Les prix des grains ont terminé la semaine dernière pour une deuxième semaine consécutive en forte baisse dans ce qui se révèle être une ronde massive de liquidation de positions des investisseurs et spéculateur. Et le marché des grains n'est pas en reste puisque cette correction aura également frappé de plein fouet plusieurs autres marchés financiers. Ainsi, depuis maintenant 2 semaines, la baisse des prix des grains a été particulièrement profonde et sans merci:
Maïs
Livraison immédiate (juillet 11) : -1,1650 $US/boisseau (-45 $CAN/TM) à 6,6950 $US/boisseau (257,9 $CAN/TM)
Prochaine récolte (décembre 11): -0,8175 $US/boisseau (-31 $CAN/TM) à 6,2875 $US/boisseau (242,2 $CAN/TM)
Soya
Livraison immédiate (juillet 11) : -0,68 $US/boisseau (-24 $CAN/TM) à 13,20 $US/boisseau (475 $CAN/TM)
Prochaine récolte (novembre 11): -0,7375 $US/boisseau (-26 $CAN/TM) à 13,0875 US/boisseau (470,5 $CAN/TM)
Blé
Livraison immédiate (juillet 11) : -1,19 $US/boisseau (-43 $CAN/TM) à 6,41 $US/boisseau (230,5 $CAN/TM)
Prochaine récolte (septembre 11): -1,25 $US/boisseau (-45 $CAN/TM) à 6,60 $US/boisseau (237 $CAN/TM)
Cette correction, dont peu d'analystes en avaient prévu l'ampleur, tire son origine essentiellement d'un contexte économique qui s'avère peu reluisant aux yeux de plusieurs :
En Europe, les problèmes de la dette grecque ont engendré au cours des 2 dernières semaines de nombreuses incertitudes en Europe. Au cours de la dernière semaine, certaines pistes de solution et améliorations de la situation ont vu le jour. Cependant, cette problématique grecque demeure non seulement irrésolue pour l'instant, mais remet également à l'avant-plan les difficultés que pourraient rencontrés dans les prochains mois d'autres pays dont les dettes restent aussi à des niveaux préoccupants (Portugal, Espagne et Italie). Et c'est sans compter que la Grèce avait déjà pu profiter d'un premier plan de sauvetage, ce qui donne à penser que des difficultés pourraient également être rencontrées par l'Irlande éventuellement.
Aux États-Unis, le débat fait rage à savoir si le plafond de la dette américaine, qui est actuellement de 14,3 milliards de dollars, se doit d'être à nouveau relevé ou non. Rappelons que si n'est rien fait d'ici le mois d'août prochain, les États-Unis se retrouveront en défaut de paiement sur leur dette, une perspective pour le moins peu reluisante et très préoccupante non seulement pour l'économie américaine, mais également celle mondiale.
Toujours aux États-Unis, le gouvernement américain a annoncé comme prévu qu'il n'augmentait pas son taux d'intérêt directeur. Ceci représente une nouvelle encourageante dans une certaine mesure. Par contre, par la même occasion, il a reconnu que l'économie américaine se révèlerait plus fragile et faible que ce qui était anticipé. Cette annonce survient au moment où les dernières mesures quantitatives de stimulus monétaires qui avaient été mises en place lors de la crise financière de 2008 tirent à leur fin. Une fois ces initiatives terminées, c'est donc une économie américaine dans un état précaire qui se doit de voler à nouveau de ses propres ailes, ce que plusieurs doutent qu'elle soit en mesure de faire.
Contextuellement, la situation générale de crainte qui découle de ces incertitudes économiques a donc entrainé une vague de liquidation dans les marchés financiers qui n'aura pas épargné celui des grains. Par contre, certains éléments négatifs propres aux marchés des grains ont aussi pris forme au cours des 2 dernières semaines.
Après plusieurs semaines difficiles de mauvais temps au cours des semis (pluies abondantes, inondations dans certains États et de sècheresses dans d'autres), les conditions météorologiques se révèlent de plus en plus favorables aux cultures aux États-Unis. Le débat à savoir combien de superficies cultivées auront été perdues demeure à l'ordre du jour, mais les marchés concentrent maintenant leur attention sur la possibilité que les rendements des producteurs américains prennent du mieux, une éventualité négative pour les prix.
