Il n'y a pas à dire, le marché des grains est un champ d'activité pour le moins surprenant et très dynamique. Chaque nouvelle journée, nouveau mois, nouvelle année recèle des surprises et des événements inusités. Alors qu'elle tire à sa fin, l'année 2010 reste néanmoins une année particulièrement exceptionnelle et surprenante.
Bref rappel, au début de 2010, le contexte du marché des grains était peu reluisant. Malgré certaines difficultés de production tout au long de 2009, les niveaux des inventaires étaient prévus élevés pour 2010. Les États-Unis, principal producteur et exportateur de maïs, soya et blé dans le monde, venaient de récolter des productions records de grains et nombre d'analystes s'interrogeaient à savoir comment la demande pourrait venir à bout d'absorber autant de grains au cours de 2010. À ce titre, le fameux rapport mensuel du USDA du 12 janvier 2010 aura d'ailleurs sonné le glas et insufflé définitivement au marché des grains un sentiment général très négatif.
Résultats des rapports du USDA du 12 janvier 2010
Ce que pensent les analystes et spécialistes des rapports du USDA du 12 janvier 2010
World Agricultural Supply and Demand Estimates - 12.01.2010
Comble de malchance, toujours en début d'année 2010, les conditions des cultures en Amérique du Sud étaient dans l'ensemble très bonnes et laissaient entrevoir aussi des récoltes records, de quoi ajouter de l'huile au feu.
Enfin, rappelons aussi qu'à ce moment de l'année, les marchés financiers dans l'ensemble continuaient de subir les contrecoups de l'une des pires crises financières mondiales que, selon certains, nous ayons connu depuis 1929.
C'est donc sans surprise que le sentiment générale négatif des marchés et l'abondance de grains disponible laissaient entrevoir peu d'opportunités à ce que les prix des grains progressent en 2010. Mais, c'est là sous-estimer la capacité du marché des grains à surprendre et changer la donne sans crier gare.
Suivant une période hivernale morose, un printemps propice aux semis et un début d'été laissant présager de très bonnes récoltes aux États-Unis, un premier événement insoupçonné fait bondir sans préavis les prix des grains : au mois de juillet, une importante sécheresse frappe de plein fouet la Russie et certaines régions de l'est de l'Europe.
Revue du marché des grains pour le 30 juillet 2010

Cette sécheresse, l'une des plus importantes qu'ait connu la Russie depuis plusieurs décennies, fait en sorte que les récoltes russes seront amputées de 15-20 millions de tonnes de grains. Conséquence collatérale, le 5 août, le gouvernement russe impose un moratoire sur toute exportation de grains, interdit qui ne sera pas levé avant juillet 2011.
Sur le nouveau contient, aux États-Unis, les cultures continuent cependant de bien progresser. Mais encore là, dame nature finira par faire quelques siennes. Alors que les conditions ont été pratiquement idéales aux États-Unis depuis le début de l'été, laissant miroiter des productions et rendements records, des conditions plus chaudes et sèches au cours du mois d'août et au début septembre menacent de faire fléchir les rendements attendus par les producteurs américains. Ces conditions chaudes et sèches auront été cependant subtiles et les marchés ne savent si leurs inquiétudes sont fondées ou non. Le début des récoltes décevant dans le sud des États-Unis viendra accentuer ces angoisses à la fin août et en septembre.
Finalement, les rapports mensuels du USDA du 10 septembre puis du 8 octobre confirmeront les craintes des marchés. Les rendements américains, autant du côté du maïs que du soya, ne seront pas aux rendez-vous cette année et des niveaux d'inventaires de fin d'année très serrés sont à prévoir pour 2011.
Résultats du rapport du USDA du 10 septembre 2010
World Agricultural Supply and Demand Estimates - 10.09.2010
Résultats du rapport du USDA du 8 octobre 2010
World Agricultural Supply and Demand Estimates - 8.10.2010
Ainsi, en l'espace de quelques mois, ce qui se devait d'être un contexte de marché très négatif, avec des niveaux d'inventaires très confortables, s'est rapidement transformer en une situation très positive et beaucoup plus inquiétante, avec des niveaux d'inventaires très serrés. Ce changement de contexte est d'autant plus surprenant que, à l'opposée de la fin de 2009, les conditions des cultures en Amérique du Sud connaissent aussi des difficultés alarmantes en raison de conditions très sèches présentement, et que la demande de grains semble prendre de l'ampleur de manière importante pour 2011.
À l'image de ce revirement du contexte d'offre et demande de grains en 2010, les prix des grains dépréciés au cours de la première moitié de 2010 ont ainsi changé de cap pour atteindre des niveaux exceptionnels au cours de la récolte et ce, jusqu'au moment d'écrire ces lignes. Au terme de l'année, les prix des grains ont ainsi progressé de manière très intéressante :
Prix du Maïs :
Ouverture: 4,16 $US/boisseau (163,77 $US/TM)
Fermeture: 6,1250 $US/boisseau (241,13 $US/TM)
Haut: 6,1250 $US/boisseau (241,13 $US/TM)
Bas: 3,2450 $US/boisseau (127,75 $US/TM)
Variation: +1,9650 $US/boisseau (77,36 $US/TM)
Prix du Soya :
Ouverture: 10,3575 $US/boisseau (380,58 $US/TM)
Fermeture: 13,47 $US/boisseau (494,94 $US/TM)
Haut:13,47 $US/boisseau (494,94 $US/TM)
Bas: 9,00 $US/boisseau (330,70 $US/TM)
Variation: +3,1125 $US/boisseau (114,37 $US/TM)

