La conférence du Département de l'Agriculture Américaine (USDA) sur ses projections agricoles à long terme (Agricultural Outlook Forum 2010), qui a eu lieu les 18 et 19 février derniers, a révélé des premières estimations de ce que seront les ensemencements et les productions de grains aux États unis pour 2010-2011.
Bien que ces prévisions soient très hâtives et qu'elles ne soient pas garantes de ce que seront réellement les ensemencements et les productions de grains en 2010-2011, il n'en reste pas moins qu'elles constituent une première indication qu'il vaut la peine d'approfondir. Ceci est d'autant plus vrai que les États-Unis demeurent le chef de file mondiale incontestable des productions, consommations et exportations de maïs et de soya. Ils figurent aussi parmi les plus importants joueurs mondiaux sur le marché du blé.
Selon le USDA, voici les premières estimations que son forum a présentées :

Contexte du maïs : production
Ce que révèlent les premières estimations du USDA pour le maïs, c'est que la tendance actuelle qui veut que les ensemencements et la production de maïs américain soient en hausse aux États-Unis depuis plus de 3 ans se poursuivrait en 2010-11. Selon les Chiffres du USDA, il se sèmerait ainsi 36,03 millions d'hectares de maïs.
En moyenne depuis 10 ans, il existe un écart de 3 millions d'hectares entre les superficies semées et celles récoltées, ce qui porte les superficies récoltées estimées à 33,03 millions d'hectares. Si l'on se fit à l'estimation du USDA de production de maïs pour 2010-11 de 334,28 millions de tonnes, ces chiffres révèlent que le USDA prévoit un rendement à l'hectare de 10,12 tonnes/ha aux États-Unis. Par contre, dans les faits, il y a lieu de se questionner sur ce résultat. Pourquoi?
L'année 2009-10 a été une année particulièrement difficile pour la culture du maïs aux États-Unis. Les ensemencements ont été pénibles en raison des températures très humides au printemps 2009 dans le « Midwest » américain et, comme on le sait, la récolte n'a pas été beaucoup mieux. En fait, toujours en raison de conditions humides, des retards de récolte allant jusqu'à 4 semaines ont été rapportés à l'automne dernier aux États-Unis. Cette situation a même empêché certains producteurs américains de récolter leur maïs avant l'arrivée de l'hiver comme on le sait.
Hors malgré ces conditions exceptionnellement difficiles aux États-Unis en 2009, les producteurs américains sont parvenus à obtenir un rendement record de 10,36 TM/ha. À ce titre, il y a lieu de lever notre chapeau aux améliorations génétiques des dernières années qui fournissent aujourd'hui des hybrides de maïs particulièrement résistants aux intempéries et productifs. Cependant, ceci permet aussi de douter de l'estimation de rendement que sous-entend le USDA pour 2010-11 à 10,12 tonnes/ha.
En fait, assumant que les superficies estimées en maïs par le USDA demeurent les même, mais que les conditions de cultures soient beaucoup plus propices pour le maïs, il est fort possible que la production de maïs américain soit beaucoup plus importante que ne le prévoit le USDA en 2010-11. Si l'on se fait à la tendance des 10 dernières années, on peut miser sur un rendement conservateur de 10,25 tonnes/ha, ce qui porte la production de maïs pour 2010-11 à 338,56 millions de tonnes. Ceci représenterait une nouvelle production record pour les États-Unis et un écart de plus de 4 millions de tonnes par rapport à l'estimation actuelle du USDA.
Contexte du maïs : consommation
Aux États-Unis, la répartition actuelle de la consommation de maïs est la suivante :

Du côté de la consommation de maïs pour la fabrication d'éthanol, le USDA projette qu'elle sera pour 2009-10 de 109 millions de tonnes.

