Supportés principalement par de la spéculation ainsi que des conditions météorologiques toujours inquiétantes en Amérique du Sud et en Australie, les prix des grains ont su progresser de manière intéressante depuis la dernière revue des marchés du 23 décembre dernier, particulièrement celui du soya. À la fermeture des marchés au 31 décembre 10 :
Maïs (mar. 11) : + 0,15 $US/boisseau (+ 6 $US/TM) à 6,29 $US/boisseau (248 $US/TM)
Soya (janv. 11) : + 0,4425 $US/boisseau (+ 16 $US/TM) à 13,9375 $US/boisseau (512 $US/TM)
Blé (mar. 11) : + 0,1125 $US/boisseau (+ 4 $US/TM) à 7,9425 $US/boisseau (292 $US/TM)
Par contre, à l'image de ce qu'est un marché plus spéculatif qu'à la normale, au moindre signe qu'un élément puisse en menacer les profits, les prix des grains peuvent alors rapidement se corriger comme se fût le cas aujourd'hui.
Maïs (mar. 11) : - 0,12 $US/boisseau (- 4,72 $US/TM) à 6,0825 $US/boisseau (239,5 $US/TM)
Soya (janv. 11) : - 0,12 $US/boisseau (- 4,41 $US/TM) à 13,6950 $US/boisseau (503 $US/TM)
Blé (mar. 11) : - 0,1550 $US/boisseau (- 5,70 $US/TM) à 7,8950 $US/boisseau (290 $US/TM)
Le principal élément déclencheur : des averses importantes sont finalement attendues en Amérique du Sud au cours des 2 prochaines semaines. Rappelons que depuis l'automne dernier, des conditions très sèches ont été rapportées dans cet hémisphère du globe, particulièrement en Argentine, ce qui aurait même contraint certains producteurs à semer à nouveau leurs terres. Ainsi, supporté entre autres par ces conditions très sèches et l'absence de signes d'accalmi, les prix du soya et du maïs ont su profiter de ces incertitudes pour réaliser des gains intéressants au cours des dernières semaines.
En Australie, les conditions très humides rapportées depuis plusieurs semaines et les inondations des derniers jours ont permis au prix du blé de progresser à nouveau de manière intéressante hier. Par contre, comme en font mention plusieurs analystes aujourd'hui, cette réaction des marchés était largement incohérente avec la réalité étant donné le fait que la récolte australienne, bien que retardée de près de 1 mois, soit maintenant pratiquement complétée.
Selon le dernier rapport hebdomadaire du CFTC sur les positions des négociants à la Bourse de Chicago de la semaine dernière, les fonds d'investissements financiers et spéculateurs ont atteint de nouvelles positions records :
Maïs : + 17 672 contrats à 480 435 positions nettes d'achetées (long)
Soya : + 12 244 contrats à 228 273 positions nettes d'achetées (long)
À ce titre, ceux-ci avaient déjà atteint à au moins 2 reprises de nouvelles positions records au cours de l'automne dernier, alors que le marché des grains profitait de nouvelles vagues d'investissements. Or, bien que ces regains d'intérêts aient été appuyés sur des bases fondamentales solides, des corrections non négligeables ont eu lieu par la suite puisque les fonds d'investissements et spéculateurs demeurent essentiellement motivés par la réalisation de profits rapides à moindre risque.
Contextuellement, bien que l'état de l'offre et demande de grains demeure toujours problématique pour 2011, l'annonce d'averses en Amérique du Sud, la fin de la récolte en Australie ainsi que le contexte général des marchés financiers particulièrement défavorables d'aujourd'hui (baisse du prix du pétrole, hausse de la valeur du dollar américain, baisse des valeurs des autres commodités) ont ainsi incité les fonds d'investissements financiers et spéculateurs à réaliser des prises de profits et prendre du recul aujourd'hui.
Comme c'est le cas lorsque les prix des grains initient une correction à la baisse après plusieurs jours de progression, la question reste à savoir de combien reculeront-ils au cours des prochains jours/semaines?
Pour l'instant, les avis demeurent partagés. Certains estiment que le contexte précaire de l'offre de grains pour 2011, la forte demande prévue ainsi que les incertitudes qui entourent toujours les cultures en Amérique du Sud limiteraient la capacité des prix des grains à baisser de manière importante. C'est ce que laisse entendre notamment Luisa Longo, négociant sur le parquet de la Bourse de Chicago, dans un commentaire paru sur le site de Agriculture.com :
« Je vois chaque faiblesse des prix comme une opportunité d'acheter alors qu'il y a toujours une forte demande de la Chine et que des incertitudes liées aux conditions météorologiques en Amérique du Sud et en Australie menacent toujours les cultures. »
D'autres croient plutôt que la hausse des deux dernières semaines a été réalisée sur un léger volume de transactions à la Bourse de Chicago et que, par conséquent, la correction pourrait être éventuellement plus sévère comme le sous-entend au Dow Jones Newswire le président de Central States Commodities, Jason Britt :
« L'afflux massif (d'argent) qui a propulsé les marchés sur un faible volume de transactions jusqu'à la fin de l'année est en train de nous saigner. »
À cet effet, Tim Hannagan, analyste senior du marché des grains chez PFGBest.com, croit que si les averses se poursuivent en Amérique du Sud, les prix des grains offrent pour l'instant une marge importante de jeu à ce que ceux-ci se replient :
« Sur le mars 11, le rallie météorologique a commencé à 5,42 $US/boisseau (213 $US/TM) dans le maïs et à 12 $US/boisseau (441 $US/TM). Il y a donc encore amplement de prime météorologique à soustraire des prix si les averses continuent. »
Dans tous les cas et hors de tout doute, aux yeux des analystes, le prochain élément clé à surveiller demeure cependant le prochain rapport du USDA qui sera présenté le 12 janvier prochain, rapport qui devrait donné le ton au comportement des prix des grains pour le reste du mois de janvier.
