Les élections qui ont eu lieu au cours de la fin de semaine en France et en Grèce ont été mal accueillies par les marchés financiers. Elles portent ou porteront au pouvoir des parties qui pourraient remettre en doute le filet de mesures économiques et financières qui ont été péniblement mis en place au cours des derniers mois afin d’éviter la propagation de la crise de la dette en Europe et, ultimement, d’y mettre aussi un terme.
Couplé à des chiffres décevants sur l’emploi en avril aux États-Unis vendredi dernier, l’ensemble des marchés financiers a donc débuté la semaine d’un très mauvais pied.
Au cours de la nuit dernière, le prix du pétrole a même atteint un creux inégalé depuis le mois de janvier dernier à 95,34 $US/baril.
Nombres d’investisseurs et spéculateurs ont ainsi simplement préféré continuer à retirer une part de leurs placements les plus risqués pour trouver refuge dans des marchés jugés traditionnellement plus sécuritaires, comme celui obligataire ou encore le dollar américain, en attendant d’en savoir plus sur le déroulement des choses dans les prochains jours.
Face à ce contexte de marchés toujours difficile, les prix des grains ont donc connu à nouveau une journée très pénible.

Le prix du soya aura même été forcé d’encaisser un autre recul marqué de sa valeur pour une 3e journée consécutive. Par contre, profitant des incertitudes entourant toujours sa disponibilité d’ici la récolte aux États-Unis, le prix du maïs sera parvenu de justesse à terminer la journée sur une note relativement neutre. Pour sa part, supporté par de moindres inventaires que prévu au Canada et des conditions sèches qui persistent toujours dans le sud de la Russie, le blé a terminé légèrement en territoire positif.

Cette semaine, le USDA doit présenter jeudi son rapport mensuel sur l’état de l’offre et de la demande de grains aux États-Unis et dans le monde. Pour l’occasion, le USDA révèlera pour la 1re fois ses estimés pour la prochaine année commerciale (2012-13) qui débutera avec la prochaine récolte américaine que plusieurs anticipent déjà très importante :
- Maïs : récolte record d’en moyenne 365,65 millions de tonnes comparativement à un peu moins de 314 millions de tonnes de récoltées aux États-Unis à l’automne dernier.
- Soya : 87,5 millions de tonnes de soya cette année contre 83,17 millions de tonnes l’an dernier. Sachant que, selon le rapport d’intention d’ensemencements du 31 mars dernier, les superficies cultivées se devaient d’être de 73,9 millions d’acres comparativement à 75 millions d’acres l’an dernier aux États-Unis, cette prévision des marchés révèle qu’ils prévoient une hausse des superficies semées en soya par rapport aux prévisions initiales.
- Blé : toutes variétés confondues, augmentation de la production américaine de blé à 59,76 millions de tonnes contre 54,41 millions de tonnes de récolté l’an dernier.
Par contre, si les prévisions des marchés pour la prochaine récolte menacent toujours dangereusement de forcer les prix des grains à se replier de manière importante, d’ici là il en est tout autrement avec la disponibilité de grains (maïs et soya) aux États-Unis qui ne cesse de se montrer de plus en plus rare et, par conséquent, de supporter avantageusement les prix pour le moment.
En vue du rapport mensuel du USDA qui sera présenté ce jeudi, les marchés estiment d’ailleurs que celui-ci pourrait très certainement souligner à nouveau la précarité avec laquelle les consommateurs de maïs et soya aux États-Unis doivent et devront conjuguer d’ici la récolte. Selon les prévisions des marchés pour ce jeudi :
- Maïs : Révision à la baisse des inventaires de fin d’année 2011-12 à en moyenne 19,25 millions de tonnes contre 20,35 millions de tonnes d’estimées par le USDA dans son rapport d’avril dernier.
- Soya : Recul des inventaires de fin d’année 2011-12 à 6,01 millions de tonnes comparativement à 6,81 millions de tonnes d’estimé le mois dernier.
- Blé : Baisse des inventaires de fin d’année 2011-12 à 21,25 millions de tonnes contre 21,58 millions de tonnes en avril dernier.
Rapport sur la progression des ensemencements et l’état des cultures aux États-Unis
En date de dimanche dernier, malgré une semaine moins propice aux semis, les producteurs américains seront parvenus à les faire progresser à nouveau très rapidement.
- Maïs : Selon le dernier rapport hebdomadaire du USDA à cet effet, 71% des semis de maïs sont maintenant complété alors que les marchés anticipaient une progression d’entre 62-64%. Il s’agit d’un écart important de 24% par rapport à la moyenne des 5 dernières années de 47%.
- Soya : Du côté du soya, 24% des semis sont terminés. Ce résultat se situe dans les attentes les plus élevées des marchés qui variaient entre 20-24% de complété. Depuis 5 ans, seulement 11% des semis de soya sont complétés en temps normal à ce moment-ci de l’année.
- Blé : Le blé de printemps n’est pas en reste non plus puisque les producteurs américains seraient parvenus à en semer 84% comparativement à une moyenne de seulement 49% en temps normal depuis 5 ans.
Et avec les très bonnes conditions de début de saison, l’émergence des semis se fait tout aussi rapidement :
- Maïs : 32% - moy. 5 ans : 13%,
- Soya : 7% - moy. 5 ans : 3%,
- Blé de printemps : 47% dans le blé de printemps - moy. 5 ans : 17%.
En fait, la seule ombre au tableau qu’aura mise à jour la publication du dernier rapport hebdomadaire du USDA sur la progression des semis et l’état des cultures aux États-Unis, l’état du blé d’hiver qui commence sérieusement à souffrir dans les régions plus au sud des Grandes Plaines américaines de la sècheresse. Ainsi, entre ce dimanche et la semaine précédente, les cultures de blé d’hiver classées dans un état de « bien à excellent » sont passées de 64 à 63% alors que celles classées dans un état de « mauvais à très mauvais » sont passées de 10 à 12%.
Pour accéder au rapport complet du USDA (en anglais): Crop Progress
Conditions météorologiques dans le Midwest américain
De bonnes averses dans le Midwest sont venues atténuer au cours de la fin de semaine les conditions sèches observées dans plusieurs régions. Le retour de conditions plus sèches est prévu dans cette semaine avec risques plus élevés d’averses par la suite, ce qui devrait cependant grandement profiter à la croissance de début de saison des cultures.

