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Pourquoi la valeur du « pétrole » ne peut pas chuter ?

16 juin 2008,

Photo : Le Devoir.comGrainwiz :Le prix de l’or noir grimpe sans arrêt et il est évident que les producteurs agricoles n’ont pas fini d’en subir les effets. Lundi, le 9 juin dernier à Montréal, le prix de l’essence ordinaire a touché les 1.51 $ dollars le litre ; il est redescendu par la suite mais, la nature humaine étant ce qu’elle est, il pourrait bien s’agir d’un simple intermède.

Les pétrolières scrutées à la loupe

Par contre, prétendre que les grosses compagnies pétrolières en profitent pour escroquer les gens paraît franchement hasardeux. C’est croire que personne ne les surveillent. Évidemment, il peut y avoir de la magouille à petite échelle : l’épisode de la semaine dernière concernant les 13 personnes accusées d’avoir complotées pour fixer les prix de l’essence à la pompe le prouve assez bien. Mais dans ces cas-là, plutôt rares, il s’agissait de stations-services et non de grosses multinationales du pétrole.

En réalité, plus la valeur du pétrole brut grimpe, plus les grosses pétrolières se sentent menacées par les autorités réglementaires gouvernementales des différents États qu’elles desservent.

Elles ont déjà intérêt à filer doux puisque partout à travers le monde, la grogne monte. Le problème n’est pas exclusif au Québec ou à la France, mais la logique veut que le moindre mouvement suspect du côté des extracteurs et des producteurs de pétrole soit scruté à la loupe.

Les Américains, par exemple, sont sans pitié pourConrad Black lors de son procès
Photo : The New York Observer les fraudeurs. On a qu’à penser à Conrad Black, l’ancien magna de la presse canadienne, qui, il y a quelques mois, a été condamné à payer une forte amende en plus de passer 6 ans de pénitencier pour avoir fraudé les actionnaires de sa société Hollinger International. S’il avait été accusé au Canada, il est fort probable qu’il aurait obtenu une sentence moins sévère.

Or, il faut savoir que cette semaine, le USDA et le CFOT ont annoncé qu’ils avaient mis en place une nouvelle section mixte. Celle-ci sera chargée de surveiller la hausse des prix des aliments. L’objectif visera à éliminer la spéculation douteuse. D’une manière ou d’une autre, les pétrolières sont visées.

Les Québécois n’ont donc pas besoin de surveiller les pétrolières et les spéculateurs : les Américains le font déjà gratuitement à leur place. Toutefois, malgré toutes ses enquêtes, le gouvernement américain ne pourra pas empêcher l’augmentation du cours du pétrole brut.

Le transport en commun et les cruautés écologiques

La forte demande mondiale, comme les habitudes de consommation de gazoline, ne pourront pas être régulées facilement. La population occidentale vieillit et ce n’est pas sans conséquence. En Amérique du Nord, les structures du transport en commun ne sont pas très développées et ne le seront jamais. Plus souvent qu’autrement, la marche et le cyclisme restent des loisirs.

Photo : Transport CanadaDans plusieurs cas, les stratégies avancées par les écologistes sont mal pensées sinon cruelles. Avec le cyclisme, au Québec, par exemple, le pratiquer en plein hiver, lorsqu’il fait moins 30 ° C et que les rues sont bordées de neige, est quasiment suicidaire. En outre, on voit mal une mère de famille se rendre à l’épicerie en prenant l’autobus aux heures de pointe avec 2 enfants en bas d’âge sous ses bras.

N’essayez pas d’en faire autant avec 5 sacs de chez Provigo : c’est forçant et en passant à travers les allées, vous risquer de blesser les autres. En fait prendre l’autobus est détestable, même les Chinois et les Indiens l’ont compris. On peut l’utiliser pour aller au travail, mais pas trop.

La même chose est aussi vraie pour le Québec et ailleurs en Amérique du Nord : jusqu’à une certaine limite, les gens vont changer leurs habitudes de consommation énergétique. Il n’est toutefois pas question de retourner aux temps anciens où les marcheurs et les usagés du transport en commun étaient nombreux alors que automobiles étaient rares. Personne ne supporterait une telle situation.

Quant aux biocarburants, la plupart d’entre eux ont leur avenir certain uniquement comme additif à l’essence. À preuve du contraire, aucun n’a de valeur énergétique suffisante pour égaler les produits issus du pétrole.