Prix du Blé :
Ouverture: 5,5075 $US/boisseau (202,37 $US/TM)
Fermeture: 7,82 $US/boisseau (287,34 $US/TM)
Haut: 8,40 $US/boisseau (308,65 $US/TM)
Bas: 4,2550 $US/boisseau (156,35 $US/TM)
Variation: +2,3125 $US/boisseau (84,97 $US/TM)

Considérant ce changement de contexte surprenant, il reste donc téméraire de tenter d'établir comment les prix des grains devraient se comporter au cours de 2011. En principe, selon les informations actuelles disponibles, à savoir :
Niveau des inventaires de fin d'année prévus serrés pour 2011
Sécheresse actuelle en cours en Amérique du Sud
Forte demande de grains prévue pour 2011
Mauvaise récolte de blé en Australie en raison de conditions trop humides
Températures très sèches dans les plaines des États-Unis qui menacent la production de blé d'hiver
Durée du moratoire des exportations de grains russes incertaine
Bien que fragile, reprise de l'économie aux États-Unis et dans le monde
Volatilité et spéculation financière dans le marché des grains toujours très forte.
les prix des grains pourraient cependant s'apprécier davantage encore en 2011. Parmi les dates et périodes clés à surveiller, le prochain rapport mensuel du USDA du 12 janvier 2011, les conditions des semis aux États-Unis au printemps prochain ainsi que la parution du rapport du USDA au début juillet sur les superficies qui auront été semés aux États-Unis sont à retenir.
Le prochain rapport mensuel du USDA du 12 janvier établira définitivement les quantités finales de grains qui auront été produites aux États-Unis en plus de dresser un aperçu plus défini de ce que sera la demande de grains en 2011. À l'image du rapport du 12 janvier 2010 dernier, des surprises pourraient avoir lieu et grandement influencer la direction que les prix adopteront par la suite.
Les conditions météorologiques au cours de la période des semis aux États-Unis pourraient aussi grandement faire progresser à la hausse ou à la baisse les prix des grains. Rappelons entre autres qu'en 2008 et 2009, celles-ci avaient été très difficiles et avaient supporté une hausse intéressante des prix des grains. Cette année, avec les niveaux d'inventaires de fin d'année très serrés prévus pour 2011, plus que jamais les marchés auront les yeux rivés sur les conditions d'ensemencements et seront certainement très réactifs au moindre signe de menace.
Nul besoin de mentionner que la guerre des acréages, à savoir lequel du maïs ou du soya devra être le plus semé aux États-Unis cette année, sera un élément qui suscitera aussi d'intéressantes variations de prix avant et pendant la période des semis.
Enfin, suivant la période des semis, le rapport du USDA faisant état des superficies « officielles » qui auront été semé en maïs et soya, généralement publié à la fin juin ou au début du mois de juillet, pourrait aussi entrainer des variations intéressantes des prix ou non suivant sa publication.

