Après un léger regain au cours de la nuit dernière (marché électronique de nuit), les prix des grains ont poursuivi leur baisse entamée vendredi dernier.
Fondamentalement, très peu d'éléments expliqueraient cette baisse. Le contexte d'offre et demande de grains dans le monde et aux États-Unis demeure le même et supporte toujours des prix élevés. Pour l'instant, aucun signe de rationnement de la demande n'a concrètement été observé, ce qui renforce aussi l'idée que les prix des grains devraient progresser davantage pour qu'éventuellement l'offre se corrige et réponde adéquatement à la demande. Par contre, les nombreuses incertitudes entourant le contexte d'instabilité politique et de révolte populaire au Moyen-Orient et en Afrique reviennent à l'avant-plan et rendent les marchés très nerveux.
Non seulement la situation en Lybie demeure toujours irrésolue et ne semble que s'aggraver de jour en jour, mais certains signent tendent maintenant à laisser présager une nouvelle révolte populaire chez le plus important producteur de pétrole dans le monde, l'Arabie Saoudite.
Selon les dernières nouvelles disponibles, après une timide manifestation de quelques centaines d'individus vendredi dernier, une première manifestation populaire officielle serait en cours de préparation : le Jour de la Rage (« The Day of Rage »). Un peu à l'image des révoltes populaires en Tunisie, Égypte et en Lybie, le peuple saoudien réclamerait la fin de la main mise de la famille royale sur la gestion « politique » de leur pays.
Or, si les manifestations qui ont eu lieu tour à tour en Tunisie, en Égypte puis en Lybie ont eu de quoi alimenter la hausse du prix du pétrole au cours des dernières semaines, jusqu'à présent, l'assurance qu'offrait l'Arabie Saoudite de couvrir le manque à gagner de pétrole avait de quoi freiner une flambée du prix de l'or noir. Nul besoin de mentionner alors qu'une crise populaire en Arabie Saoudite mettrait définitivement le feu aux poudres et propulserait la valeur du pétrole à de nouveaux sommets.
Pour les prix des grains, l'enveniment de la situation au Moyen-Orient et en Afrique peut sembler avoir un premier effet positif sur ceux-ci à priori. Par le biais d'une hausse du prix du pétrole, ceux de l'éthanol et du biodiésel progressent aussi, supportant ainsi l'usage de grains (maïs et soya) pour la fabrication de biocarburants et, par la même occasion, une hausse de leur prix aussi.
Cependant, les marchés voient d'un autre œil cette situation. Si à court terme elle peut stimuler les prix des grains, à plus long terme les choses pourraient se corser. En effet, advenant que le prix du pétrole continue sa progression et atteigne de nouveaux sommets, plusieurs anticipent un ralentissement économique important. Pour les grains, ceci se reflétera par une baisse éventuelle de leurs exportations et consommations puis, bien entendu, par une baisse importante de leur valeur sur les marchés.
Ponctuellement, aujourd'hui, certains analystes signalent aussi qu'avec la hausse actuelle du prix du pétrole, certains investisseurs et spéculateurs seraient maintenant tentés de délaisser le marché des grains qu'ils considèrent « surévalué » pour se diriger vers celui du pétrole qui possède toujours un potentiel de hausse intéressant. C'est ce que laisse entendre un commentaire de Terry Roggensack, de The Hightower Report, présenté sur le site d'Agriculture.com :
« Le changement de l'ensemble des fonds d'investissements importants qui délaissent les marchés agricoles pour ceux de l'énergie force les prix des grains à la baisse. »
Malgré un contexte fondamental qui encourage la hausse des prix des grains, la volatilité des marchés financiers et l'instabilité politique qui persistent toujours au Moyen-Orient et en Afrique rendent donc difficilement prévisible le comportement des prix des grains pour les prochains jours/semaines. Devant autant d'incertitude, la prudence est de mise et les marchés semblent bien l'entendre de cette manière.
Rappelons aussi que cette semaine, le USDA doit présenter jeudi son rapport mensuel sur l'état de l'offre et la demande de grains dans le monde et aux États-Unis. Pour l'instant, très peu de changements importants sont anticipés par les marchés. Certains estiment qu'un ajustement à la baisse des inventaires américains de maïs et soya pourrait avoir lieu. Par contre, dans le monde, une révision à la hausse des productions de soya du Brésil et de l'Argentine pourrait aussi être présentée.

