Malgré un contexte des marchés financiers peu enthousiaste en raison des problèmes financiers en Europe qui continuent de faire les manchettes, les prix des grains ont débuté la semaine à nouveau en forte hausse.
Comme c’est le cas depuis déjà plusieurs semaines maintenant, au banc des accusés, les conditions météorologiques dans le Midwest américain qui ne cessent de s’aggraver avec des températures de plus de 100 Fahrenheit (38 degrés Celsius) qui ont été observées dans plusieurs régions au cours de la dernière semaine. Pour les prochains jours, des conditions plus fraîches, et même des averses importantes dans certains cas (sud des États-Unis et extrême sud du Corn Belt), sont attendues. Par contre, leurs effets bénéfiques sur les cultures asséchées demeurent loin d’être certains et de convaincre les marchés pour l’instant. Et comme c’est maintenant plus de 50% des cultures de maïs qui devraient avoir franchir dans les prochains jours l’étape de la pollinisation, et que la période du remplissage des gousses dans le soya s’approche à grands pas, les marchés s’inquiètent et poursuivent sur leur lancée.
Aujourd’hui, toute leur attention (et spéculation…) se sera portée sur le rapport hebdomadaire du USDA qui fait état de la condition des cultures aux États-Unis publié en fin de journée. En moyenne, selon les prévisions, les marchés s’attendaient à un nouveau recul des cultures classées dans un état de « bien à excellent » de l’ordre de 5-8 %, soya et maïs confondu, bien qu’il ne fait aucun doute à leurs yeux que c’est actuellement les cultures de maïs qui connaissent le plus de dommages liés à la sècheresse. Mais encore une fois, le USDA aura révélé une détérioration légèrement plus prononcée des cultures que la moyenne des prévisions.
Maïs – Un recul de 8% des cultures classées de « bien à excellent », soit de 48% la semaine dernière à 40% cette semaine. Sans surprise, les cultures dans les catégories « mauvais à très mauvais » ont, elles, grimpé de 22% à 30%. Cette situation est d’autant inquiétante que 50% des cultures ont atteint le stade de la pollinisation, alors qu’en temps normal depuis 5 ans, seulement 19% ont atteint ce stade à ce moment-ci de l’année.
Soya – 40% des cultures de soya sont maintenant classés dans un état jugé de « bien à excellent » contre 45% la semaine dernière. Par comparaison, au cours de la même période l’an dernier, 66% étaient classées dans un état de « bien à excellent ». La croissance des cultures progresse aussi très rapidement, avec 44% d’elles qui ont atteint le stade de la floraison contre 25% en moyenne depuis 5 ans.
Blé de printemps – Les cultures de blé en cours commencent également à se dégrader de plus en plus. En date de dimanche dernier, 66% étaient classées dans les catégories « bien et excellent » contre 71% la semaine précédente. Par contre, aucune hausse de la catégorie « très mauvaise » toujours établie à 1% n’a été observée, les catégories « mauvaise » et « acceptable » ayant pour l’instant absorbé le recul. Quant au développement des cultures de blé de printemps, il continue d’être très rapide avec 88% au stade de l’épiaison contre 55% en moyenne depuis 5 ans. La récolte de blé d’hiver tire pour sa part à sa fin avec 75% de complétée contre en moyenne depuis 5 ans 56%.
Face à une détérioration maintenant indéniable des cultures, et les nombreuses observations des producteurs américains qui fusent de toute part pour venir l’appuyer, les investisseurs et spéculateurs semblent y avoir trouvé leur planche de salut dans un contexte de marché qui n’offre essentiellement rien qui vaille :
« Les prix des grains et oléagineux ont bondi sous l’impulsion des inquiétudes météorologiques, les rendant l’alternative la plus alléchante pour les gestionnaires de fonds désenchantés par les investissements plus sensibles aux problèmes économiques. »
Toute la question demeure donc à savoir jusqu’à quand les conditions météorologiques resteront hostiles aux cultures en cours aux États-Unis. Et, à en croire les propos de certains spécialistes, il se pourrait bien qu’aucun répit ne leur soit concédé avant même la fin juillet, voire plus tard. Par contre, rappelons qu’en principe, l’arrivée d’El Nino devrait survenir dans les prochaines semaines, ce que plusieurs producteurs américains attendent certainement avec beaucoup d’impatience.
Le USDA doit présenter aussi cette semaine, mercredi le 11 juillet, son rapport mensuel sur l’état de l’offre et la demande de grains aux États-Unis et dans le monde. Sans surprise, avec la sècheresse qui fait des ravages aux États-Unis, les diverses prévisions abondent. Du côté du maïs, on s’attend notamment à une révision à la baisse du rendement moyen des producteurs de maïs américain à entre 140 et 154 boisseaux/acre (8,78-9,66 TM/ha) contre 166 boisseaux/acre initialement prévus par le USDA. À 140 boisseaux/acre, il ne fait aucun doute que la prochaine récolte de maïs américain sera insuffisante pour satisfaire la demande actuellement prévue de maïs, ce qui nécessiterait alors très certainement une nouvelle flambée de sa valeur pour la rationner davantage.
Du côté du soya, les prévisions varient en moyenne autour de 40 à 42,5 boisseaux/acre (2,69 – 2,86 TM/ha) alors que le USDA l’avait initialement prévu à 43,9 boisseaux/acre (2,95 TM/ha). Rappelons cependant que pour l’instant, ce qui intrigue le plus les marchés est essentiellement à savoir combien d’acréages destinées à la culture du soya suivant celle de blé d’hiver ont été perdues en raison de la sècheresse.
Selon les modèles de prévisions disponibles, certains parlent de 400 000 à 500 000 acres. Mais dans l’état actuel des choses, les rumeurs abondent et n’excluent pas davantage de superficies qui n’auront pas été semées en soya. Dans ce même ordre d’idée, il semblerait aussi que l’estimé actuel du USDA de 95,9 millions d’acres de semées serait aussi surévalué de 1 million d’acres. Dans tous les cas, le USDA n’a cependant pas l’habitude de revoir ses estimations sur les superficies cultivées aux États-Unis avant son rapport du mois d’août.

