Nouvelle

Revue des marchés de fin d'année 2011

31 décembre 2011,

Les prix des grains ont terminé l'année 2011 sur une note positive, mais incertaine. Plusieurs éléments demeurent en suspend et permettent difficilement d'établir la direction générale qu'ils adopteront au cours de 2012 :

  • Marchés financiers nerveux - Les incertitudes financières en Europe avec la crise de la dette demeurent à l'ordre du jour. Aux États-Unis le problème de la dette américaine et la fragilité de leur économie qui peine à se rétablir laisse également les marchés financiers très nerveux.

  • Inventaires de grains moins problématiques - Les derniers mois de 2011 auront remis en perspective la précarité de la disponibilité de grains pour 2012. Aux États-Unis, le niveau des inventaires de maïs demeure préoccupant. Par contre, ceux de soya sont maintenant au-dessus de la moyenne observée au cours des 5 dernières années alors que ceux de blé continuent d'être élevés et peu problématique. Dans le monde, les niveaux des inventaires de soya et blé sont actuellement au-dessus de la moyenne des 5 dernières années. Dans le cas du maïs, les inventaires mondiaux prévus pour 2012 sont dans la moyenne observée au cours des dernières années bien que le nombre de jours d'inventaires disponible soit le plus faible enregistré depuis les années 90.

  • Plus forte compétition dans le marché de l'exportation de grains - Suivant de mauvaises récoltes (Australie, Russie, Ukraine, Amérique du Sud) et la mise en place de moratoire sur les exportations de grains dans certains cas (Russie, Ukraine) en 2010, les bonnes récoltes généralement enregistrées cette année et la fin des moratoires sur les exportations de grains ont occasionné un retour en force de plusieurs pays sur le marché de l'exportation. Cette situation aura notamment occasionné une grande disponibilité de blé fourrager (pays entourant la mer Noire) qui aura servi dans plusieurs cas de produit de remplacement au maïs jugé trop dispendieux. Confrontées à cette situation, et la récolte chinoise de maïs ayant atteint un niveau record, les exportations américaines de maïs se seront révélées moindres que prévu depuis le début de l'année commerciale en cours. C'est sans compter que du côté du soya, la présence accrue de l'Amérique du Sud sur le marché de l'exportation au cours de la fin 2011 aura également contribué à en freiner cruellement les exportations américaines depuis le mois de septembre. La perspective de voir les exportations américaines de maïs et soya révisées à la baisse au début de 2012 par le USDA est donc bien réelle et pourrait nuire à leur prix à la bourse.

  • Des ensemencements de maïs américain plus importants à prévoir - Le niveau du prix du maïs demeurant pour l'instant avantageux, plusieurs firmes spécialisées anticipent toujours des ensemencements exceptionnels de maïs aux États-Unis pour 2012 à plus de 94 millions d'acres. Advenant que cette éventualité se confirme, la récolte américaine de maïs pourrait ainsi atteindre un niveau record à l'automne 2012, une perspective peu encourageante pour le prix du maïs.

  • Difficiles conditions pour les cultures en Amérique du Sud - Sans contredit, ce sont les conditions météorologiques en Amérique du Sud qui canalisent le plus l'attention des marchés, certaines régions au Brésil et en Argentine n'ayant profité d'averses significatives depuis plus d'un mois. Il devient donc difficile d'exclure l'éventualité de voir les récoltes sud-américaines s'amincir alors qu'elles étaient même prévues à des niveaux records dans certains cas il n'y a encore que quelques semaines. Par contre, si cette situation se révèle inquiétante, dans les faits de plus en plus de régions auront pu au cours des 2 dernières semaines ou profiterons prochainement d'averses. Ceci fait en sorte que le cœur des conditions de sécheresse se confinerait maintenant essentiellement au nord de l'Argentine et à l'extrême sud du Brésil. Dans le nord du Brésil, le début de la récolte de soya de variété hâtive devrait avoir aussi lieu prochainement. Dans ce contexte, à moins qu'un retour plus marqué de conditions chaudes et sèches n'ait lieu, le « rallye météo » qui a pris forme à partir de la mi-décembre pourrait tirer à sa fin.

