L'année 2009 a été surprenante pour le prix des grains à de nombreux niveaux. Sans contredit, le plus étonnant constat qu'on puisse en tirer est qu'en pleine crise financière et économique mondiale, ceux-ci sont somme toute parvenus à très bien tirer leur épingle du jeu.

En fait, en comparant les années 2007, 2008 et 2009, on constate que le prix du soya a continué de progresser alors que celui du maïs semble revenu au même niveau que 2007. Dans les faits, que c'est-il passé au cours de 2009 pour que les prix demeurent à des niveaux aussi élevé alors que l'économie mondiale connaissait l'une de ses pires crises depuis des decennies? Voici un bref retour sur les événements qui ont marqué le prix des grains en 2009 et un aperçu de 2010:

A. 1er Janvier au 31 Février: Un début d'année difficile
Le 12 janvier, le Département de l'Agriculture Américaine (DAA) révèle des projections d'inventaires de fin d'année de maïs pour 2008-09 beaucoup plus importantes que prévu aux États-Unis et dans le monde. Les inventaires américains de soya sont également révisés à la hausse aux États-Unis, mais en légère baisse dans le monde.
Les ventes à l'exportation de soya américain sont très fortes alors que celles de maïs américain accusent un retard.
La sécheresse en Amérique du Sud, particulièrement en Argentine, prend de l'ampleur. Le prix du soya profite de la situation et bondit à quelques reprises.
La crise économique mondiale fait des ravages et exerce une très mauvaise influence sur le prix des grains. Le prix du pétrole touche en deux occasions des creux très près de 33 $US/baril, son plus bas niveau jamais atteint depuis plus de 5 ans. Depuis le mois de décembre 2008, les marges de profit des usines d'éthanol aux États-Unis sont négatives et plusieurs fonctionnent au ralenti alors que d'autres ferment leurs portes.
B. 1 au 31 Mars: de premières nouvelles encourageantes
Le DAA révise à la baisse ses projections d'inventaires de soya dans le monde et aux États-Unis de manière importante pour 2009, ceux du maïs sont également légèrement réduits.
La crise économique mondiale continue d'inquiéter les marchés financiers. Par contre, des initiatives d'urgence sont prises aux États-Unis et partout dans le monde pour atténuer l'effet de la crise et relancer l'économie.
Le comportement du prix des grains, fidèle à sa tendance saisonnière, touche un creux au début du mois de mars et amorce une remontée.
Le 31 mars, le DAA révèle les premières estimations d'ensemencement aux États-Unis pour 2009. Les superficies semées en maïs seraient moins importantes qu'en 2008. Par contre, celles de soya atteindraient un nouveau record.
Le 31 mars, le DAA révèle que la consommation de maïs serait meilleure que prévu aux États-Unis malgré la crise économique. Les inventaires de soya pourraient de leur côté atteindre un niveau critique en 2009.
C. 1 au 30 avril : des ensemencements humides comme en 2008
En raison des conditions humides, les marchés s'inquiètent des retards d'ensemencements éventuels aux États-Unis, particulièrement pour le maïs.
Une grève des producteurs en Argentine stimule le prix du soya.
La crise économique se poursuit, mais les marchés financiers gagnent progressivement du terrain, favorisant la hausse du prix des grains.
La grippe porcine, qui deviendra plus tard le H1N1, fait momentanément craindre le pire pour le prix des grains à la fin du mois d'avril.
D. 1 Mai au 11 Juin: le prix des grains reste fidèle à lui-même
Comme le veut la tendance saisonnière, le prix des grains profite beaucoup du climat d'incertitude entourant les ensemencements aux États-Unis. Jusqu'à la fin du mois de mai, les marchés s'inquiéteront particulièrement des retards des ensemencements dans le maïs.
E. 12 Juin au 16 Juillet: de nouveaux records en vue
Incertitude de la période des ensemencements aux États-Unis s'estompe.
Le 30 juin, le DAA estime les plus importantes superficies semées en maïs depuis 1946 aux États-Unis. Celles de soya battent un nouveau record de tous les temps.
Le 10 Juillet, le DAA revoit à la hausse de manière importante le niveau des inventaires de maïs aux États-Unis pour 2010. Ceux de soya sont aussi revus à la hausse.
F. 17 Juillet au 11 Août: la consommation de soya rend nerveux
Le prix du soya profite beaucoup des fortes ventes à l'exportation de soya par les États-Unis. Les marchés craignent qu'un éventuel manque à gagner ne survienne avant la récolte puisque le niveau des inventaires américain de soya est très faible pour 2009.