L’ancrage du moteur à explosion

L’importance du pétrole brut n’est pas seulement une question de meures : sans lui, une foule de produits ne pourraient même pas être fabriqués sans risque. La houille (le charbon), par exemple, qui fut largement utilisée lors de la révolution industrielle au XIXème siècle, est un produit salissant et hautement toxique.

D’ailleurs, les murs de la ville de Londres en Angleterre en portent encore les traces : la corrosion provoquée par la suie est allée jusqu’à pénétrer le granit. C’est l’apparition du moteur à explosion, qui s’est avéré plus écologique et plus puissant, qui mis fin à cette époque.

Photo : BusinessWeekMalheureusement à l’époque actuelle, même si on parvenait à trouver une solution de rechange efficace, le moteur à explosion est si répandu que son usage ne peut certainement pas cesser rapidement.

La seule possibilité efficace qui existe présentement consiste à améliorer la combustion des moteurs. Cette pratique a déjà été mise en branle dans les années 1970 et 1980. Issue des besoins économiques créés lors des premiers chocs pétroliers en 1973-1974, elle avait permis une réduction de la consommation d’essence d’environ 20 %.

Depuis, les constructeurs d’automobiles et de machineries lourdes ne l’ont jamais vraiment abandonnée. Avec les récentes flambées du pétrole brut, ils ont toutefois été obligés d’accélérer les recherches.

Les conséquences de la haine des pétrolières

De leur côté, les pétrolières ne se sont jamais vraiment remis du traumatisme des années 1970. En occident, accusées, entre autres, d’avoir gravement pollué l’environnement, la législation et les restrictions imposées par les gouvernements, qui ont agis sous les pressions populaires, s’est considérablement alourdie. Au fil des ans, la bureaucratie s’est installée en rendant impossible la construction de nouvelles raffineries. Jusqu’à aujourd’hui, en Amérique du Nord, la plus récente d’entre elles date de 1984.

La fameuse voiture à 2500 $ de Tata Motors
Photo : leblogueautoL’ampleur de la paperasserie imposée aux pétrolières depuis les années 1970 a aussi freiné l’amélioration des installations existantes. Jusqu’à tout récemment, les multinationales du pétrole se contentaient surtout d’améliorer la sécurité de leurs équipements.

Pour des raisons que l’on ignore, la plupart d’entre elles n’ont pas cherché à améliorer leurs produits ni à mettre un pied dans le secteur des biocarburants. Dans l’ensemble, les pétrolières n’investissent qu’un à trois pourcent de leurs capitaux en recherches et développement.

Ailleurs, en Inde, par exemple, le gouvernement qui possède la India Oil avait, jusqu’à tout récemment, contraint la pétrolière à maintenir les prix à la pompe artificiellement bas. Pendant plusieurs années, la fragilité de l’économie nationale et l’extrême pauvreté visible à plusieurs endroits justifiaient en bonne partie cette pratique.

Comme l’Inde doit importer la majeure partie de son pétrole, les conséquences sur la santé financière de cette entreprise d’État furent désastreuses. Depuis un an, ses dettes ont sérieusement compromises ses activités.

Plus tôt cette semaine, l’accroissement du parc automobile indien et la hausse du prix du baril de pétrole sur le marché international ont forcé le gouvernement à permettre à la India Oil d’augmenter ses prix de 13 %. Malgré les protestations populaires, personne n’avait vraiment le choix.

La India Oil ne s’est pas débarrassée de ses problèmes pour autant. À supposer que le gouvernement indien lui donne l’autorisation de hausser ses prix graduellement, elle devra sans doute faire preuve d’un peu plus de zèle en essayant d’augmenter ses réserves avant que la valeur du pétrole brut n’atteigne un nouveau sommet.

Sachant que les Indiens sont toujours plus nombreux à vouloir des voitures, la pétrolière doit limiter l’inflation le plus possible. Au risque d’alimenter la colère de la population, le droit à l’erreur lui est quasiment inexistant. En partant de ce principe, on peut penser qu’elle cherchera à exploiter la moindre chute du cours du baril de pétrole.

La situation est aussi vraie pour la Chine. Le gouvernement fortement centralisé qui la dirige craint les famines qui ont toujours été à l’origine des coups d’État. Le développement économique rapide, qui a été mis en marche au début des années 1980, lui sert à maintenir une paix sociale.

