Toujours supportés par les mauvaises conditions d'ensemencements aux États-Unis, les prix des grains continuent de défier le sentiment négatif des marchés financiers dans leur ensemble.
Les producteurs américains ont surpris quelque peu les marchés hier en révélant qu'ils sont parvenus à semer plus de 63 % de leur maïs. Il semble toutefois que les marchés concentrent maintenant leur attention sur les États américains qui accusent toujours le plus de retard (Indiana, Michigan, Dakota du Nord, Ohio et le Wisconsin). Et, selon les dernières prévisions météorologiques, rien n'indique que les conditions de semis puissent s'améliorer au cours des prochains jours dans ces États comme le révèle ce commentaire de l'analyste sénior des marchés chez PFGBest.com, M. Tim Hannagan, sur le site d'Agriculture.com :
« Il y a 6 États qui se sont révélés terriblement en retard dans la progression de leurs semis (de maïs) lundi. Et, avec des prévisions d'averses importantes plus tard cette semaine et en début de semaine prochaine, cette pluie va les retarder davantage. »
Ainsi, malgré que rien ne puisse être encore tenu pour acquis, il apparaît de plus en plus plausible que les producteurs américains ne sèmeront pas toutes les superficies qu'a anticipées en maïs le USDA pour cette année, soit 92,2 millions d'acres. Cette situation est d'autant plus problématique que l'émergence du maïs déjà semé accuse aussi un retard inquiétant en s'établissant à 21 % dimanche dernier contre une moyenne normale sur 5 ans de 39 %.
Et le contexte de début de saison du maïs aux États-Unis n'est pas le seul élément qui puisse susciter certaines appréhensions. Toujours selon le dernier rapport hebdomadaire du USDA publié en fin de journée hier, les semis de soya américain connaissent aussi des retards non négligeables. Du côté du blé d'hiver, leurs conditions continuent aussi de se détériorer alors que 44 % des cultures américaines sont maintenant classé dans un état de mauvais à très mauvais contre 42 % la semaine dernière et seulement 8 % en temps normal pour cette période-ci de l'année depuis 5 ans.
Pour un survol des résultats du rapport hebdomadaire du USDA sur la progression des ensemencements aux États-Unis (en français) : Progression des ensemencements aux États-Unis, au Québec et en Ontario - 16 mai 2011
Pour obtenir le rapport complet du USDA (en anglais) : Crop Progress
Malgré un contexte des marchés financiers désavantageux en raison des nombreuses incertitudes économiques qui persistent toujours, il semble ainsi que les investisseurs et spéculateurs ne soient tout simplement plus en mesure d'ignorer le contexte de plus en plus préoccupant qui se dessine à l'horizon pour les grains. Car malgré les révisions quelque peu négatives qu'a réalisées le USDA dans son dernier rapport mensuel la semaine dernière, les prévisions d'inventaires américains de grains pour 2011-12 demeurent particulièrement serrées et ne laissent que très place à des difficultés de culture cette année.
Pour un aperçu des derniers résultats du rapport mensuel du USDA sur l'état de l'offre et la demande de grains aux États-Unis et dans le monde : Aperçu du rapport mensuel du USDA du 10 mai 2011
Prix du maïs
Le prix du maïs a avantageusement profité des incertitudes qui entourent toujours les ensemencements américains pour progresser de manière très intéressante aujourd'hui.
Pour livraison immédiate (juillet 11), le prix du maïs a gagné 0,2250 $US/boisseau (8,63 $CAN/TM) pour terminer la journée pour la première fois depuis 1 semaine au-dessus de la barrière psychologique de 7 $US/boisseau à 7,20 $US/boisseau (276,22 $CAN/TM). Pour la prochaine récolte, le prix du maïs a aussi progressé en gagnant 0,1650 $US/boisseau (6,33 $CAN/TM) pour s'établir à 6,5250 $US/boisseau (250,33 $CAN/TM).
À la lecture de nombreux commentaires d'analystes, aucun doute ne subsiste à savoir ce qui a supporté la hausse du prix du maïs aujourd'hui, soit la mauvaise période d'ensemencement que connaissent toujours les producteurs américains. Et le temps presse, puisqu'il ne reste plus que moins de 2 semaines avant la fin du mois de mai. Rappelons qu'en temps normal, c'est 75 % du maïs qui est déjà semé à ce temps-ci aux États-Unis.
Mais avec seulement 63 % de complété et le temps frais qui affecte actuellement le « Midwest » américain, tout indique qu'il pourrait y avoir moins de maïs de semé que prévu aux États-Unis cette année. Il demeure de plus en plus possible aussi que les rendements obtenus des semis de maïs complétés au cours des prochaines semaines puissent très bien être de moins en moins intéressants.
Techniquement, sur le contrat à terme de juillet 11, le prix du maïs est finalement parvenu à briser la tendance baissière à laquelle il faisait face depuis la fin du mois d'avril, ce qui est un 1er signe encourageant. Il doit maintenant briser une première résistance importante qu'impose la moyenne mobile de 20 jours à 7,26 $US/boisseau (286 $US/TM).
Il reste à savoir si le sentiment général des marchés financiers négatif des derniers jours parviendra ou non à miner ce début de relance du prix du maïs.
Prix du soya
Comme c'est le cas depuis plusieurs jours, le comportement du prix du soya continue essentiellement de suivre ceux du maïs et du blé.
Pour livraison immédiate (juillet 11), celui-ci a gagné aujourd'hui 0,16 $US/boisseau (5,73 $CAN/TM) pour clôturer à 13,3950 $US/boisseau (479,64 $CAN/TM). Pour prochaine récolte (novembre 11), il a progressé de 0,1725 $US/boisseau (6,18 $CAN/TM) pour s'établir à 13,22 $US/boisseau (473,37 $CAN/TM).
Malgré la progression de sa valeur aujourd'hui, l'intérêt des marchés à l'égard du soya demeure cependant quelque peu mitigé. Ceci a d'ailleurs bien été illustré avec la chute momentanée de plus de 0,1725 $US/boisseau (6,25 $CAN/TM) qu'il a connu à l'ouverture des marchés ce matin en raison du contexte général des marchés financiers désavantageux.
Le fait qu'aux États-Unis les producteurs de maïs, mais également ceux de blé, puissent changer leurs intentions d'ensemencements pour du soya au cours des prochaines semaines n'est pas non plus sans conséquence sur sa valeur.
Le seul élément qui lui demeure concrètement favorable pour l'instant reste les mauvaises conditions d'ensemencements que connaissent les producteurs américains de soya. En date de dimanche dernier, seulement 22 % des semis de soya américains serait complété alors que la moyenne pour cette période-ci de l'année depuis 5 ans est de 31 %.
Techniquement, sur contrat à terme de juillet 11, le fait que le prix du soya ait momentanément testé un nouveau creux à court terme à 13,1225 $US/boisseau (482 $US/TM) démontre que les marchés ne seraient pas nécessairement prêts pour l'instant à le faire trop reculer considérant les nombreuses incertitudes qu'il reste à éclaircir au cours des prochaines semaines, particulièrement du côté de leurs semis aux États-Unis. Par contre, rien ne les motive pour autant à lui faire briser non plus la tendance neutre dans laquelle il semble confiné depuis le début du mois de mai.
