Malgré de nombreuses incertitudes qui persistent concernant le scrutin grec en vue d’élire un nouveau gouvernement ce dimanche, de la décote de l’Espagne par la firme de notation financière Moody’s hier soir et de nouvelles données économiques décevantes aux États-Unis, les marchés financiers ont clôturé en territoire positif aujourd’hui.
Sur cette base, la valeur du dollar américain aura perdu quelques points pendant que celle du pétrole a grimpé de plus de 1,50 $US/baril, une combinaison jugée favorable aux prix des grains.
Depuis la publication du dernier rapport mensuel du USDA publié ce mardi, il semble que les marchés aient essentiellement ignoré les résultats présentés (très positif pour le soya, positif pour le blé, mais négatif pour le maïs) pour se concentrer sur des éléments qui, à leurs yeux, seraient plus critiques ou notoires pour le moment.
Sans contredit, se sont bien-entendu les conditions météorologiques observées aux États unis qui font le plus couler d’encre. Rappelons que depuis dimanche, de nombreuses averses auront été observées dans plusieurs régions du Midwest et des Grandes Plaines américaines. Sans grandes surprises, ce retour de conditions plus humides aura exercé une pression négative bien ressentie sur les prix des grains depuis lundi, spécialement ceux de la prochaine récolte.
Mais dans certains cas, dans les parties les plus au Sud et à l’Est du Midwest, les précipitations accumulées auront été jusqu’ici très faibles, voir inexistantes. Ceci préoccupe d’autant les marchés que de plus en plus de producteurs américains de ces régions rapportent toujours des cultures de maïs et soya très stressés par le manque d’eau. Rappelons par la même occasion que les cultures de maïs en cours dans les États américains les plus au sud sont déjà sur le point de débuter une phase critique de leur développement, celle de la pollinisation.
Pour les prochains jours et la semaine prochaine, d’autres averses qui devraient couvrir une portion importante du Midwest et des Grandes Plaines sont prévues. À ce titre, la pression baissière sur les prix des grains devrait continuer de se faire ressentir. Mais, encore une fois, il semble que les régions plus au Sud et à l’Est du Midwest ne profiteront pas ou très peu de ces averses. Jusqu’à aujourd’hui, dans un horizon de 6-10 jours, des précipitations semblaient vouloir y prendre forme, mais elles seraient maintenant remises aussi en question. Si cette situation se poursuit, les marchés pourraient donc éventuellement s’en inquiéter, ce qui devrait limiter le recul des prix des grains, particulièrement si des conditions plus chaudes et sèches sont de retour à partir de la fin juin sur l’ensemble du Midwest et des Grandes plaines américaines.
Comme chaque année, le USDA doit publier ses chiffres officiels sur les superficies ensemencées en grains cette année aux États-Unis le 30 juin prochain. Par la même occasion, il publiera également son rapport trimestriel sur le niveau des inventaires de grains aux États-Unis en date du 1er juin dernier. Ces rapports devraient progressivement prendre de l’importance aux yeux des marchés dans les 2 prochaines semaines. Ceux-ci seront certainement très intrigués de connaître le niveau des inventaires de maïs qu’estimera le USDA alors qu’un manque à gagner sur les marchés domestiques semble de plus en plus se faire bien sentir dans de nombreuses régions américaines.

Prix du maïs
Le prix du maïs est sous le feu des projecteurs présentement. Malgré le dernier rapport mensuel du USDA publié ce mardi qui se sera révélé très défavorable, les marchés semblent de plus en plus s’interroger sur la disponibilité de maïs aux États-Unis d’ici la récolte. Cette situation continue d’ailleurs de bien se refléter dans la valeur des « bases » qui demeure ferme et aura même progressé davantage dans plusieurs régions américaines. On parle dans certains cas de +0,73 (Peoria en Illinois) à +0,89 $US/boisseau (Élévateurs d’exportation en Louisiane) sur le juillet 12.
Avec une telle fermeté de la valeur de la base qui reflète bien la difficulté qu’éprouveraient les acheteurs américains à s’approvisionner en maïs, certains commencent même de plus en plus à croire que le USDA aurait mal estimé les inventaires de fin d’année de la dernière récolte américaine de maïs dans son rapport de mardi :
Mike Zuzolo de Global Commodity Analytics and Consulting dans un commentaire publié par le Dow Jones Newswire :
« La flambée de la valeur immédiate de la base amène à se questionner à savoir si nous avons vraiment des inventaires de fin d’année de 21,62 millions de tonnes. »
Et si jusqu’ici les marchés financiers semblaient avoir ignoré cette problématique que connaissent actuellement les acheteurs américains de maïs, ce qui aura renforcé l’écart observé entre le prix au comptant et celui boursier du maïs (valeur de la base), il semble maintenant que ceux-ci soient plus enclins à le croire, ce qui aura amené le prix du maïs a s’apprécier depuis hier malgré le retour de conditions plus humides dans la plupart des régions du Midwest et des Grandes Plaines américaines.
Il semble que ce sentiment aura également permis aujourd’hui au rapport hebdomadaire sur les ventes à l’exportation de grains américains très décevant pour le maïs de passer sous silence. Selon ce rapport, seulement 169 800 tonnes de maïs américain ont été vendues la semaine dernière, dont un maigre 92 100 tonnes pour livraison d’ici le 31 août prochain. Il s’agit des plus faibles ventes à l’exportation de maïs enregistré depuis le début de l’année commerciale en cours (1er sept. 2011). Les marchés prévoyaient plutôt des ventes qui seraient établies entre 350 000 et 750 000 tonnes.
Par contre, si les ventes à l’exportation de maïs américain ont été très faibles, l’industrie de l’éthanol aux États-Unis semble pour sa part rouler à plein régime. La production moyenne a été la semaine dernière de 920 000 barils/jour, soit un niveau inégalé en 4 mois. Les inventaires d’éthanol ont également poursuivi leur recul amorcé depuis 3 semaines pour s’établir près de leur creux du 11 mai dernier à 20,67 millions de tonnes.