Les cultures de maïs connaissent d'excellentes conditions aux États-Unis. Au Québec, la situation est beaucoup plus difficile avec des plus abondantes.
G. 12 Août au 4 Septembre: des productions records se confirment
Le 12 août, le DAA révèle qu'il prévoit toujours une production record de soya aux États-Unis et que celle du maïs sera la deuxième plus importante de l'histoire des États-Unis. Le niveau des inventaires de fin d'année de maïs américain pour 2009-10 est révisé à la hausse, celui du soya à la baisse en raison de la forte consommation anticipée.
H. 5 Septembre au 5 Octobre: des gelées hâtives?
Le 11 septembre, le DAA révise à la hausse ses projections de niveau d'inventaires de maïs et de soya aux États-Unis pour 2010.
Le 15 septembre, d'importantes gelées hâtives prévues aux États-Unis font bondir le prix des grains. Ces gelées n'auront pas lieu.
La récolte de soya aux États-Unis se poursuit sans trop de retard. Toutefois, les conditions fraîches et humides rendent nerveux les producteurs américains. Le prix du maïs profite de la situation et gagne du terrain.
La spéculation financière sur le marché des grains commence à se fait sentir à la Bourse de Chicago.
I. 6 Octobre au 26 Octobre: la spéculation domine
Le 9 octobre, le DAA revoit à nouveau à la hausse les productions américaines de maïs et de soya. Les inventaires américains pour 2010 demeurent les mêmes pour le maïs, mais progressent pour le soya.
Les marchés financiers ignorent les contextes de l'offre et de la demande de maïs et de soya. Ils concentrent leur attention sur la récolte très difficile aux États-Unis et le contexte général particulièrement dynamique des marchés financiers. Le prix du pétrole franchi la barre des 75 $US/baril et le Dow Jones Industrial dépasse les 10 000 points pour la 1re fois depuis plus d'un an.
Le prix du soya profite des très fortes ventes à l'exportation de soya des États-Unis depuis le début de l'année commerciale 2009-10.
J. 27 Octobre au 10 Novembre: les retards continuent, mais s'atténuent
Le prix des grains se stabilise alors que les conditions météorologiques s'améliorent aux États-Unis. La récolte de soya est finalement presque complétée aux États-Unis sans trop de problèmes. Celle du maïs gagne du terrain, mais conserve beaucoup de retard.
K. 10 Novembre au 31 Décembre: une fin d'année en queue de poisson
Le 10 novembre, le DAA révise encore une fois à la hausse la production de soya aux États-Unis à un niveau record de 90,35 millions de tonnes. Celle du maïs est estimée à la baisse en raison de la récolte américaine difficile.
Le 22 décembre, le DAA indique que les producteurs américains n'auraient toujours pas récolté 4 % de la récolte de maïs aux États-Unis.
Au moment de tourner la page sur 2009, quelles en sont les grandes lignes? La première c'est qu'envers et contre tout, les prix des grains continuent dans l'ensemble de toujours suivre les tendances saisonnières qui les caractérisent, et ce, même en contexte difficile. Il semble ainsi qu'il y aura toujours des prix plus élevés au printemps et moins intéressants par la suite.
La deuxième c'est que les variations des prix seront toujours très influencées par la situation de l'offre et de la demande et les niveaux d'inventaires. Il peut y avoir des écarts de conduite, comme ce fût le cas en pleine récolte alors que le DAA projetait des productions records de soya et de maïs et que les prix continuaient à monter mais, tôt où tard, les prix doivent se corriger pour refléter la véritable situation de l'offre et de la demande.

Le 12 janvier 2010, le rapport du DAA a eu l'effet d'une bombe. Pour la première fois depuis quelques mois, les marchés ont finalement ouvert les yeux sur la quantité importante de grain disponible qu'a confirmé le DAA pour 2010 (voir le tableau). Devant l'ampleur de grain disponible, il est difficile de croire que le prix des grains progressera en 2010. Par contre, il faut garder en mémoire que si la production de grain pour 2010 est maintenant pratiquement assurée, la situation de la consommation de grain est beaucoup moins connue. Plusieurs éléments pourraient encore nous surprendre et permettre au prix des grains de réaliser quelques hausses intéressantes, notamment aux États-Unis du côté de l'éthanol pour le maïs et au niveau de la consommation et des exportations pour le soya. Mais il ne faut pas se leurrer pour autant, 2010 sera une année difficile pour le prix des grains.