  • Baisse des quantités de grains récoltées aux États-Unis à prévoir - Suivant une saison très difficile pour les producteurs de grandes cultures aux États-Unis en raison d'un printemps très humide comportant de nombreuses inondations suivies de conditions très chaudes et sèches en juillet, il est généralement entendu que dans son rapport mensuel de janvier, le USDA devrait revoir à la baisse les quantités finales de maïs et soya qui ont été récoltés cette année aux États-Unis. La question demeure à savoir de combien? Mais pour l'instant, rien n'exclut que l'offre de maïs et de soya puisse se révéler beaucoup moins abondante d'ici la prochaine récolte américaine de 2012, une situation qui pourrait supporter une nouvelle hausse de leur valeur sur les marchés.

Fondamentalement, devant autant d'éléments imprévisibles, il demeure donc très hasardeux de tenter de définir la direction que devraient adopter les prix des grains au cours de 2012. Mais dans l'immédiat, ceux-ci ont su profiter des conditions météorologiques difficiles en Amérique du Sud pour se ressaisir et établir ainsi de nouveaux creux à la mi-décembre, ce qui est positif. La publication du rapport mensuel du USDA qui aura lieu le 12 janvier est maintenant le prochain événement clé à surveiller. Celui-ci, de pair avec une détérioration des conditions météorologiques en Amérique du Sud, pourrait fournir de nouveaux éléments qui serviront à alimenter la poursuite ou non de la hausse actuelle des prix des grains.

En ce sens, comme l'estiment plusieurs analystes, le début de 2012 pourrait donc se révéler très intéressant pour les prix des grains. Certains n'excluent d'ailleurs pas que le prix du maïs puisse se transiger à nouveau au-dessus de 7$US/boisseau (275,5 $US/TM) et le soya à plus de 12,50 $US/boisseau (459 $US/TM). Il faut cependant rappeler que si la situation d'offre et demande qu'ont connue les grains s'est révélée particulièrement serrée et inquiétante au cours de 2011, le contexte qu'ils connaissent pour le début de 2012 l'est beaucoup moins pour l'instant. À moins que les conditions de culture se révèlent tout aussi ardues pour 2012 aux États-Unis et que les récoltes sud-américaines soient très décevantes, il faut donc considérer qu'il sera certainement beaucoup plus difficile pour les prix des grains d'atteindre de nouveaux records au cours de la prochaine année.

Rappelons également que comme l'a très bien démontré 2011, les acheteurs et consommateurs ne sont pas encore prêt à accepter que les prix des grains puissent se transiger à des niveaux jugés pour le moment intenables, soit pour le maïs à plus de 7,30-7,50 $US/boisseau (287-295 $US/TM) et le soya à plus de 14 $US/boisseau (514 $US/TM).

Il faut donc demeurer particulièrement prudent dans la mise en marché de ses grains pour 2012. Rien n'exclut que des prix très intéressants soient observés dans la prochaine année, mais pour l'instant le potentiel de voir ceux-ci atteindre de nouveaux records demeure mince face aux nombreux imprévus qui pourraient les forcer à reculer. C'est sans compter que les investisseurs et spéculateurs demeurent toujours très prompts à liquider leurs positions sans crier gare quand l'ensemble des marchés financiers s'envenime, ce qu'auront d'ailleurs amèrement rappelé les derniers mois de 2011 avec les problèmes financiers en Europe.

 

Corn tech LT 31 dec 11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prix du maïs - Techniquement, dans une perspective à long terme, le prix du maïs aura atteint à la bourse un niveau record de tous les temps inégalés de 7,9975 $US/boisseau (315 $US/TM) au cours de 2011. Cependant, après avoir profité d'une forte tendance haussière à partir du mois de juillet 2010, celui-ci se sera stabilisé dans une fourchette de valeur variant essentiellement entre 6 et 8 $US/boisseau (236 et 315 $US/TM) au cours de 2011.

Il semble donc qu'après les inquiétudes qu'ont suscitées de mauvaises récoltes dans plusieurs pays en 2010, malgré l'année difficile pour les producteurs de maïs aux États-Unis, les marchés n'auront pas trouvé de nouveaux motifs assez stimulants pour permettre au prix du maïs de poursuivre son ascension en 2011. Fondamentalement, faute d'un nouveau contexte d'offre et demande plus préoccupant pour 2012, ceci donne donc à penser qu'il sera certainement beaucoup plus difficile pour le maïs d'atteindre de nouveaux records à la bourse au cours de la prochaine année. Par contre, rien n'exclut que celui-ci ne parvienne pas à demeurer élevé, tout au moins jusqu'à ce que les marchés en sachent plus sur les récoltes qui auront lieu en 2012.

