À l'exception du prix du maïs, qui a réalisé un rebond de dernière minute, les prix des grains ont terminé la semaine sur une note plus prudente. Les incertitudes entourant toujours la situation en Égypte, des prises de profits suivant une excellente semaine de progression ainsi que la hausse de la valeur du dollar américain et la faiblesse de celle du pétrole des deux derniers jours seraient tous des éléments à l'origine du comportement des prix des grains depuis leur fermeture de mercredi dernier. Cependant, au terme de la semaine, les prix des grains démontrent qu'ils profitent toujours du contexte d'offre et demande toujours serré pour 2011 :

Mentionnons au passage que techniquement, sur les contrats à terme courants (livraison spot), autant le prix du maïs que ceux du soya et du blé ont tous atteint des niveaux inégalés depuis l'été 2008 cette semaine. Ceci envoie un signal positif intéressant puisque, en principe, la tendance saisonnière voudrait plutôt que les prix des grains stagnent et même reculent en temps normal pour cette période-ci de l'année (fin janvier à fin février).
La guerre des acréages à savoir ce que devraient semer le plus les producteurs américains cette année (maïs... soya... blé !?) prend aussi de plus en plus d'ampleur et supporte toujours très bien les niveaux actuels élevés des prix de tous les grains. Il semble qu'il n'y aurait tout simplement pas assez de superficies cultivables aux États-Unis pour ensemencer toutes les superficies nécessaires en maïs, soya et blé pour répondre adéquatement à la demande en 2011-12.
Pour la semaine qui suit, il faudra surveiller la parution du prochain rapport mensuel du USDA sur l'état de l'offre et de la demande de grains aux États-Unis et dans le monde qui peut toujours renfermer son lot de surprises et sera publié mercredi le 9 février prochain. Pour l'instant, selon les anticipations de certains, le USDA pourrait publier des résultats optimistes (« bullish ») qui supporteraient une nouvelle lancée des prix des grains.
Les marchés boursiers en Chine et au Japon seront fermés tout au long de la prochaine semaine en raison d'un congé hebdomadaire annuel pour fêter la Nouvelle Année Lunaire (Nouvel An Chinois). Pour cette raison, aucun achat important de grains n'est prévu par la Chine au cours de cette période.
Conditions météorologiques et états des cultures aux États unis et en Amérique du Sud
Suivant une tempête hivernale exceptionnelle concentrée surtout dans le « Midwest » américain, une vague importante de froid aurait frappé le centre et les « Plaines » américaines au cours de la dernière semaine. Or, dans ces deux régions des États-Unis, plusieurs secteurs n'auraient pas reçu assez d'accumulation de neige pour protéger les cultures de blé d'hiver qui, selon certains analystes, pourraient avoir été endommagé de 50-75%. Et les producteurs américains de ces régions ne seraient pas au bout de leurs peines. Pour la prochaine semaine, d'autres vagues de températures très froides seraient à prévoir comme le signal dans un commentaire paru sur le site de Agriculture.com le météorologiste senior de Freese-Notis Weather Inc., M. Craig Solberg :
« Nous allons connaître des températures très froides, si ce n'est pas des records de basses températures, au cours de la prochaine semaine de travail. Nous pourrions observer des températures sous zéro mardi, mercredi et vendredi pour les cultures de blé des « Plaines », qui devraient toujours ne pas profiter de couvert de neige dans certains endroits. Les possibilités de dommages hivernaux (« winterkill ») dans ces secteurs sont encore très élevées. »
En Argentine, les cultures ont pu profiter des nombreuses averses des dernières semaines pour prendre du mieux. Les pertes de rendement dans le maïs, en raison des conditions sèches au cours des mois de novembre à la mi-janvier occasionnée par le phénomène météorologique de La Niña, demeurent toutefois incontournables. Selon le Buenos Aires Grains Exchange, la production de maïs argentin serait d'ailleurs toujours prévue à 19,5 millions de tonnes, ce qui est moindre que ce qui était anticipé à l'automne dernier à 25 millions de tonnes. Par contre, en raison des conditions plus humides des dernières semaines, certains croient maintenant que la production de soya argentin pourrait gagner du terrain et s'établir à un niveau plus élevé que celui qui est prévu présentement à entre 47-50,5 millions de tonnes.
Au Brésil, les nombreuses averses des dernières semaines ont été aussi très bénéfiques aux cultures et plusieurs anticipent même que de nouvelles productions records pourraient être atteintes cette année. Par contre, les conditions humides commenceraient à être problématiques dans certaines régions plus au nord du pays, alors que les récoltes seraient sur le point de débuter.
Prix du maïs
Le prix du maïs a pu profiter vendredi d'une nouvelle à l'effet que la Chine serait à risque de manquer de maïs cette année pour réaliser en fin de journée un rebond inattendu.
Sur le contrat à terme de mars 11, il a ainsi gagné 0,13 $US/boisseau (5,05 $CAN/TM) pour terminer la semaine à 6,7850 $US/boisseau (264,75 $CAN/TM), soit un gain hebdomadaire très intéressant de 0,3050 $US/boisseau (11,80 $CAN/TM).
Selon le U.S. Grains Council, la Chine pourrait importer jusqu'à 9 millions de tonnes de maïs américain cette année puisque le pays pourrait être à court de ses réserves de 10-15 millions de tonnes. Toujours selon cette institution, la Chine pourrait aussi doubler ses importations de drêche américaine à 6 millions de tonnes et même, éventuellement, à 10 millions de tonnes. Toutefois pour l'instant, la Chine n'a toujours pas réalisé d'achats importants de maïs américain depuis plusieurs semaines. Mais cette prévision du U.S. Grains Council ne fait qu'accentuer l'idée que la Chine devra, d'une manière ou d'une autre, éventuellement procéder à des achats importants de maïs américain, perspective toujours très stimulante pour son prix à la bourse. Cette éventualité est d'autant plus réaliste que comme le rappel sur le site de Farm Futures l'analyste des marchés Alan Suderman, avec la mauvaise récolte de maïs argentin qui s'annonce, les chances que la Chine se tourne vers le maïs américain pour combler davantage ses besoins s'en trouvent accrues.
Le USDA a également annoncé vendredi la vente de 101 000 tonnes au Japon, la moitié étant destinée à être livrée d'ici la fin de l'année commerciale 2010-11.
Rappelons que, pour l'année commerciale en cours (2010-11), le USDA a révélé dans son dernier rapport mensuel qu'il prévoyait des inventaires de maïs américains à leur plus faible niveau depuis 1995-96, soit 18,92 millions de tonnes. Pour cette raison, les marchés concentrent présentement toutes leurs attentions à savoir si la demande de maïs américain (exportation, production d'éthanol et consommation par le bétail) ne pourrait pas être encore plus forte que prévu au cours des prochains mois, ce qui accentuerait la situation déjà inquiétante des inventaires américains et propulserait le prix du maïs à des niveaux encore plus élevés.