Si on se fit cependant à la tendance des dernières années et les faits suivants :
les marges de profit des usines d'éthanol américaines sont à nouveau positives depuis l'été dernier;
le prix du pétrole à plus que doublé en 1 an;
l'Environmental Protection Agency aux États-Unis est sur le point d'autoriser l'augmentation de l'usage d'éthanol dans l'essence de 10 à 15%;
la reprise économique en cours;
il est possible que l'objectif du USDA soit dépassé. Il est difficile d'établir de combien cependant celui-ci le sera. Il est toutefois possible de tabler sur une révision conservatrice de 2 millions de tonnes, ce qui porterait alors la consommation de maïs pour la fabrication d'éthanol à 111 millions de tonnes.
Du côté de la consommation de maïs pour la fabrication de moulée et l'usage résiduel qu'en est-il?

Si l'on se fie à la tendance des dernières années, la consommation de maïs pour la fabrication de moulée et l'usage de résidus devrait s'établir cette année à 130 millions de tonnes avec une variabilité de 117 à 155 millions de tonnes. Il faut cependant aussi noter que :
jusqu'à présent, la production de porc aux États-Unis est beaucoup moins importante qu'en 2008 et 2009;
jusqu'à présent la production de bœuf est légèrement supérieure à 2008 et 2009;
le USDA prévoit une augmentation de la production de volaille, de porc et de lait pour 2010.
C'est dans cet ordre d'idée que le USDA a révisé à la hausse en janvier dernier son estimation d'usage de maïs pour la fabrication de moulée de 3,81 millions de tonnes à 141 millions de tonnes pour 2010. Toutefois, selon les informations disponibles, nous croyons que cette estimation est légèrement surévaluée. Considérant le contexte et la tendance actuelle, il semblerait plus réaliste de miser sur une consommation de maïs pour la fabrication de moulée et de résidus à 139 millions de tonnes.
Au niveau des exportations de maïs américain, l'année en cours est très décevante :

Le USDA conserve une estimation des exportations cumulatives américaines de maïs de 50,80 millions de tonnes pour 2010. Toutefois, considérant que :
à l'approche de la fin du second trimestre de l'année commerciale, les exportations cumulatives de maïs américain risquent de ne pas dépasser 21 millions de tonnes;
que la tendance veut que les exportations américaines de maïs progressent au maximum de 6 millions de tonnes au cours des prochains mois;
que l'Argentine, deuxième plus important exportateur de maïs après les États-Unis, soit sur le point de récolter et commercialiser une importante récolte.
Il apparaît ainsi difficile de croire que les exportations américaines de maïs parviendront à atteindre l'objectif actuel du USDA. Pour l'instant, selon les informations disponibles, il serait plus juste de les estimer au mieux à 46-48 millions de tonnes cette année.
Contexte du maïs : Production et consommation
Au terme de cette analyse, voici ce qu'une révision des informations disponibles permet d'obtenir:

Contrairement aux prévisions actuelles présentées au cours du forum du USDA, les inventaires de fin d'année de 2009-10 seraient beaucoup plus élevés, et ce, en raison principalement des exportations et de la consommation de maïs pour la fabrication de moulée et l'usage de résidus qui seraient moins importantes. Par contre, malgré que les inventaires de fin d'année de 2009-10 et la production de 2010 seront plus élevés, le retour à la hausse plus réaliste de la consommation en 2010-11 permet tout de même d'obtenir des inventaires de fin d'année 2010-11 qui seraient sensiblement les mêmes que ceux que prévoit le USDA, soit 42 millions de tonnes.
Pour les prix, ceci révèle que l'année 2009-10 pourrait être plus difficile pour eux advenant que les estimations ci-haut révélées se concrétisent.
En fait, si l'on se fie aux estimations, le USDA devrait réviser légèrement à la hausse la consommation de maïs pour la fabrication d'éthanol, ce qui devrait être positif pour le prix du maïs tout au long de 2010. Par contre, advenant des conditions de culture très favorables pour le maïs aux États-Unis en 2010, les marchés s'inquiéteront alors beaucoup d'une autre année record de production prévue aux États-Unis, et ce, alors même que les exportations de maïs américain et la consommation de maïs pour la fabrication de moulée et de résidus seront probablement en baisse. Ceci entrainera alors le prix à toucher un creux important au cours de la récolte 2010. Ce ne serait qu'au début de 2011, alors que les perspectives de consommation de maïs prendront forme, que le prix du maïs retournerait alors vraiment à la hausse.