Pour plus d’information sur les conditions météorologiques : Grainwiz – Commentaires du matin – Éthanol Greenfield
Prix du maïs

Techniquement, sur le contrat à terme de mai 12, le prix du maïs se trouve à la croisée des chemins entre une tendance de fond baissière depuis la mi-mars et une tendance à court terme haussière maintenant bien définit depuis la mi-avril. Sans nul doute, la publication du prochain rapport mensuel du USDA ce jeudi donnera le ton à la direction définitive qu’adoptera par la suite le prix du maïs dans les prochaines semaines.
Dans l’immédiat, comme c’est le cas depuis déjà 2 semaines, le 1er objectif pour le prix du maïs est de parvenir à se rétablir au-dessus de 6,30$US/boisseau (248 $US/TM) avec comme 1er résistance son sommet de vendredi dernier à 6,26 $US/boisseau (246 $US/TM). S’il ne parvient cependant pas à reprendre le chemin de la hausse, il connaît un 1er support à surveiller à un peu plus de 6,10 $US/boisseau (240 $US/TM) suivi d’un second support beaucoup plus important autour de 6,04 $US/boisseau (238 $US/TM).
Mentionnons au passage que plusieurs analystes font mention d’un raffermissement peu commun de la valeur de la « base » du maïs dans plusieurs régions aux États-Unis. Il semble en effet que si à la bourse les marchés soient portés à la prudence et qu’ils supportent très peu une appréciation marquée du maïs depuis 2 semaines, sur les marchés domestiques américains il en est tout autre. Les consommateurs et exportateurs de maïs américains chercheraient agressivement à sécuriser des volumes de maïs d’ici à ce que la prochaine récolte ait lieu, alors que le maïs disponible se ferait déjà de plus en plus rare.
Dans l’est du Corn Belt, la valeur de la « base » du maïs serait présentement de plus de 0,20 $US/boisseau alors qu’en temps normal, elle est plutôt de 0 à -,10 $US/boisseau à ce moment-ci de l’année. Dans les installations portuaires du Golf du Mexique, la valeur de la « base » du maïs a pour sa part bondi dernièrement pour s’établir à près de 1 $US/boisseau alors qu’en temps normal, elle se situe plutôt entre 0,40 et 0,60 $US/boisseau.
Il semble qu’au Québec, alors que les producteurs sont en pleine période de semi, la valeur de la « base » du maïs serait aussi en pleine ébullition, puisqu’elle aurait en moyenne progressé de 0,10 à 0,25 $US/boisseau selon les régions au cours de la fin de la semaine dernière.

Pour un aperçu de l’évolution de la valeur de la base au Québec, voir : Grainwiz – Prix et graphiques – Maïs
Prix du soya

Techniquement, sur le contrat à terme mai 12, le prix du soya demeure toujours supporté par sa tendance haussière en place depuis janvier dernier. Par contre, il teste actuellement à nouveau sa moyenne mobile de 20 jours qui, jusqu’ici, lui aura toujours servi de support important depuis janvier. S’il brise ce support, les marchés pourraient mal digérer ce signal technique, ce qui pourrait amener le prix du soya à subir par la suite l’importante correction que plusieurs analystes appréhendent depuis déjà de nombreuses semaines.
Par contre, il faut noter un recul du volume de transaction dans les derniers jours alors que le soya était à la baisse. Les marchés ne seraient donc pas nécessairement encore prêt à délaisser le soya, tout au moins jusqu’à ce que le prochain rapport du USDA de jeudi puisse en avoir dit un peu plus long sur ce qu’on peut prévoir pour les prochains mois et pour la prochain récolte en terme de disponibilité de soya aux États-Unis et en Amérique du Sud ainsi que de consommation en Chine.