Dans l'intérim, comme l'illustre bien le graphique du comportement du prix du maïs des 2 dernières années, celui-ci semble être parvenu à mettre un terme à sa dernière forte tendance baissière qui était en place depuis la fin du mois d'août dernier. Cependant, à moins que celui-ci ne parvienne dans les prochaines semaines à se rétablir au-dessus de 7-7,50 $US/boisseau (275,5-295 $US/TM), rien n'indique pour l'instant que le prix du maïs se soit définitivement stabilisé dans une tendance neutre. La possibilité de le voir poursuivre sur une tendance de fond baissière n'est donc pas exclue ; les principaux niveaux de support à surveiller en ce sens demeurant présentement à 6 $US/boisseau (236) puis 5,70 $US/boisseau (224 $US/TM) et éventuellement 5 $US/boisseau (197 $US/TM).

 

Soy tech LT 31 dec 11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prix du soya - Techniquement, le prix du soya aura connu une année plus difficile en 2011 alors que celui-ci est demeuré dans l'ombre pendant que le prix du maïs frisait de nouveaux records de tous les temps. Après avoir profité d'une très forte tendance haussière à partir de septembre-octobre 2010, il a rapidement « plafonné » en 2011 en s'établissant dans une tendance neutre bien définie entre un peu moins de 13 $US/boisseau (478 $US/TM) et 14,50 $US/boisseau (533 $US/TM). Ce comportement n'est toutefois pas étranger au fait que comparativement au contexte d'offre et demande du maïs, celui du soya se sera révélé moins préoccupant en 2011. Il n'y qu'a rappeler ici que les inventaires mondiaux de soya se situent aujourd'hui a un niveau supérieur à la moyenne enregistrée au cours des 5 dernières années alors qu'aux États-Unis, même s'ils demeurent plus maigres qu'à la normale, les inventaires de soya sont aujourd'hui supérieurs à ce qui était initialement prévu.

La question est à savoir maintenant si le prix du soya parviendra en 2012 à se rétablir et même dépasser la « zone de confort » (tendance neutre) qu'il a connu en 2011. Actuellement, comme le révèle bien le graphique, la marche reste haute à ce titre d'autant plus que, malgré qu'il se soit stabilisé à un peu moins de 11 $US/boisseau (404 $US/TM) à partir de la mi-décembre, rien ne confirme qu'une tendance baissière de fond ne soit pas toujours en place. Tout repose donc pour le moment sur les conditions de sécheresse que connaissent le Brésil et l'Argentine et l'étendue des dommages qu'elles occasionneront aux cultures de soya en cours.

Signe cependant positif, excluant le bris bien distinct de la tendance baissière qui était en place depuis la fin août, le prix du soya aura eu le mérite de retourner se transiger à plus de 12 $US/boisseau (441 $US/TM) pour clôturer l'année. Ses prochains grands objectifs sont maintenant de parvenir à se maintenir définitivement au-dessus de 12 $US/boisseau (441 $US/TM) pour ensuite tenter d'atteindre 12,50 $US/boisseau (459 $US/TM), 12,80 $US/boisseau (470 $US/TM) puis éventuellement plus de 13 $US/boisseau (478 $US/TM). Il faudra toutefois certainement qu'un contexte très particulier puisse alimenter une telle progression puisse que fondamentalement, rien ne justifie une telle hausse pour l'instant si ce n'est la situation des cultures sud-américaines.

Si le prix du soya ne parvient pas par contre à s'établir de manière distincte dans une tendance neutre ou même haussière dans les prochaines semaines, rien n'exclut que celui-ci puisse alors connaître de nouveaux reculs importants ; la fin de 2011 ayant ouvert une brèche à ce qu'il teste des supports à moins de 11,00 $US/boisseau (404 $US/TM) puis 10,50 $US/boisseau (386 $US/TM) et éventuellement 10 $US/boisseau (367 $US/TM).

 


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