À l'exception du soya, les prix des grains ont dans l'ensemble connu une semaine difficile et même très négative dans le cas du blé. Sans contredit, c'est avant tout le retour de la Russie sur le marché de l'exportation pour le mois de juillet prochain, annoncé la fin de semaine dernière, qui a eu le plus d'effet négatif sur le marché des grains. Le retour du beau temps sur l'ensemble du Midwest américain, surtout dans l'est de cette région, ainsi que l'annonce vendredi d'un rapport sur le taux de chômage américain décevant ont également contribué à freiner l'engouement qu'ont connu les prix des grains au cours des 2 dernières semaines.
En Europe, les températures très sèches que connaissaient les cultures depuis plusieurs semaines ont pu profiter de conditions plus humides dans certaines régions au cours des derniers jours ce qui, de surcroît, est venu contribuer à calmer les inquiétudes des marchés et freiner la progression des prix.

Vendredi, le USDA a aussi présenté un rapport hebdomadaire sur les exportations et ventes à l'exportation de grains qui aura été jugé neutre à légèrement négatif.
Selon ce rapport, pour la semaine se terminant le 26 mai, les ventes totales à l'exportation de maïs américain ce sont établies à 700 911 tonnes (471 600 tonnes ancienne récolte - 229 300 nouvelle récolte), résultat dans les attentes les moins élevées des marchés. Il ne faudrait cependant plus que des ventes hebdomadaires de moins de 375 000 tonnes pour atteindre l'objectif du USDA qui est de 48,26 millions de tonnes pour l'année commerciale en cours (2010-11) se terminant le 31 août prochain.
Du côté du soya, les ventes américaines à l'exportation demeurent faibles à seulement 155 484 tonnes (82 500 tonnes ancienne récolte - 73 000 nouvelle récolte) pour la semaine du 26 mai. Pour que les exportations cumulatives de soya américain s'établissent comme prévu par le USDA à 42,18 millions de tonnes, il ne faudrait pas que leurs ventes reculent davantage en demeurant au-dessus de 50 000 tonnes par semaine d'ici la fin du mois d'août.
Pour un survol des résultats de ce rapport du USDA: Exportations américaines
Pour obtenir accéder au rapport complet du USDA (en anglais): Export sales
Ainsi, des éléments moins optimistes (« bullish ») survenus tout au long de la semaine et les résultats décevants du dernier rapport sur les exportations américaines du USDA ont amené vendredi certains investisseurs et spéculateurs à liquider des positions et engranger des profits, forçant davantage à la baisse les prix des grains.
Cependant, la prédisposition à ce que ceux-ci puissent baisser de manière très importante reste très limitée selon certains analystes. De nombreuses interrogations persistent toujours et restent en suspend concernant non seulement les superficies qui seront réellement semées cette année aux États-Unis, mais aussi du côté des rendements qui seront obtenus.
John Roach, président de Roach Ag sur le site d'Agriculture.com :
« Les négociants (traders) révisent à la baisse la récolte à chaque jour que les ensemencements sont retardés (aux États-Unis). Le prix nouvelle récolte du maïs a atteint un nouveau sommet hier et celui du soya n'a pas été très loin d'y parvenir non plus. Les négociants assimilent l'idée de plus petits acréages semés et les rendements incertains pour ces deux cultures (maïs et soya). »
À surveiller la semaine prochaine, le USDA présentera son rapport mensuel sur l'état de l'offre et la demande de grains dans le monde et aux États-Unis jeudi. Les marchés seront aussi très attentifs aux résultats qui seront présentés par le USDA dans son prochain rapport hebdomadaire sur la progression des semis et l'état des cultures qui sera publié lundi.
Nouvelles de la semaine en vrac
Les États-Unis ont pu profiter des températures plus favorables la semaine dernière pour reprendre un peu de leur retard dans leurs ensemencements. En date de dimanche dernier, pour le maïs, l'écart entre cette année et l'an dernier continue de se rétrécir alors que 86% des semis sont complétés contre 95% à pareille date l'an dernier. Cependant, certains États américains continuent d'accuser de sérieux retards, notamment l'Ohio (19%) et la Pennsylvanie (61%). Du côté du soya, toujours en date de dimanche dernier, les États-Unis accusent aussi un retard important par rapport à la normale. Ce serait seulement 51% du soya qui serait semé contre une moyenne normale sur 5 ans de 71%. Nul doute que ce retard inquiétant a contribué par la suite à la vigueur du prix du soya au cours des jours suivants. Les meilleures conditions météorologiques rapportées cette semaine aux États-Unis, particulièrement dans l'est du Midwest américain, pourraient toutefois remédié à ce problème. Ceci reste toutefois à confirmer dans le rapport hebdomadaire du USDA qui sera publié lundi prochain.
Pour un survol plus approfondi des derniers résultats qu'a présenté le USDA à ce sujet : Bulletin des Agriculteurs - Rattrapage dans les semis
Pour obtenir le rapport hebdomadaire complet du USDA sur la progression des semis et l'état des cultures aux États-Unis (en anglais) : Crop Progress
Au Québec, les températures plus favorables de la dernière semaine ont certainement permis aux producteurs québécois de reprendre un peu du temps perdu au cours des dernières semaines en raison des conditions trop humides. Par contre, déjà, certains éléments tendent à laisser entendre que moins de superficies que prévu pourraient être semées au Québec cette année. Voir La Presse Affaires - Les champs dans la flotte
Des inondations ont vu le jour cette semaine le long de la Rivière Missouri aux États-Unis. Ces crues d'eau importantes menaceraient de faire perdre davantage de superficies cultivables dans les États américains de l'Iowa, du Nebraska et du Dakota du Sud. Déjà, la semaine dernière, des inondations le long du Mississippi ont endommagé des terres agricoles américaines destinées essentiellement à la culture de riz, mais également de blé.
La firme privée d'analyse des marchés Linn Group a révélé mercredi dernier qu'elle envisageait une réduction des superficies cultivées aux États-Unis. Selon cette firme, celles de maïs seraient maintenant de 87,23 millions d'acres, celles de soya de 74,9 millions d'acres et celles de blé de printemps de 13,83 millions d'acres. Dans ses premiers estimés présenté en mars dernier, le USDA avec établies les superficies cultivées en maïs, soya et blé à respectivement 92,2, 76,6 et 14,4 millions d'acres.
Au cours de la fin de semaine dernière, la Russie a annoncé qu'elle mettrait un terme à son moratoire sur ses exportations de grains qu'elle avait mis en vigueur en août 2010 en réaction à l'une des pires sécheresses qu'elle a connues depuis plus de 50 ans l'été dernier. Les marchés ont mal digéré cette annonce puisqu'elle laisse entendre le retour d'un important joueur sur les marchés internationaux de commerce de grains. Certains estiment que la Russie possèderait d'ailleurs jusqu'à 6 millions de tonnes de grains en réserve présentement et qu'elle pourrait les liquider à un prix allant jusqu'à 100 $US/TM de moins que le prix moyen actuel sur les marchés mondiaux. Profitant de la possibilité que la prochaine récolte russe soit très profitable en s'établissant à 85-90 millions de tonnes de grains, contre 60,9 millions de tonnes l'an dernier, la Russian Grain Union a aussi indiqué qu'elle prévoyait des exportations de grains russes qui pourraient s'établir à 20 millions de tonnes l'an prochain. Suivant ces annoncent, les prix du blé en Europe, ainsi qu'à la Bourse de Chicago et de Minneapolis ont connu un début de semaine en forte baisse.
