Sans aucun doute, la grande nouvelle d’aujourd’hui qui, il faut le dire, n’est pas outre mesure une surprise, aura été la hausse du taux d’intérêt directeur aux États-Unis. Ce dernier se voit ainsi rehaussé pour la 1re fois depuis 2008 dans une fourchette de 0,25 à 0,50%.

Les marchés boursiers américains ont bien accueilli cette annonce, clôturant en hausse. Le dollar américain a également profité de la nouvelle pour gagner du terrain sur son indice, celui-ci terminant la journée en hausse de +0,1070 à 98,3950 points.
Concrètement, pour le marché des commodités agricoles, dont les grains, cette annonce n’est pas par contre nécessairement une bonne chose. Pour que la Fed rehausse le taux directeur, il faut que l’instance américaine juge que la santé économique du pays le permette ce qui, de ricochet, suggère aussi un dollar américain qui restera ferme. Bien entendu, avec ce dernier déjà historiquement très élevé, des exportations américaines de grains qui éprouvent toujours des difficultés à rattraper le temps perdu, et des quantités encore très importantes de grains américains à écouler de la dernière récolte dans les prochains mois, ce n’est pas nécessairement une bonne chose. Reste à voir maintenant comment l’économie américaine réagira dans les prochaines semaines/mois à ce changement de politique monétaire.
Le marché des grains à Chicago a également dû composer aujourd’hui avec l’annonce de l’abandon par l’Argentine de sa mesure de contrôle des changes en place depuis 2011. Ceci devrait entrainer la dévaluation du péso argentin. Combiné à l’élimination de la taxe à l’exportation sur les grains annoncée en début de semaine dernière, cette nouvelle dynamique devrait entrainer une présence accrue des exportateurs de grains argentins sur les marchés mondiaux déjà aux prises avec des quantités importantes de plusieurs pays à écouler. En chiffre, dans le monde rappelons que l’Argentine est :
- Maïs : 5e producteur, 3e exportateur
- Soya : 3e producteur & exportateur
- Tourteau et huile de soya : 3e producteur, 1er exportateur
- Blé : 8e exportateur
Plus spécifiquement, du côté du complexe du marché du soya à Chicago, celui de l’huile de soya commence à s’enfoncer davantage, alors que celui du tourteau de soya se transige maintenant à son plus bas depuis le début 2010.
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Avec de surcroît les conditions en Amérique du Sud qui ne proposent toujours pas d’imprévus météo suffisant pour préoccuper davantage, le marché du soya n’a donc que très peu d’éléments présentement pour le supporter davantage, le laissant ainsi de nouveau exposé à une revisite du seuil et support clé à 8,50 $US/boisseau.
Le marché du maïs a mis pour sa part un brusque terme à ce qui s’annonçait depuis la fin novembre une reprise à la hausse prometteuse. Le rapport hebdomadaire de l’EIA sur la production d’éthanol pour la semaine se terminant le 11 décembre a fait état d’une hausse très près de son récent sommet historique de novembre à 1 million de barils/jour. Par contre, les inventaires américains d’éthanol ont aussi grimpé de façon marquée de 2,49% par rapport à la semaine précédente à 20,3 millions de barils, plus de 15% du niveau observé à pareille date l’an dernier.
Techniquement, on note aujourd’hui la brusque rupture de la tendance haussière des dernières semaines qui aura été mise en échec par la tendance baissière à long terme en place depuis 2012. Bien que pour plusieurs analystes la tendance pour les prochaines semaines serait davantage à la neutralité, le risque demeure bien réel que le creux de novembre dernier près de 3,55 $US/boisseau soit revisité, avec un support préalable à 3,64-3,66 $US/boisseau.
Le marché du blé n’a pas été épargné par le risque de voir les exportateurs argentins proposer davantage de blé sur les marchés mondiaux. Plusieurs s’interrogent toujours sur le peu de couvert de neige observé dans plusieurs régions clés de production de blé d’hiver dans le monde (États-Unis, Europe, Mer Noire). Cependant, jusqu’ici les conditions relativement douces de début d’hiver et les dernières prévisions ne posent pas de menace pour les cultures dans la plupart des cas.
Faute de nouvelles préoccupations, et avec les quantités toujours importantes de blé de disponible, le marché du blé à Chicago a donc suivi la parade de ses confrères (maïs et soya), mettant ainsi un terme à sa récente tendance haussière à court terme pour menacer de nouveau de revisité son dernier creux à 4,65 avec un support préalable à 4,76 $US/boisseau.
À surveiller demain, le rapport hebdomadaire des exportations et ventes à l’exportation de grains. Pour la semaine dernière, les marchés anticipent des ventes de 700 00 à 950 000 tonnes dans le maïs, de 900 000 à 1 300 000 tonnes dans le soya, et de 250 000 à 450 000 tonnes dans le blé.

