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Du maïs à 300 $ Can. la tonne ? Pourquoi pas?

05 avril 2008,

Photo : MSNBCGrainwiz :Une analyse des chiffres récemment présentés par le USDA le 31 mars 2007 dernier met à jour une éventualité très réaliste de voir le prix du maïs atteindre les 7 $ US et même 8 $ US le boisseau selon certains experts. En dollar canadien, cette possibilité laisse poindre à l'horizon des prix qui pourraient frôler les 220 $ Can. à plus de 300 $ Can. la tonne métrique au Québec.

En fait, on peut jouer avec les chiffres autant qu'on le souhaite et tenter de projeter différents scénarios. La majorité des résultats nous laissent avec des inventaires américains de fin d'année très dépréciés pour 2008-2009.

Mais encore là, on ne peut se baser sur des données plus fondamentales et croire que les prix sont appelés à monter davantage. En fait la situation des marchés a passablement changée depuis ces années. Cependant, plusieurs autres éléments incertains tendent à laisser croire que les prix ne peuvent qu'augmenter.

Premièrement, il faut savoir que la projection d'inventaire présentée plus haut prend pour acquis que la consommation de maïs pour la production l'éthanol serait la même qu'en 2007.

En réalité, en se basant sur les estimés de l'industrie, la demande totale de maïs pour l'éthanol serait de 100 millions de tonnes pour 2008 alors qu'elle était de 80 millions de tonnes en 2007. Comme les prix de maïs ont sensiblement augmentés cette année et, pour demeurer conservateur, on peut réduire de moitié l'augmentation de cette demande. Ce qui nous place tout de même à un inventaire plus dramatique de 7 millions de tonnes pour l'année 2008-2009.

Deuxièmement, il reste aussi important de regarder du côté des rendements. Au départ, on a projeté des rendements de 3.9 tonnes à l’acre (ils étaient de 3.8 en 2007) en nous basant sur une augmentation moyenne de 0.1 tonnes à l'acre depuis 10 ans. On peut à partir de ce moment établir deux possibilités :

1) La météo est très favorable et l'on parvient à des rendements de 4.2 tonnes à l'acre (estimation basée sur les rendements excellents de 2004). Ceci donne tout de même à un inventaire très serré de 29 millions de tonnes.

2) La météo est très mauvaise et les rendements dégringolent à 3.3 tonnes à l'acre (estimation basée sur l'année 2002). Résultat très inquiétant, l’inventaire est négatif et totalise 41 millions de tonnes.

On peut donc établir dans l'ensemble que peu importe le rendement, les inventaires risquent d'être très serrés.

Tous à l'exception des exportations demeurent assez constants au fil des années, ce qui porte la consommation de maïs à 185 millions de tonnes et laisse un inventaire de 17.16 millions de tonnes. Encore ici, on peut présenter deux autres possibilités :

1) La demande en maïs diminue à cause de la hausse des prix. En réduisant alors au maximum nos paramètres, nous obtenons une amélioration pratiquement nulle par rapport à notre hypothèse de départ avec un inventaire probable de 19.68 millions de tonnes.

2) La demande en maïs augmente. En demeurant conservateur on obtient ici un inventaire critique de 6.5 millions de tonnes.

À noter que la semaine dernière, le USDA a présenté un rapport dans lequel était indiqué que les inventaires de porc américain avaient augmentés de plus de 7 %. Il faut aussi penser que nous n'avons pas encore tenu compte des exportations de maïs.

Dans notre hypothèse de départ, nous avons pris pour acquis que les États-Unis exporteraient autant de maïs qu'en 2007, une année record avec 62.23 millions de tonnes. Pourquoi se baser sur ce chiffre ?

Il faut penser que le dollar américain a passablement diminué au cours de 2007. Or, avec un dollar aussi faible, le prix du maïs américain est devenu extrêmement intéressant pour les acheteurs étrangers. Les probabilités que les exportations soient réduites en 2008 sont donc moins grandes.

Par contre, si on revient à des exportations plus proches de la moyenne des 50 millions de tonnes, on obtient des inventaires tout de même très serrés de 28.61 millions de tonnes.

En terminant, on a basé notre analyse sur des superficies ensemencées de 86 millions d’acres. Cet estimé repose uniquement sur les intentions de semis américains. Le sondage réalisé par le USDA avait été réalisé au début de mars.

Entre cette date et la réalisation des semis américains, il est fort possible que les prix alléchants des deux derniers mois aient fait changer ces intentions. Dans cet ordre d'idées, si le rapport du USDA du 30 juin prochain qui portera sur les semis réellement effectués aux États-Unis montre des superficies plus raisonnables à 89 millions d'acres, on obtiendra des inventaires augmentés de 11.34 millions de tonnes. La situation deviendra moins critique dans l'ensemble bien qu'elle demeura préoccupante.

Il importe de se rappeler aussi que les États-Unis produisent 40 % du maïs à l'échelle mondiale. Il reste donc 60 % de production en provenance de d'autres pays dont la Chine (19 %), l'Union Européenne (6 %) et le Brésil (7 %). L'inquiétude qui persiste ici repose sur la Chine. Important exportateur de maïs depuis quelques années, ce pays est en voie de devenir un importateur net de maïs.

Alors, si les États-Unis et la Chine n'arrivent pas cette année à produire assez de maïs pour répondre à leurs besoins, les stocks mondiaux de maïs vont continuer leur dégringolade amorcée depuis quelques années. Imaginez si la météo se met en plus de la partie ! Bien que tout soit possible, il faut bien l'avouer, les cartes sont en faveur de prix encore plus élevés qu'aujourd'hui.


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