Les conditions météorologiques sont à nouveau au centre de toute l’attention dans le marché des grains alors que, selon le dernier rapport hebdomadaire du USDA à cet effet, les conditions des cultures aux États-Unis continuent de leur côté de se détériorer.
Selon le dernier rapport sur l’état des cultures aux États-Unis publié par le USDA hier, 63% des cultures de maïs sont maintenant classées dans un état jugé de « bien à excellent » comparativement à 66% la semaine dernière et 70% à pareille date l’an dernier. Ce recul est plus important que ce que les marchés anticipaient. Et avec maintenant 5% des cultures de maïs qui ont atteint le stade de la soie, contre en moyenne 2% en moyenne depuis 5 ans, ce sera rapidement plus de 50% des cultures qui seront en cours de pollinisation dans les 2 prochaines semaines, au moment même où tout indique que les conditions demeureront encore très sèches.
Sans surprise, avec des conditions aussi peu propices à ce que la pollinisation du maïs ait lieu dans plusieurs régions du Midwest américain, les révisions à la baisse du rendement qu’obtiendront les producteurs américains de maïs fusent maintenant de toute part; allant de 161 boisseaux/acre (10,10 TM/ha) à moins de 158 boisseaux/acre (9,91 TM/ha). Rappelons que selon le dernier rapport mensuel du USDA, le rendement des producteurs de maïs américain était jusqu’ici estimé à un niveau exceptionnel de 166 boisseaux/acre (10,41 TM/ha).
De son côté, le soya n’est pas en reste non plus. En date de dimanche dernier, c’est seulement 56% des cultures de soya américain qui étaient classées dans un état de « bien à excellent ». Il s’agit d’un recul plus prononcé que ce que les marchés prévoyaient. Par comparaison, à pareille date l’an dernier, 68% du soya était classé dans un état de « bien à excellent ».
Pour les prochains jours, et mêmes semaines, peu d’espoir de voir les conditions des cultures de maïs et soya en cours s’améliorer semble vouloir prendre forme.
Des températures plus élevées qu’à la normale ainsi que peu de précipitations sont toujours prévues pour les prochains jours dans de nombreuses régions du Midwest américain, plus particulièrement les régions les plus au Sud et à l’Est. À plus long terme, tout indique toujours que peu de précipitations sont aussi encore à prévoir d’ici la fin juin même si les températures se devraient d’être plus fraîches.
Pour les prix des grains, tout repose donc présentement sur les conditions météorologiques aux États-Unis qui, pour l’instant, semblent vouloir jouer fortement en faveur d’une appréciation de leur valeur à la bourse, ce que témoigne d’ailleurs très bien leur forte hausse peu commune d’aujourd’hui.

Comme le souligne également Jack Scoville, vice-président de PRICE Futures Group, dans un commentaire publié sur le site d’Agriculture.com, les prix des grains ont connu une correction importante dans les dernières semaines qui est tout autant à l’image du potentiel de hausse que ce nouveau contexte d’incertitudes météorologiques leur offre maintenant et qui n’a, finalement, rien de surprenant.
« Rappelez-vous combien ont été durement touchés ces marchés et remettez en perspective cette forte hausse. C’en est une importante, mais ils ont été si durement affectés qu’il fallait s’attendre à ce qu’un mouvement important des prix ait lieu. »
Techniquement, les prix des grains ont également projeté dans les derniers jours de nombreux signaux positifs (voir Grainwiz – Analyse des marchés du 18 juin 2012). Combiné à la dégradation des cultures américaines et les conditions météorologiques inquiétantes, il n’en aura pas fallu plus pour mettre le feu aux poudres aujourd’hui et ainsi inviter les spéculateurs à se plonger à nouveau tête baisser dans un marché plus à risque comme celui des grains.
Phénomène de plus en plus courant lorsque d’importants revirements inattendus surviennent, plusieurs analystes rapportent aussi que des investisseurs et spéculateurs auront été forcés de couvrir leurs ventes à découvert (short covering). Ceux qui misaient jusqu’ici sur une dépréciation du prix du maïs et soya d’ici la récolte ont donc été pris de court, supportant d’autant par leur couverture de positions les prix à la hausse aujourd’hui.
Enfin, contextuellement, la Réserve fédérale américaine doit clôturer sa rencontre de 2 jours ce mercredi. Le sentiment des marchés est que celle-ci pourrait amener l’instance américaine à présenter de nouvelles mesures financières en vue de relancer l’économie américaine toujours très fragile. Même si cette éventualité n’est pas chose faite, elle aura eu pour l’instant le mérite d’insuffler un vent d’enthousiasme chez les investisseurs et spéculateurs qui n’auront pas, sur cette base, hésité à reprendre position dans des marchés plus à risque comme celui des grains.
Courte mention, selon l’équipe d’analyse de Farm Futures, s’il ne fait aucun doute que les conditions météorologiques prévues aux États-Unis ont de quoi inquiéter et supporter les prix des grains dans l’immédiat, il semble que le phénomène El Nino soit sur le point de reprendre ses activités en juillet. Or, s’il prend forme, des conditions moins sèches et plus propices aux cultures seraient à prévoir à partir de ce moment aux États-Unis. Cette situation pourrait alors se révéler très profitable aux cultures et ainsi forcer les prix des grains à la baisse.
