et non plus tard. Ils paieront donc plus cher maintenant.**
Soya
Le prix du soya sur le contrat de juillet 09 a atteint son plus haut niveau depuis septembre dernier aujourd’hui, à 11,20$US/boisseau, terminant à 11,0350$US/boisseau en hausse de 0,1250$US/boisseau par rapport à sa fermeture de vendredi dernier. Le prix du soya a ainsi gagné 2,505$US/boisseau (92,04$US/TM) depuis son creux du début de mars 09.
Ce qui a fait le malheur du prix du maïs a fait le bonheur de celui du soya. Ainsi, le retour à des conditions plus favorables aux ensemencements de maïs aux Etats-Unis a permi au prix du soya de connaître une autre bonne journée. Les prises de profit et la baisse du prix du maïs ont cependant empêché le prix du soya de connaître une progression trop importante.
Des rumeurs veulent que la Chine ait acheté 5 cargos de soya à la fin de la semaine dernière et que la production de soya de l’Argentine puisse diminuer jusqu’à 31 millions de tonnes. Les estimations du Buenos Aires Grain Exchange ont été revues à 34 millions de tonnes la semaine dernière alors qu’ils étaient à 36,2 millions de tonnes la semaine précédente.
Selon Vic Lespinasse de GrainAnalyste.com, le « spread » pour le soya démontrerait présentement des conditions très « bullish » (positive).
Les analystes et spécialistes sont présentement très inquiets des inventaires de soya de fin d’année très serrés aux Etats-Unis et dans le monde ainsi que de la Chine qui ne cesse d’en importer et d’en consommer. Comme le rappelle Jeff Wilson sur le site de Bloomberg, le USDA avait indiqué le 9 avril dernier qu’il s’attend à ce que les inventaires mondiaux baisse de 14% cette année, leur plus bas niveau en cinq ans à 45,84 millions de tonnes.
Le contexte du soya est donc très dynamique et il semble que son prix soit condamné à grimper tant et aussi longtemps que les acheteurs continueront d’en demander.
