Les prix des grains qui ont ouvert l'année sur une note optimiste et très dynamique (voir: Revue des marchés de Grainwiz du 3 jan. 2012) ont éprouvé aujourd'hui certaines difficultés à poursuivre sur leur lancée.
L'enthousiasme général des marchés financiers qui a caractérisé l'ouverture des marchés boursiers d'hier pour 2012 a fait place à certaines craintes de voir les problèmes financiers en Europe resurgir. Sans surprise, la valeur du dollar américain sera ainsi retournée à la hausse la nuit dernière alors que de leur côté les marchés financiers se sont renfrognés aujourd'hui.
Pour les grains, cette situation aura eu pour effet d'inciter certains investisseurs et spéculateurs à réaliser des prises de profits suivant l'importante progression qu'ils ont connue au cours des dernières semaines.
Bien que les différents modèles météorologiques disponibles ne s'accordent pas à fournir les mêmes prévisions, plusieurs régions affectées par la sècheresse dans le sud du Brésil et le nord de l'Argentine pourraient maintenant profiter de précipitations à partir de la fin de cette semaine jusqu'au milieu de la semaine prochaine (plus spécialement en Argentine). Par la suite, des conditions très chaudes et sèches sont à nouveau prévues à partir de la mi-janvier. Mais, en attendant, le retour de conditions possiblement plus humide dans les prochains jours aura eu l'effet de contribuer aussi à freiner dans leur élan la progression des prix des grains.
Mentionnons aussi qu'actuellement, même si le sentiment général des analystes est que les prix devraient profiter d'un bon début d'année 2012, les avis à savoir la direction qu'ils devraient prendre dans les prochains jours/semaines demeurent partagés.
S'il n'y a aucun doute concernant l'origine du « rallye » qu'on connu jusqu'ici les prix des grains depuis la mi-décembre, soit les conditions chaudes et sèches qui persistent en Amérique du Sud, dans les faits il n'existe pas de consensus à savoir les conséquences qu'elles occasionneront sur les récoltes sud-américaines.
Certains entrevoient des pertes importantes de production qui pourraient rendre beaucoup plus précaire l'offre mondiale de maïs et de soya dans la prochaine année. D'autres par contre perçoivent difficilement s'il y a vraiment lieu de s'alarmer comme le souligne ce commentaire d'un négociant sur le parquet de la bourse de Chicago (CME Group) sur le site d'Agriculture.com :
« Je ne voudrais pas mitiger le problème de l'Amérique du Sud. Mais j'ai de la difficulté à établir si les pertes de récolte de maïs de l'Argentine vont faire la différence sur le marché à l'exportation du maïs ou non. »
Excluant le problème qu'éprouvent les marchés à cerner l'étendue des effets de la sècheresse en Amérique du Sud, soulignons également que de jour en jour les prévisions météorologiques ne cessent de changer en plus de différer d'un modèle météorologique à l'autre. Cette situation n'aide en rien les marchés à chiffrer l'importance des pertes éventuelles que pourraient connaître les récoltes sud-américaines.
La sècheresse en Amérique du Sud n'est toutefois pas seul responsable de l'incapacité des marchés à établir la direction que devraient adopter les prix des grains. La semaine prochaine, le USDA doit présenter jeudi son rapport mensuel sur l'état de l'offre et la demande de grains aux États-Unis et dans le monde. Et à nouveau à ce sujet, les prévisions et divergences d'opinions abondent.
S'il est généralement entendu que le USDA devrait revoir à la baisse les dernières récoltes américaines de maïs et de soya dans son rapport, ce qui devrait amincir leurs inventaires respectifs de fin d'année 2011-12, les marchés demeurent tout de même sur la défensive. Le USDA pourrait notamment revoir à la baisse ses prévisions d'exportations et/ou de consommation de soya et maïs pour 2011-12, sujet sur lequel les prévisions des analystes ne s'accordent pas toutes. Le USDA présentera également le même jour son rapport trimestriel sur le niveau des inventaires américains de grains de la fin 2011. Et, comme ce fût le cas en septembre dernier lors de la présentation de son dernier rapport trimestriel d'inventaires, les marchés craignent que l'instance américaine puisse présenter des résultats négatifs inattendus.
Rappelons aussi qu'au cours de l'automne dernier, les rapports mensuels du USDA auront aussi comporté leur lot de surprises négatives qui auront d'ailleurs jeter un doute sur la qualité des données présentées par le USDA, voir même soulevé des inquiétudes qu'en à leur intégrité.
Ainsi, même si les prix des grains profitent toujours pour l'instant d'un « rallye » très intéressant de leur valeur à la bourse, rien ne confirme pour autant qu'ils pourront le soutenir encore très longtemps. Comme le rappellent plusieurs analystes, la prudence demeure donc toujours à l'ordre du jour, le contexte actuel représentant une belle occasion de se protéger par de la contrepartie (« hedging ») ou d'initier de nouvelles ventes alors que les prix demeurent à la hausse.

