Toujours très influencés par les événements en Europe, les prix des grains ont connu un recul hebdomadaire non négligeable la semaine dernière.
En début de semaine, les obligations italiennes ont brièvement dépassé 7%. L'Italie étant aux prises avec une dette très importante de 1 900 milliards d'euros (120% de son PIB), les marchés ont eu tôt fait de s'inquiéter de cette situation et de se renfrogner. Rappelons que contrairement à la Grèce, l'Italie constitue l'une des économies importantes de l'Union Européenne, celle-ci étant située 3e après l'Allemagne et la France.
Dans cette foulée, le président très controversé du Conseil d'Italie, M. Berlusconi, a annoncé également sa démission en début de semaine dernière, ce qui aura eu le mérite d'alléger les effets négatifs des problèmes financiers italiens.
Mais le mal aura été fait et les marchés seront demeurés très nerveux tout au long de la semaine, craignant une nouvelle débâcle des marchés financiers devant les éternels problèmes de la crise de la dette en Europe qui persistent toujours.
C'est donc sur la base d'un marché financier frileux, nerveux et inquiet que le rapport mensuel du USDA aura été publié le mercredi 9 novembre sans que les marchés ne daignent réellement prendre note de ces résultats essentiellement positifs. Selon ce rapport :
Les rendements et productions de maïs et soya ont été revus à nouveau à la baisse pour la récolte de cette année aux États-Unis.
Les inventaires américains de maïs seront à un niveau plus serré que jamais depuis 1995-96 au cours de la prochaine année.
Malgré qu'ils aient été révisés à la hausse, les inventaires américains de fin d'année de soya demeurent toujours très minces et ne laissent ainsi que très peu de marge de manœuvre à ce que sa consommation augmente dans les prochains mois.
Pour en savoir plus sur le dernier rapport mensuel du USDA voir (en français) : Grainwiz - Rapport mensuel du USDA du 9 novembre 2011
À la lueur de son comportement de la semaine dernière, le marché des grains demeure ainsi essentiellement dominé par des problèmes hors de son contrôle qui s'apparente surtout à la nervosité de l'ensemble des marchés financiers à l'égard des problèmes en Europe. Mais sur le fond, rappelons que très peu de nouvelles « stimulantes » ont vu le jour également depuis plusieurs semaines qui auraient pu supporter une nouvelle hausse des prix des grains :
Aucun achat important de grains n'a été signalé sur les marchés internationaux malgré certaines rumeurs à l'effet que la Chine pourrait prochainement reprendre ses activités. Dans les faits cependant, certains croient d'ailleurs que la Chine attend toujours de voir les prix se replier davantage avant de faire nouveaux achats importants.
Les marges de profits des triturateurs chinois de soya demeurent très minces.
Les ventes américaines à l'exportation de maïs sont depuis 3 semaines inférieures à leur moyenne des 5 dernières années et celles soya restent très faibles depuis le début de l'année commerciale en cours (2011-12).
Bien qu'elles ne cessent d'être révisées à la baisse, les récoltes américaines de maïs et soya conservent une avance importante dans leur progression par rapport à la moyenne des 5 dernières années.
Après avoir atteint un creux pour 2011 au début d'octobre à 0,9367 point sur son Index, le dollar américain a repris de la vigueur pour se transiger actuellement à 0,9827 point. Rappelons que plus le dollar américain s'apprécie, plus l'intérêt des acheteurs mondiaux de grains américains s'amincit en raison de l'accroissement de leur valeur directement lié à celle du dollar américain.
Ainsi, dans les prochains jours/semaines, pour que les prix des grains puissent définitivement reprendre leur progression, il faudra très certainement que deux éléments changent leur fusil d'épaule, soit :
1) Qu'après plus de 2 mois de problèmes liés à la crise de la dette Europe, des solutions soient bel et bien adoptées et qu'elles apaisent définitivement la nervosité des marchés à son égard.
2) Que des nouvelles fraîches intéressantes voient le jour et supportent une relance des prix des grains. Et de ce côté, pour l'instant, le principal point à surveiller demeure du côté des ventes américaines à l'exportation de grains.
Ce n'est que sur cette base que les marchés financiers pourront alors recentrer leur attention sur le contexte d'offre et demande de grains qui demeure dans l'ensemble très serré et préoccupant pour 2011-12 comme de nombreux analystes ont eu tôt fait de le rappeler suite à la publication du rapport mensuel du USDA du mercredi 9 novembre dernier.
Roy Smith, analyste des marchés et chroniqueur sur le site d'Agriculture.com :
« À la lueur de la situation fondamentale positive (pour les grains), il semble que les marchés financiers comme ceux des valeurs mobilières et des métaux précieux entrainent à la baisse les prix des grains alors que leur contexte d'offre et demande devrait les propulser à la hausse. Le marché des grains peut être ignoré pour l'instant alors que les conditions économiques dans le monde sont mauvaises. »

Prix du maïs
Le prix du maïs a perdu de son lustre au cours de la dernière semaine bien qu'il demeure toujours confiné dans la zone de consolidation qu'il a adoptée depuis la mi-octobre.
Sur le contrat à terme pour livraison immédiate (décembre 11), il a reculé de 0,1725 $US/TM (6,94 $CAN/TM) pour maintenant se transiger à 6,3850 $US/boisseau (256,84 $CAN/TM).

