Le marché des grains a fait, contre toute attente, un bond impressionnant aujourd’hui et particulièrement en fin de journée. Plusieurs éléments ont contribués à cette hausse :
• Baisse de la valeur du dollar américain.
• Hausse du prix du pétrole.
• Hausse des marchés boursiers.
• Confiance par les marchés financiers que le pire de la crise économique est passé.
• Conditions pluvieuses aux Etats-Unis qui retardent toujours les ensemencements de maïs.
• Achat agressif des spéculateurs et fonds d’investissements financiers.
• Révision à la baisse par le Buenos Aires Grain Exchange de ses estimés de production de soya en Argentine de 36,2 millions de tonnes la semaine dernière à 34 millions de tonnes.
• Constat que la pandémie de grippe porcine pourrait être déjà sous contrôle.
Il faut maintenant surveiller de très prêt demain matin le rapport hebdomadaire des exportations et ventes à l’exportation du USDA. Les estimés des marchés sur les ventes de grain américain sont :
| Prévisions | La semaine dernière | |
| Milliers de tonnes | Milliers de tonnes | |
| Maïs | 700-750 | 1214 |
| Soya | 450-900 | 1 441,3 |
| Blé | 300-550 | 431,5 |
| Tourteau de soya | 75-200 | 108,4 |
| Huile de soya | 5-20 | 57,8 |
Pétrole, dollar américain et marchés boursiers
Le prix du baril de pétrole, qui oscille depuis quelques jours en-dessous des 50$US/baril est parvenu à franchir ce prix pour finir près des 51$US/baril. La vigueur du prix du baril de pétrole stimule celui de grains comme le maïs et le soya à partir desquels sont fabriqués des biocarburants comme l’éthanol et le biodiésel.
Le dollar américain poursuit sa baisse entamée mardi alors qu’il avait touché 86 sur son Index. Il est établi présentement à 84,4. Une baisse de la valeur du dollar américain encourage la vente de produits comme les grains sur les marchés internationaux, stimulant du même coup leurs prix sur les marchés.
Les marchés financiers ont connu une bonne journée haussière aujourd’hui. Le Dow Jones, un indice boursier de référence dans le monde, est parvenu à gagner plus de 150 points pour finir à 8185 points. Au début du mois de mars dernier, il avait touché son niveau le plus bas en 12 ans, à 6531 points, réflètant ainsi le contexte économique difficile dans lequel les marchés financiers évoluaient à ce moment. Depuis, l’ensemble des marchés financiers a repris beaucoup de terrain comme l’illustre le niveau actuel du Dow Jones.
Les marchés boursiers servent bien souvent de référence aux autres marchés pour déterminer le sentiment des investisseurs. Dans le cas des grains, une hausse des marchés boursiers est généralement perçue comme positif pour celui des grains puisqu’elle signale un retour des investisseurs sur des marchés à risque plus élevé. Une hausse des marchés boursiers laisse aussi entendre que les investisseurs sont plus confiants envers la situation économique.
C’est ce qui c’est produit aujourd’hui alors que les investisseurs et spéculateurs ont fait grimper le prix du maïs et du soya, considérant que le pire de la crise économique est passé et que la demande pour des produits comme les grains devrait reprendre.
Conditions météorologiques et ensemencements
Les conditions métérologiques demeurent pluvieuses dans le « Midwest » américain présentement et elles devraient le rester encore pour quelques jours.
La semaine dernière, les producteurs américains ont pu profiter de températures plus sèches pour bien faire progresser leurs ensemencements de maïs. Selon le dernier rapport sur la progression des ensemencements du USDA, 22% du maïs est complété contre une moyenne sur cinq ans de 28% en date du 26 avril. Les Etats-Unis accusent ainsi toujours un retard. Les marchés ont cependant bien reçu cette nouvelle puisque les estimés oscillaient entre 15-20% de complété pour la semaine dernière. Par contre, avec les averses actuelles dans le « Midwest », il est probable que les ensemencements auront très peu progressé cette semaine.
Ceci laisse entrevoir la possibilité que certains producteurs américains changeront leurs ensemencements du maïs au soya, favorisant du même coup la hausse du prix du maïs au détriment de celui du soya.
Spéculation et fonds d’investissements
Le marché des grains a aussi été dynamisé par les achats importants des spéculateurs et fonds d’investissements financiers qui ont capitalisé sur le contexte économique plus favorable pour réaliser des achats. En réalisant des achats plus importants qu’à la normale, ceux-ci ont créé un « momentum » de conditions haussières favorables à la poursuite de la progression des prix.
Production de grains en Amérique du Sud
Le Buenos Aires Grain Exchange a de nouveau réduit la production de soya de l’Argentine de 36,2 millions de tonnes la semaine dernière à 34 millions de tonnes. Depuis le début de la récolte de soya en Argentine, le Buenos Aires Grain Exchange a baissé à plusieurs reprises son estimé de production de soya. La sécheresse qu’a connue le pays au début de l’année serait le principal responsable de ces révisions. À l’automne dernier, période à laquelle les ensemencements de soya ont lieu en Argentine, plusieurs estimaient que la production de soya atteindrait un niveau record cette année.
L’an passé, l’Argentine avait produit 46,2 millions de tonnes de soya selon le USDA. Le pays est le troisième plus gros producteur et exportateur de soya dans le monde après les Etats-Unis et le Brésil.
De son côté, le Brésil devrait produire 57 millions de tonnes de soya cette année contre 61 millions de tonnes l’an passé. Tout comme l’Argentine, le Brésil a été touché par la sécheresse qu’a connue l’Amérique du Sud en début d’année.
Selon ce que rapporte à Bloomberg Chip Flory, éditeur du bulletin de nouvelles Professional Farmers of America, en combinant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie, la production de soya devrait baisser en-dessous de 97 millions de tonnes alors qu’elle a été de 115,5 millions de tonnes l’an passé pour l’ensemble de ces pays.
Depuis le début de l’année, la Chine est un important importateur de soya américain. Avec la baisse de production de l’Amérique du Sud, la demande de soya américain par la Chine n’a qu’augmenté. Cette situation apparaît alors que, selon le USDA, les inventaires de fin d’année de soya seront à leur plus bas niveau depuis 2003-04 aux États-Unis. Le contexte est donc très favorable à une hausse du prix du soya.
Pandémie de grippe porcine
Les marchés ont pris le temps de reconsidérer leur position par rapport à la pandémie de grippe porcine aujourd’hui.
En début de semaine, le prix des grains avait chuté à l’annonce que la grippe porcine se propageait en-dehors du Mexique. Les marchés craignaient que cette pandémie force des producteurs de porcs à en abattre, comme se fût le cas avec la volaille et la grippe aviaire, réduisant du même coup la demande pour de la moulée et, par la même occasion, celle des grains. Cette éventualité apparaîssait à un bien moment alors que la demande de grain est déjà présentement ralentie par la crise économique cette année. Cette crainte c’est cependant rapidement estompée alors que les marchés croient que la pandémie sera rapidement contenue.