Techniquement, sur le contrat à terme courant de juillet 12, le prix du maïs a connu une excellente reprise de sa valeur depuis hier; brisant au passage à la hausse sa moyenne mobile de 20 jours et défiant celle de 50 jours. La tendance baissière en place depuis la mi-mars a également été brisée aujourd’hui, ce qui constitue un autre signe positif. Il doit maintenant tenter de clôturer définitivement au-dessus d’une résistance bien définie autour de 6,10 $US/boisseau (240 $US/TM). S’il y parvient, son prochain objectif sera de parvenir à retourner se transiger à nouveau au-dessus de 6,30$US/boisseau (248 $US/TM).
Sur le contrat à terme de la prochaine récolte, décembre 12, le comportement du prix du maïs se révèle beaucoup moins dynamique, ce qui reflète bien les effets négatifs qu’aura occasionnés le retour de conditions plus humides dans le Midwest américain. Par contre, les marchés semblent maintenant hésiter à reculer davantage alors que le prix du maïs connaît un support bien distinct et très ferme tout juste sous 5,10 $US/boisseau (201 $US/boisseau), ce qui n’est pas à nouveau sans lien avec les prévisions météorologiques qui demeurent toujours incertaines pour la fin juin et inquiétantes pour les régions plus au Sud et à l’Est du Midwest. Il faut surveiller de près ce support puisqu’il demeure la seule barrière avant que le prix du maïs de la prochaine récolte teste à nouveau son creux d’un peu moins de 5 $US/boisseau (197 $US/TM) qu’il a atteint à la mi-mai dernier.
Prix du soya
Il y a très peu à dire concernant la situation très particulière qui a amené les marchés à forcer le prix du soya à la baisse de manière importante depuis la publication du dernier rapport mensuel du USDA. Pourtant, ce dernier a révélé des chiffres très inquiétants.
Les inventaires de soya américain de la dernière récolte sont de plus en plus serrés pour répondre à la demande mondiale qui demeure vigoureuse. Et cette dernière ne pourra compter sur les dernières récoltes sud-américaines, qui ont d’ailleurs elles aussi été révisées à la baisse, pour s’approvisionner d’ici la prochaine récolte américaine. Sans compté qu’avant les prochaines récoltes sud-américaines, à la fin de l’hiver prochain, se sont aussi essentiellement les États-Unis qui seront responsables de couvrir le manque à gagner important. La pression est donc plus forte que jamais pour que les producteurs américains obtiennent une bonne récolte, ce qui n’est toujours pas chose faite.
Selon le dernier rapport hebdomadaire du USDA sur les ventes à l’exportation de grains américain, celles de soya ont également très forte la semaine dernière. Elles ont été 1,05 million de tonnes alors que les marchés les anticipaient entre 450 000-750 000 tonnes.
Le National Oilseed Processors Association aux États-Unis a aussi révélé que ses membres ont trituré 3,76 millions de tonnes de soya en mai, une hausse de 178 500 tonnes par rapport à avril. Un résultat jugé favorable.
Mais, il semble que les marchés ont tout simplement pris pour acquis que le retour de conditions plus humides dans le Midwest américain serait à même d’écarter toute menace de mauvaise récolte américaine, tout au moins pour l’heure. Plusieurs analystes soulignent également que les investisseurs et spéculateurs, qui ont jusqu’ici conservé d’importantes positions dans le marché du soya, auraient poursuivi leurs prises de profits afin de se soustraire davantage au risque que les élections en Grèce ce dimanche engendre une nouvelle vague de liquidation généralisée sur les marchés financiers.

Techniquement, sur le contrat à terme courant de juillet 12, le comportement du prix du soya est peu reluisant. Il est retourné se transiger sous sa moyenne mobile de 50 jours, mettant par la même occasion un terme à sa tendance haussière à court terme qui était en place depuis le début de juin. Il connaît maintenant un support important à surveiller à 13,84 $US/boisseau (508,5 $US/TM).
Pour livraison prochaine récolte, sur le contrat à terme de novembre 12, sa moyenne mobile de 10 jours est parvenue à passer au-dessus de celle de 100 jours après avoir franchi celle de 20 jours en début de semaine. Ces signaux tendent à signaler une relance du prix du soya. Par contre, la tendance haussière à court terme en place depuis le début de juin a été brisée, alors que la moyenne mobile de 50 jours qu’avait réussi à franchir le prix du soya depuis le 7 juin dernier a été écartée. Il sera donc très intéressant de voir sur quelle base les investisseurs et spéculateurs s’appuieront dans les prochains jours pour donner une nouvelle direction au prix du soya de la prochaine récolte. Il faut surveiller dans les prochains jours un support important autour de 13,10 $US/boisseau (481 $US/TM).
