Si les incertitudes entourant de possibles dommages sur les cultures occasionnées par la « sècheresse » qui sévit dans plusieurs régions du Midwest américain étaient encore discutables il n’y a encore qu’une semaine, elles semblent aujourd’hui ne plus faire aucun doute aux yeux des marchés.
Vendredi dernier, certains modèles météorologiques offraient encore espoir de possibles conditions plus humides. Mais les dernières prévisions présentées hier en fin de journée sont sans équivoque, des températures peut-être plus fraîches, mais peu de précipitation à prévoir pour les prochains jours. Et sur un horizon de 6 à 10 jours, tout tend à laisser entendre pour l’instant que les conditions sèches persisteront encore, faisant cependant à nouveau équipe avec des températures plus chaudes.
Tout indique qu’une proportion importante des cultures de maïs qui traverseront le stade critique de la pollinisation dans les 2 prochaines semaines aux États-Unis seront donc sous l’emprise d’un stress hydrique très important et dommageable.
« Les cartes météorologiques ne cessent d’être de pire en pire. » comme le souligne dans un commentaire relevé par le Des Moines Register le trader de U.S. Commodities M. Don Roose. Ce dernier croit d’ailleurs que cette situation pourrait amener le rendement moyen à fléchir à aussi peu que 155-156 boisseaux/acre (9,72-9,79 TM/ha).
La valse des révisions à la baisse du rendement moyen qu’obtiendront cette année les producteurs américains c’est ainsi poursuivie aujourd’hui. Et certains comme M. Roose n’y vont pas de main morte, estimant le rendement à la baisse de plus de 10 boisseaux/acre. C’est notamment le cas aussi de Macquarie, qui prévoit maintenant pour sa part un rendement très faible de 156,5 boisseaux/acre (9,82 TM/ha) :
Commentaire de Macquarie présenté par Agrimoney - Corn futures jump 7%, lifting wheat prices too :
« Les conditions sèches dans l’ensemble du Midwest, particulièrement dans le sud du Corn Belt, suivant la fin des semis ont accru le risque d’une mauvaise pollinisation pour les cultures américaines. Ces conditions sèches ont été aussi combinées à des prévisions de précipitations sous les normales tout au long de la pollinisation. »
Rappelons que dans son dernier rapport mensuel de juin, le USDA avait maintenu sa prévision de rendement moyen pour cette année dans le maïs aux États-Unis à plutôt 166 boisseaux/acre (10,41 TM/ha).
La situation pourrait cependant prendre du mieux au cours à partir du mois de juillet, selon les humeurs d’El Niño. Ce phénomène météorologique qui donne suite à celui de La Niña observé l’an dernier pourrait apporter des conditions plus favorables et humides aux cultures asséchées du Midwest américain. Pour l’heure, l’on sait que de premiers signes de son réveil se font sentir dans le Pacifique. Toute la question demeure de savoir s’il s’activera pendant l’été ou seulement à l’automne, ce qui ne fait pas encore consensus chez les spécialistes. Mais à en croire la dernière carte de prévision saisonnière de sècheresse du USDA, les chances demeurent faibles pour le moment de voir une réelle amélioration de la situation avant le mois de septembre prochain.
Excité par l’éventualité de plus en plus réelle de voir les récoltes américaines ne pas atteindre les proportions importantes anticipées, les marchés ont ainsi fait fit d’un nouveau vent d’inquiétudes en provenance de l’Europe avec ses problèmes financiers pour bondir à nouveau dans le marché des grains aujourd’hui, propulsant fortement à l’hausse l’ensemble des prix des grains.

Le USDA a confirmé aussi ce matin une nouvelle vente de 120 000 tonnes de soya de la prochaine récolte (2012-13) à la Chine. Selon Standard Chartered, les importations chinoises de soya seront l’an prochain de 72,2 millions de tonnes, soit beaucoup plus que le 61 millions de tonnes actuellement prévu par le USDA. Concernant l’année commerciale en cours (2011-12), le Chinese Department of Commerce a révélé pour sa part que les importations chinoises de soya seront pour ce mois-ci de 6,5 millions de tonnes plutôt que les 5,1 millions de tonnes initialement prévu.
La pression qu’exerce la Chine comme consommateur de soya semble ainsi continuer de s’apprécier malgré l’appréciation importante de sa valeur à la bourse depuis le début du mois de juin, signe qu’il faudra possiblement qu’elle augmente encore davantage pour calmer le jeu.
Du côté du blé, le ministère de l’Agriculture de la Russie a annoncé qu’il révisait à la baisse sa prévision de récolte de blé 2012-13 de 57 à 46-49 millions de tonnes. Et il n’est pas le seul, puisque le centre météorologique d’État de l’Ukraine a aussi revu à la baisse la récolte de blé du pays à 12,2-12,3 millions de tonnes contre 22,3 millions de tonnes l’an dernier. Avec les conditions sèches qui persistent et menacent les cultures de blé également en Australie, les marchés ont donc eu tôt fait de trouver de nombreux nouveaux motifs pour propulser fortement à la hausse sa valeur à la bourse aujourd’hui.
Mais, avec une proportion importante des cultures sur le point de traverser une période critique de leur développement (pollinisation) dans des conditions difficiles dans le Midwest américain, le maïs demeure selon certains le favori de plusieurs pour l’instant.
Comme le souligne l’analyste Mike McGinnis d’Agriculture.com, il sera d’ailleurs intéressant avec les nouvelles heures d’ouverture (22/24 hr) du marché électronique de voir jusqu’où le prix du maïs progressera. Celui-ci ayant déjà bondi aujourd’hui du maximum de sa limite quotidienne autorisé (limit up) de 0,40 $US/boisseau, il pourrait donc selon la règle bondir cette fois-ci de 0,60 $US/boisseau à partir de l’ouverture de la prochaine séance qui se fera dès aujourd’hui, lundi à 18h00 (heure de l’Est), ce qui lui permettrait possiblement de progresser exceptionnellement de 1,00 $US/boisseau (39,368 $US/TM) en moins de 24 hr!
À surveiller dans les prochains jours, les marchés devraient progressivement se positionner en vue des rapports très attendus du USDA qui seront publiés ce vendredi 29 juin :
- Rapport sur les superficies officiellement semées en grains aux États-Unis cette année
- Niveau trimestriel des inventaires américains de grains au 1er juin 2012
Selon la perception actuelle des marchés, par rapport aux résultats de son sondage publié le 31 mars dernier, le USDA devrait revoir à la hausse les superficies semées sur tous les fronts. C’est ce que révèle un sondage réalisé par le Dow Jones Newswire auprès de 18 firmes d’analyse spécialisées.
- Maïs : +98 000 acres à 95,962 millions d’acres
- Soya : +1,673 millions d’acres à 75,575 millions d’acres
- Blé (toute variété confondue) : +943 000 acres à 56,851 millions d’acres
Par contre, ce sont le niveau des inventaires actuels de grains aux États unis prévu déjà très serré qui préoccupe le plus. Mais, de ce côté, les avis sont plus partagés. Toutefois, le biais est que plusieurs anticipent des niveaux encore plus serrés que prévus, ce qui pourrait alors créer une situation explosive pour les prix si, de surcroît, les prévisions à la fin de la semaine continuent de se révéler trop chaudes et sèches aux États-Unis pour les cultures.
Rapport hebdomadaire sur l’état des cultures aux États-Unis
Pour obtenir un survol de ce dernier rapport du USDA : Grainwiz - L'État des cultures se détériore rapidement aux États-Unis