Techniquement, sur le contrat à terme de décembre 11, certains signes négatifs ont fait surface au cours de la semaine dernière. Comme quoi après plusieurs semaines sans nouvelles stimulantes, le prix du maïs s'expose de plus en plus à ce que les investisseurs et spéculateurs le délaissent au profit de meilleurs investissements en attendant de trouver de nouveaux motifs pour le faire progresser davantage.
La tendance haussière en place depuis le début d'octobre (ligne verte) semble avoir laissé place à une tendance neutre ou baissière qu'il reste à définir. À plus long terme, si le prix du maïs ne parvient pas à s'établir au-dessus de 6,56-6,57 $US/boisseau (258 $US/TM) prochainement, la vieille tendance baissière qui avait écrasé le prix du maïs à partir du début de septembre pourrait reprendre du service (ligne jaune pâle).
Il reste cependant à voir à quel point le très important support situé autour de 6,30 $US/boisseau (248 $US/TM) parviendra à demeurer ferme dans les prochains jours/semaines. Le bris définitif de ce support serait un signe très négatif qui laisserait rapidement le prix du maïs s'effondrer à son support psychologique de 6$US/boisseau (236 $US/TM) puis, ensuite, son creux d'octobre dernier à 5,7225 $US/TM (225 $US/TM).
Prix du soya
Comme plusieurs analystes l'appréhendaient, le prix du soya ne sera pas parvenu la semaine dernière à éviter sa chute vers son creux d'octobre dernier.
Pour livraison immédiate, sur le contrat à terme de janvier 12, le prix du soya a ainsi reculé de 0,4550 $US/boisseau (17,08 $CAN/TM) pour clôturer la semaine dernière à 11,7550 $US/boisseau (441,33 $CAN/TM).

Techniquement, sur le contrat à terme de janvier 12, le portrait que révèle le prix du soya n'est pas très avantageux. Non seulement la tendance baissière à court terme depuis la mi-octobre demeure bien ancrée, mais elle semble maintenant avoir été définitivement rattrapé par celle à plus long terme établi au début de septembre.
Le premier objectif pour le prix du soya cette semaine repose donc sur son important support établie à 11,6350 $US/boisseau (427,5 $US/TM) qui doit parvenir à ne pas être brisé, sans quoi celui-ci pourrait alors retourner tester un dernier support clé, celui du 11,50 $US/boisseau (422,50 $US/TM) qui n'a pas été atteint depuis la mi-octobre 2010 et qui ouvrirait facilement la porte à un recul du soya sous la barre de 11 $US/boisseau (404 $US/TM).
Pour que le prix du soya puisse reprendre techniquement du tonus, il doit dans un 1er temps parvenir rapidement à s'établir à nouveau au-dessus de 12 $US/boisseau (441 $US/TM) et, par la suite, tenter de briser une 1re résistance à 12,30 $US/boisseau (452 $US/TM). Cette relance pourrait par la même occasion permettre à la moyenne mobile de 10 jours (ligne rouge) de repasser au-dessus de celle de 20 jours (ligne verte), ce qui serait techniquement aussi un 1er nouveau signe positif pour le prix du soya.
Nouvelles en vrac
Vendredi dernier, la firme Informa Economics a indiqué qu'elle prévoyait les ensemencements de maïs aux États-Unis pour l'an prochain à 94 millions d'acres, soit les plus importantes superficies cultivées en maïs aux États-Unis depuis 1944. Informa base cette projection notamment sur le fait que le prix du maïs par rapport à celui du soya est beaucoup plus avantageux (ratio soya/maïs très faible de 1,84). Sans surprise, Informa a révélé par la même occasion qu'elle révisait à la baisse les superficies cultivées en soya aux États-Unis l'an prochain à 76,1 millions d'acres.
Le Rosario Exchange estime maintenant la prochaine récolte de maïs en Argentine à un niveau record de 26 millions de tonnes. Celle de soya atteindrait un deuxième niveau record de 49,5 millions de tonnes après celle de 54,5 millions de tonnes de 2009-10.
