Le couperet est finalement tombé aujourd’hui, avec les projections d’ensemencements américains présentés avec la tenue du Forum des perspectives agricoles du USDA (Agricultural Forum Outllook). Ce serait plus de maïs, un peu moins de soya, et nettement moins de blé qui pourrait être semé ce printemps aux États-Unis.

Maïs : 90 millions d’acres versus 88 millions d’acres l’an dernier, et 89,7 millions d’acres d’en moyenne prévue par les marchés. Comparativement aux cinq dernières années, cette hausse n’est pas remarquable, la moyenne cinq ans étant de 92,6 millions d’acres. Mais, avec un rendement conforme à la tendance des 10 dernières années de 161-162 boisseaux/acre, la prochaine récolte américaine pourrait dépasser le niveau de 2015, une éventualité négative.
Soya : Pour une deuxième année consécutive, un recul des superficies ensemencées est anticipé à 82,5 millions d’acres versus 82,7 millions d’acres l’an dernier et 83,3 millions d’acres d’anticipés par les marchés. Pour le soya, ce niveau reste très élevé et, les conditions météo de la prochaine saison le permettant, la prochaine récolte américaine recèle de nouveau le potentiel d’atteindre un record. Mais, en lui-même, la prévision d’aujourd’hui se veut moins importante que prévu, ce qui est légèrement positif.
Blé : Décidément, la production de blé n’a pas le vent dans les voiles aux États-Unis alors que ce n’est que 51 millions d’acres que les projections du USDA proposent versus 54,6 millions d’acres l’an dernier et 52,4 millions d’acres d’anticiper en moyenne par les marchés. Si cette projection se confirme, ce serait les plus faibles superficies semées en blé depuis 1970.
Rappelons cependant que ces premiers chiffres ne demeurent que des projections, et que le dernier mot reviendra davantage aux résultats du sondage auprès des producteurs qui sera présenté à la fin mars, le rapport Prospective Planting.
Mais, la porte est maintenant ouverte à ce que les marchés puissent maintenant se faire déjà quelques idées sur ce que pourrait être le contexte d’offre et demandes de grains en 2016-17, et il n’est pas outre mesure positif, spécialement pour le maïs, mais aussi pour le soya. Dans les faits, si les conditions météo se montrent de nouveau favorables au cours de la saison 2016, les États-Unis ont de nouveau la capacité d’obtenir des récoltes record de maïs et de soya. Bien entendu, la situation se veut par contre bien différente pour la récolte de blé qui pourrait très bien s’avérer la plus maigre depuis 2006, si ce n’est 2002.
À Chicago, les marchés du maïs et soya n’auront pas accueilli cette annonce avec beaucoup d’enthousiasme, le maïs clôturant la journée à son plus bas depuis la mi-janvier à -0,0425 à 3,5550 $US/boisseau (CàT Mars 16) et celui du soya en baisse de -0,0850 à 8,59 $US/boisseau (CàT Mars 16). Sans surprise, le marché du blé aura par contre profité de l’occasion pour freiner sa chute après avoir atteint un nouveau creux inégalé depuis juin 2010, clôturant avec un très léger gain de +0,0250 à 4,4525 $US/boisseau (CàT Mars 16).
Heureusement pour le marché du maïs, le dernier rapport hebdomadaire des exportations et ventes à l’exportation de grains aura été positif à son égard, avec des ventes de 934 500 tonnes pour cette année, et 131 800 tonnes pour l’an prochain. Ce résultat est dans les attentes les plus élevées des marchés. Toutefois, les exportateurs américains de maïs ont encore du chemin à faire pour rattraper le temps perdu, puisqu’à ce jour les chiffres d’exportations américaines de maïs ont atteint 63,5% de la prévision du USDA versus en temps normal 75,5% pour cette période-ci.
Le marché du soya n’aura pu compter par contre sur de bons chiffres d’exportations américaines, les ventes ayant été de 328 300 tonnes, un résultat dans les attentes des marchés. Pour le moment, elles n’affichent toujours pas de retard important, mais on sent très bien que le vent tourne et qu’un ralentissement commence à faire surface avec les récoltes qui se poursuivent en Amérique du Sud. D’ici la fin de l’année commerciale (30 août), il faut que les ventes des exportateurs américains de soya demeurent de plus de 142 500 tonnes par semaine pour atteindre la projection du USDA.
À l’opposé, les ventes américaines à l’exportation de blé ont été dans les attentes les plus élevées des marchés à 387 900 tonnes. C’est plus que ce que prévoyaient les marchés et plus que le rythme nécessaire actuellement de 233 900 tonnes/semaine pour atteindre la prévision d’exportations totales de blé prévu par le USDA pour cette année. Par contre, le retard reste important et il ne reste déjà plus que seulement quelques semaines avant la fin de l’année commerciale (31 mai), ce qui rend encore bien incertain que la prévision du USDA soit atteinte, et qu’une autre révision à la baisse de cette dernière ne soit pas nécessaire.
En Amérique du Sud, le sentiment des marchés penche toujours en faveur de l’idée que les récoltes pourraient être meilleures que prévues. Venant appuyer cette possibilité, AgroConsult a ajouté son grain de sel aujourd’hui en révisant à la hausse sa projection de récolte de soya au Brésil de 99,2 à 101,6 millions de tonnes, et celle de la 1re récolte de maïs de 57,7 à 58,8 millions de tonnes. Il reste à savoir maintenant à quel point ces importantes récoltes viendront écraser davantage les prix alors que, sur les marchés mondiaux, ce n’est certainement pas de maïs et de soya dont les pays importateurs manquent pour s’approvisionner.
