Journée de correction (consolidation) pour les prix suivant un début de semaine en force pour l’ensemble des commodités agricoles.
Depuis lundi, les incertitudes entourant les vives tensions en Ukraine, ainsi que les différentes rumeurs et confirmations que les récoltes en Amérique du Sud ne seront finalement pas au rendez-vous ont mis sur le qui-vive les marchés. Les spéculateurs ont particulièrement saisi l’opportunité au vol, prenant position et stimulant d’autant à la hausse les prix.
La semaine prochaine, le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) doit présenter son rapport mensuel sur l’état de l’offre et la demande de grains aux États-Unis et dans le monde. Il sera alors très intéressant de surveiller ce qu’auront à dire les analystes et économistes du USDA sur l’importance des révisions à la baisse des récoltes sud-américaines de maïs et soya.
Le marché des viandes (porc et bœuf) a aussi été très dynamique dans les derniers jours. C’est le cas spécialement de celui du porc qui, sur le contrat à terme de juin prochain, a atteint un niveau record inégalé de près de 1,19 $US/lb. Il n’y a que quelques semaines, au début de 2014, ce dernier ne se transigeait encore qu’à 1,00 $US/lb, un niveau qui était déjà intéressant à ce moment.
Aujourd’hui, il faut noter que le marché de l’avoine à Chicago aura fait bande à part. Sur le contrat pour livraison immédiate (mai 14), le recul aura été particulièrement brutal avec une baisse de 0,20 $US/boisseau à 4,7350 $US/boisseau (-13,78 à 326,21 $US/tm). Depuis plusieurs semaines, le marché de l’avoine a grandement profité des problèmes logistiques dans les Prairies canadiennes, les prix ayant grimpé de plus de 50% depuis le début de 2014 dans certains cas. Rappelons qu’avec les récoltes exceptionnelles de blé et de canola, mais également la forte demande en provenance de l’industrie pétrolière, le système ferroviaire dans les Prairies canadiennes a été fortement sollicité depuis l’automne dernier, entrainant de nombreuses difficultés d’approvisionnement pour les acheteurs d’avoine canadien. La question est à savoir maintenant si ces problèmes ne seraient pas maintenant sur le point de tirer à leur fin.

Maïs
Le secteur du maïs américain a connu certaines difficultés aujourd’hui. Sur le contrat courant (mai 2014) il a à nouveau timidement tenté sa chance vers sa résistance de 5.00 $US/boisseau, mais sans succès. Il aura finalement terminé la journée en baisse de 0.03 $US/boisseau pour s’établir à 4.82 $US/boisseau (- 1.08 à 189.56 $US/tm). On note tout de même que pour la journée, le maïs conserve des changements de prix assez serrés, signe que les marchés hésitent et demeurent encore prêt à bondi. Sur le contrat de la prochaine récolte (décembre 2014), il a également reculé de 0.03 $US/boisseau pour finir à 4.83 $US/boisseau (- 1.28 à 190.25 $US/tm).
Les nouvelles concernant le maïs sont plus limitées aujourd’hui et il y a eu peu de développements concernant l’Ukraine.
La EIA (Energy Information Administration) aux États-Unis a publié son rapport hebdomadaire sur l’éthanol. Il en ressort une chute de production de 11 000 barils par jour pour un total de 894 000 barils par jour. C’est une baisse de 1.2 % comparativement à la semaine dernière. On note, par contre, que les inventaires ont aussi reculé de 413 000 barils pour totaliser de 16.6 millions de barils. Ceci représente une baisse de 2.4 % sur les chiffres présentés la semaine précédente. Des problèmes de logistique occasionnés par le froid, qui touchent actuellement le Midwest, expliqueraient la diminution de la production de l’éthanol. La baisse des stocks démontre toutefois qu’il y a toujours une bonne demande pour le biocarburant.
L’agence Bloomberg a publié ses anticipations pour le rapport mensuel du USDA de la semaine prochaine. D’après les analystes interrogés, les inventaires américains de maïs de 2013/2014 pourraient être revisés à la hausse de 14 millions de boisseaux à 1.495 milliards de boisseaux (37,98 millions de tonnes). Dans son rapport de février dernier, le USDA avait estimé ces inventaires à 1,481 milliards de boisseaux (37,63 millions de tonnes).
Techniquement, le contrat à terme courant (mai 14) du maïs demeure toujours en position de parvenir à tenter sa chance vers 5,00 $US/boisseau. S’il retourne cependant à la baisse dans les prochains jours, il faut surveiller des supports à 4,64-4,65 puis 4,52-4,53 $US/boisseau.
Soya
Les prix des contrats de soya n’ont pas été en mesure de résister aux prises de profits et aux ajustements techniques. Sur le contrat courant (mai 2014), le soya a reculé légèrement de 0.02 $US/boisseau pour terminer à 14.21 $US/boisseau (- 0.73 à 522.13 $US/tm). Sur le contrat de la prochaine récolte (novembre 2014), il a baissé de 0.01 $US/boisseau pour finir à 11.80 $US/boisseau (- 0.37 à 433.67 $US/tm).
Le USDA a annoncé ce matin que la Chine avait annulé une commande de 245 000 tonnes de soya américain de la dernière récolte. Ceci a eu l’effet d’une douche froide sur les marchés. Demain, le USDA présentera son rapport hebdomadaire sur les ventes américaines à l’exportation de soya. Il sera particulièrement intéressant de surveiller si d’autres annulations se confirment.
Depuis plusieurs semaines, les marchés anticipent que des ventes de soya américain seront annulées à l’avantage du soya sud-américain. Malheureusement, cette éventualité ne se sera que trop peu matérialisée jusqu’ici, renforçant les inquiétudes des marchés qui voient les inventaires américains s’amincir de semaine en semaine. La situation pourrait cependant encore changer rapidement.
Selon les derniers estimés disponibles, la récolte brésilienne de soya se devrait d’être complétée à plus de 50% cette semaine. Bien que les récoltes restent difficiles et la logistique de chargement des bateaux très lourde et lente, tôt ou tard, le soya brésilien (et argentin) devra progressivement inonder les marchés internationaux. Rien ne permet donc de croire pour l’instant que les consommateurs manqueront de soya dans les prochains mois. Même aux États-Unis, où certains anticipent qu’il ne restera plus de disponible en août prochain, il demeure possible pour le pays d’importer du soya.
Rappelons d’ailleurs que présentement, le différentiel entre le prix du soya américain et celui brésilien avoisinerait jusqu’à 40$ la tonne dans certains cas. De quoi inciter même les consommateurs américains à jeter un œil sur le Brésil pour combler leurs besoins d’ici la prochaine récolte.
Mais dans l’immédiat, d’après les résultats d’un sondage réalisé par Bloomberg, le prochain rapport d’offre et demande du USDA pourrait révéler une baisse des inventaires américain de 6 millions de boisseaux à 144 millions de boisseaux (3,91 millions de tonnes) contre 150 millions de boisseaux le mois dernier (4,08 millions de tonnes).
Techniquement, sur le contrat à terme pour livraison immédiate (mai 14), le prix du soya demeure confronté à une résistance immédiate à 14,45 suivis d’une seconde résistance à 14,50 $US/boisseau. Aucun signal ne permet d’établir que ce serait la fin de la forte tendance à la hausse des dernières semaines. Il faut noter cependant l’important recul du volume de transaction des derniers jours, signe que les marchés pourraient être forcés de prendre tout au moins une pause, s’il ne se corrige pas. À la baisse, le principal support demeure 14,00 $US/boisseau.