En Europe, l'attention des marchés qui portait sur les conditions chaudes et sèches dans certaines régions (France et Allemagne) se canalise maintenant sur les récoltes très importantes que pourraient obtenir la Russie (85-90 millions de tonnes de grains contre 61 millions de tonnes l'an dernier) et l'Ukraine (50 millions de tonnes de grains contre 39 millions l'an dernier). Cette perspective, qui en inquiète plus d'un, renforce l'idée que les exportations de grains en provenance des régions de la Mer Noire seront importantes au cours de la prochaine année. Rappelons aussi que déjà, après pratiquement 1 an de moratoire sur ses exportations de grains, la Russie sera de retour en juillet sur le marché de l'exportation avec d'importantes réserves de la dernière année à écouler.
Les prix des grains ont ainsi du composer avec une panacée d'éléments négatifs au cours des deux dernières semaines que peu d'analystes avaient appréhendés et qui les ont forcé à subir un cuisant revers. La question est à savoir maintenant jusqu'où peuvent-ils reculer avant qu'un creux ne soit atteint?
Selon les commentaires recueillis auprès d'analystes, il semble que cette correction pourrait bientôt tirer à sa fin, tout au moins à court terme. Le risque de recul persiste toujours considérant les inquiétudes économiques qui demeurent à l'ordre du jour, mais certains éléments en place ouvrent la voie à ce que les prix des grains se stabilisent :
Il reste plusieurs semaines encore avant que les récoltes américaines n'aient lieu et rien n'empêche que de nouvelles avaries météorologiques puissent à nouveau les menacer d'ici là. Déjà, au cours de la dernière semaine, certaines craintes ont pris forme à l'effet qu'une période de températures plus chaudes et sèches qu'à la normale prévue pour la fin juin puisse nuire aux cultures américaines. En réaction à cette possibilité, les prix des grains ont d'ailleurs connu une brève relance de leur valeur mardi dernier. Et même si dans ce cas particulier, la prévision se révèlerait maintenant plus bénéfique que nuisible pour les cultures, d'autres conditions météorologiques défavorables pourraient voir le jour au cours des prochaines semaines.
Le USDA doit présenter le 30 juin prochain 2 rapports importants et très attendus : superficies officiellement ensemencées aux États-Unis et niveau trimestriel des inventaires américains de grains. Celui sur les superficies semées confirmera l'étendue des pertes qu'auront occasionnées le début de saison difficile et très humide ainsi que les effets des nombreuses inondations qui ont eu lieu aux États-Unis (Mississippi, Missouri et nord du Midwest). Le rapport sur les inventaires trimestriels américains viendra pour sa part confirmer si d'ici la prochaine récolte, les consommateurs américains de grains (maïs et soya) ont réellement lieu de s'inquiéter à savoir s'ils en manqueront ou non. Rappelons que depuis déjà plusieurs semaines, la valeur des bases aux États-Unis s'est raffermie en raison de cette préoccupation.
Duane Lowry - Analyste des marchés - Farm Assist :
« Les marchés agricoles recèlent encore un peu de vulnérabilité à la baisse, avec les données clés que présentera le USDA la semaine prochaine (cette semaine). Cependant, nous sommes dans une période du calendrier au cours de laquelle les inquiétudes/prévisions météorologiques peuvent changer rapidement. Les pessimistes (« bears ») doivent augmenter leur respect à l'égard des rapports de la semaine prochaine (USDA) et les prévisions météorologiques à venir. »
Tim Hannagan - Analyste sénior des marchés chez PFGBEst.com - Agriculture.com :
« (À propos des rapports du USDA) Ils pourraient révéler un contexte des grains dans lequel l'offre serait beaucoup plus serré que ce qui était perçu il y a encore environ une semaine. La crainte est que les superficies de maïs, de soya et de blé de printemps vont être moindres avec le printemps anormalement humide de cette année qui a occasionné un dépassement des dates normales de semis et, bien sûr, des pertes engendrées par les inondations. Ceci devrait inciter les vendeurs à découvert à fermer leurs positions et les spéculateurs à prendre des positions « achetées » (« long »).