Techniquement, sur le contrat à terme de mars 11, le prix du maïs continue toujours de suivre sa tendance haussière à moyen (vert foncé) et plus long terme (vert pâle). Cette semaine, signe positif, le prix du maïs est également parvenu à s'établir à un nouveau niveau inégalé depuis juillet 2008 en atteignant en fin de journée vendredi 6,7875 $US/boisseau (267 $US/TM). L'idée que le prix du maïs puisse prochainement franchir la barrière psychologique de 7 $US/boisseau () est de plus en plus chose acquise aux yeux de plusieurs analystes. Celle qu'il devrait dépasser son dernier niveau record de 2008 de 7,65 $US/boisseau (301 $US/TM) ne serait aussi qu'une question de temps pour certains.
Prix du soya
Le prix du soya a connu une très bonne semaine. Par contre, à l'approche de la fin de semaine, des prises de profits seront venues à bout de faire ralentir la progression du prix du soya au cours des journées de jeudi et vendredi. La faiblesse du prix du pétrole, la hausse de la valeur du dollar américain ainsi que les incertitudes entourant la situation en Égypte auraient aussi contribué à ce que le prix du soya termine la semaine sur une note moins positive.
Sur le contrat à terme de mars 11, il a fini en légère baisse de 0,03 $US/boisseau (1,00 $CAN/TM) à 14,3350 $US/boisseau (519,83 $CAN/TM). Il termine cependant la semaine avec un gain hebdomadaire intéressant de 0,2575 $US/boisseau (9,38 $CAN/TM)
Fondamentalement, le contexte du marché du soya demeure cependant toujours très bien ancré :
Les inventaires américains de soya pour 2010-11 devraient être serrés (3,82 millions de tonnes)
Certains signes laissent toujours entendre que la demande pourrait être plus forte que prévu cette année.
Les ventes à l'exportation de soya américain de la semaine dernière, à 1,17 million de tonnes, ont été les plus élevées depuis le début de l'année commerciale 2010-11.
La hausse du prix du soya en début de semaine a bien révélé que les marchés ne sont pas prêts à ignorer la situation des inventaires serrés de soya américain et que, à ce titre, les producteurs américains se doivent de semer aussi des superficies importantes de soya cette année pour répondre à la demande. Ceci renforce l'idée que la guerre des acréages et maintenant bel et bien en place et que, même si l'attention des marchés pourrait se porter surtout sur le maïs, elle ne peut ignorer non plus le soya.
Pour le soya, la seule ombre au tableau présentement reste que les conditions en Amérique du Sud se sont beaucoup améliorées au cours des dernières semaines. Plusieurs envisagent donc que des productions importantes de soya puissent finalement avoir lieu cette année au Brésil et en Argentine. Et, les récoltes de soya devant bientôt débuter, le prix du soya pourrait éventuellement en faire les frais au cours des prochaines semaines.

Techniquement, sur le contrat à terme de mars 11, le prix du soya a repris du tonus cette semaine et continue toujours de suivre sa tendance haussière à long terme. En raison de la récolte en Amérique du Sud qui devrait débuter sous peu et, partagé entre cette situation aux effets potentiellement négatifs et le contexte serré d'offre et demande optimiste (« bullish »), certains croient que le prix du soya pourrait adopter une tendance plus neutre à court/moyen terme. À court terme, le premier niveau de support à surveiller serait situé autour de 14,10 $US/boisseau (518 $US/TM) alors que le prochain objectif que devrait tenter d'atteindre à la hausse le prix du soya serait à 14,70 $US/boisseau (540 $US/TM).