L’un des pires cauchemars des autorités chinoises concerne le manque de matières premières. Et comme les chinois ne peuvent pas se permettre une rupture des inventaires de pétrole, ils sont prêts à en payer le prix.

La faiblesse du dollar américain

La chutte du dollar américain : les Asiatiques ne la trouvent pas drôle...
Photo: le Devoir.comLe repli du dollar US est le dernier point qui assure la haute performance du baril de pétrole brut. Le Brent, c’est ainsi que l’on appelle la sorte de pétrole brut de référence, n’est fixé qu’en dollar américain. Mondialement connu, il est d’abord affiché à New York sur le NYMEX avant de l’être ailleurs.

Cette réalité le rend particulièrement dépendant de la santé économique américaine. Par les temps qui courent, il n’est donc pas insensible aux troubles provoqués par la dette colossale contractée au fil des années par le gouvernement américain.

On estime que présentement 2.4 trillions de dollars US émis en bons du Trésor circulent à travers le monde. De ce montant, les Japonais en détiendraient l’équivalent de 586 milliards de dollars et les Chinois 492 milliards de dollars. Le gouvernement américain a contracté au fil du temps une dette colossale de 9.4 trillions de dollars US.

Mais sous la pression d’énormes dépenses publiques difficilement contrôlables, les autorités américaines sont incapables de freiner sa progression. À chaque minute, les Américains doivent 1.3 million de dollars US de plus. À vrai dire, la quantité de dollars américains actuellement en circulation est beaucoup trop élevée.

Malheureusement pour la Fed, la crise du crédit, c’est-à-dire celle des mauvais prêts, qui a durement touché les banques et les ménages américains en provoquant, notamment, la chute du secteur immobilier et l’augmentation du taux de chômage à 5.5 %, ne lui donne aucune marge de manœuvre. Les taux d’intérêt qu’elle fixe doivent demeurer relativement bas ; autrement, l’économie déjà fragilisée risque de s’étouffer davantage.

Or, cette politique du faible taux d’intérêt, qui fait fuir les prêteurs étrangers, aggrave la situation. Sans capitaux frais, la Fed n’a d’autre choix que de continuer à stimuler l’inflation en imprimant plus de dollars.

Les conséquences de la chute du dollar américain sont telles que la valeur du pétrole brut doit constamment être revue à la hausse. Bien que l’écart entre l’offre et la demande mondiale de pétrole soit particulièrement serré, au niveau du taux de change, rien ne fait croire que la situation du dollar américain puisse changer rapidement.

Quoi penser alors ?

Steven Guibeault, l'un des artisans de la « taxe verte »
Photo : Montréal Express Il faut se faire à l’idée que les prix de l’or noir ne baisseront pas. Que les États-Unis entrent en récession ne changera rien. Les Chinois et les Indiens s’enrichissent rapidement : à mesure que les revenus grimpent leurs parcs automobiles grossissent. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont de gros bassin de populations difficiles à gérer. Le développent économique est utilisé par les autorités chinoises et indiennes pour acheter la paix sociale : ce n’est pas une question de choix.

En Occident, baisser les taxes sur l’essence est probablement la seule solution applicable à court terme. Au Québec, l’imposition récente de la « taxe verte » destinée à l’amélioration du transport en commun fut une grave erreur. On doute que ce soit l’objectif réel du gouvernement réellement.

En plus, prétendre que les pétrolières paieront 10 cents le litre sans refiler la facture au consommateur est une aberration. Comme entreprises internationales, le Québec n’est qu’un petit marché. Leurs objectifs tout à fait justifiés est de générer des profits. Autrement, comment peuvent-elles assumer leurs coûts d’exploitation ? Comment peuvent-elles payer leurs dettes et leurs employés ? Sans profits, la faillite est inévitable.

Croire que la flambée de l’essence permet aux multinationales du pétrole d’engranger d’énormes bénéfices est aussi un élément qui induit en erreur. Les profits grimpent c’est vrai. Cependant, il faut rappeler que les pétrolières sont déjà forcées de produire à pleine capacité. Le pétrole manque et par les temps qui courent, personne n’a vraiment intérêt à couper la production au risque d’alimenter la grogne des consommateurs.

Quant à l’amélioration des moteurs, le processus se poursuit lentement, mais il faudra peut-être une dizaine d’années pour en voir les effets. D’ici là, les prix des denrées devraient encore grimper.






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