Prix du maïs
Le prix du maïs n'est pas parvenu à poursuivre sur son élan de la nuit dernière alors qu'un mouvement de transition des marchés agricoles vers ceux de l'énergie (pétrole) et métaux (or) serait en cours. Ceci aurait fait en sorte qu'il n'y aurait tout simplement pas eu « d'acheteurs » prêts à se positionner dans le maïs à l'ouverture des marchés ce matin. Le prix du maïs a alors brisé un premier « support technique » important qui aurait incité les marchés à liquider des positions, entrainant davantage à la baisse celui-ci.
Sur le contrat à terme de mai 11, le prix du maïs a ainsi reculé de 0,1225 $US/boisseau (4,69 $CAN/TM) pour terminer à 7,1650 $US/boisseau (274,34 $CAN/TM). Cependant, pour la prochaine récolte (décembre 11), la réaction des marchés d'aujourd'hui n'a eu que très peu d'effet sur le prix du maïs qui est même parvenu à gagner 0,02 $US/boisseau (0,77 $CAN/TM) pour s'établir à 6,10 $US/boisseau (233,57 $CAN/TM).
Comme le rappellent plusieurs analystes, malgré la réaction des marchés financiers dans leur ensemble, la situation précaire d'offre et demande de maïs demeure inchangée et en favorise toujours un prix élevé. Les incertitudes entourant la prochaine période d'ensemencement et de culture du maïs aux États-Unis convergent aussi en ce sens. Mais, comme le souligne Alan Suderman, analyste des marchés sur le site de Farm Futures :
« Rappellez-vous que les prix ont chuté de plus de 0,53 $US/boisseau (21 $US/TM) en l'espace de deux sessions (2 jours) à la mi-février alors qu'une période de « crainte » similaire à eu lieu et entrainé des liquidations massives. Les prix ont par la suite marqué de nouveaux sommets 3 sessions (3 jours) plus tard, mais ce tangage des prix n'a rien eu de très agréable. Malheureusement, il semble que ce soit la nouvelle réalité du marché des grains qui pourrait très bien caractériser la prochaine saison de culture devant nous, avec des variations de prix encore plus importantes à prévoir en certaines occasions. »
Techniquement, sur le contrat à terme de mai 11, le prix du maïs a brisé aujourd'hui son support immédiat à 7,18 $US/boisseau (283 $US/TM), ce qui l'a entrainé davantage à la baisse par la suite. Si la correction se poursuit, il faut alors surveiller les prochains supports établis à 7,07 $US/boisseau (278 $US/TM) puis 7$US/boisseau (276 $US/TM) puis 6,84 $US/boisseau (251 $US/TM). Si une relance du prix du maïs a toutefois lieu, le prochain objectif des marchés demeure toujours pour l'instant de briser une première résistance importante établie au dernier sommet de février dernier à 7,4425 $US/boisseau (293 $US/TM).
Prix du soya
Entrainé par le prix du maïs et le mouvement de masse de transfert de liquidité des marchés financiers, le prix du soya s'est laissé entrainer à la baisse aujourd'hui. À l'image du maïs, aucun changement dans la situation d'offre et demande de soya n'a cependant eu lieu qui justifie pour autant une baisse du prix du soya.
Sur le contrat à terme de mai, le prix du soya a ainsi perdu 0,19 $US/boisseau (6,79 $CAN/TM) pour clôturer légèrement sous la barrière psychologique de 14 $US/boisseau à 13,95 $US/boisseau (498,54 $CAN/TM). Pour la prochaine récolte (novembre 11), il a également reculé à 13,5475 $US/boisseau (484,16 $CAN/TM), soit une baisse de 0,0625 $US/boisseau (2,23 $CAN/TM).
Au Brésil, principal élément ayant entrainé à la hausse le prix du soya la semaine dernière, les conditions demeurent toujours très humides et ralentissent encore les récoltes et la manutention portuaire du soya. Il semble toutefois que pour l'instant, les marchés ont décidé de mettre de côté cette problématique pour se concentrer sur ce qui les préoccupe, soit principalement la situation en Afrique et au Moyen-Orient ainsi que le prix du pétrole.
Techniquement, sur le contrat à terme de mai 11, aucun dommage important n'a été entrainé par la baisse du prix du soya aujourd'hui. Par contre, nous pourrions assister à un revirement de tendance à court terme advenant que non seulement la situation au Moyen-Orient et en Afrique se détériore, mais considérant aussi que les récoltes en Amérique du Sud continuent de progresser et pourraient engorger les marchés mondiaux avec une nouvelle récolte record. Le prochain niveau de support à surveiller serait établi à 13,55 $US/boisseau (498 $US/TM) suivi d'un support beaucoup moins élevé à 13 $US/boisseau (478 $US/TM)).
