Le prix des grains s'est replié dans l'ensemble aujourd'hui alors que le contexte général des marchés financiers ainsi que très peu de nouvelles encourageantes du côté de l'offre et de la demande actuelle de grains continuent d'éprouver le marché des grains.
Avant même l'ouverture des marchés ce matin, plusieurs analystes anticipaient une dure journée pour le prix des grains comme en témoigne ce commentaire publié ce matin sur le site de Allendale Inc. :
« La pression des marchés extérieurs (marchés financiers autres que celui des grains) sera le principal facteur déterminant de la journée pour les marchés des grains. Le mot d'ordre aujourd'hui, liquidation de toutes les commodités (agricoles ou non). »
La raison derrière ce sentiment aussi négatif qui exerce une forte pression à la baisse sur le prix des grains demeure toujours sensiblement la même : le mauvais contexte économique qui demeure irrésolu en Europe, la chute de l'Euro qui en découle et la hausse de la valeur du dollar américain.
Aujourd'hui, mentionnons à cet effet que :
La valeur du dollar américain a à nouveau frisé son récent sommet à 87 points sur son Index.*
Le prix du pétrole a atteint un nouveau creux inégalé depuis la fin juillet 2009 à pratiquement 64 $US/baril. Il est cependant parvenu à confiner sa baisse en terminant à un peu plus de 68$US/baril.**
L'un des principaux indices boursiers de référence, le Dow Jones Industrial, a perdu près de 150 points sur son Index.
Devant autant d'incertitudes, les investisseurs et spéculateurs préfèrent ainsi se retirer de marchés risqués, comme celui des commodités agricoles, plutôt que de courir davantage de risques en attendant de voir comment la situation générale des marchés financiers se comportera au cours des prochains jours/semaines.
* La perception générale des marchés veut que lorsque le dollar américain augmente, elle rende par la même occasion la valeur des grains américains plus élevée sur les marchés internationaux ce qui, par effet d'entrainement, réduirait les perspectives à moyen terme de demande à l'exportation de grains américains. En conséquence, il est entendu que lorsque la valeur du dollar américain grimpe, celle des grains sur des marchés boursiers américains comme la Bourse de Chicago diminue.
** En raison du lien étroit qui est établi entre le prix du pétrole et celui des biocarburants, comme l'éthanol fabriqué à partir de maïs et le biodiésel fait à partir d'huile de soya, généralement lorsque le prix du pétrole diminue, celui des biocarburants baisse également ce qui exerce une pression baissière sur le prix des grains.
Prix du maïs
Malgré un léger regain de sa valeur à la fin de la semaine dernière et au début de cette semaine, le prix du maïs n'est pas parvenu à échapper au mauvais contexte des marchés financiers comme il l'avait pourtant déjà fait au début du mois de mai. Au terme d'aujourd'hui, le prix du maïs sur le contrat à terme de juillet 10 a perdu 0,0675 $US/boisseau (2,84 $CAN/TM) pour finir à 3,6425 $US/boisseau (153,39 $CAN/TM).
En dehors du contexte négatif des marchés financiers, le prix du maïs continue également de subir les contrecoups des ensemencements américains qui progressent toujours à un rythme plus important qu'à la normale. Selon le USDA, en date du 23 mai dernier :
Les ensemencements de maïs américain étaient complétés à 93% contre 89% en moyenne sur 5 ans.
71% du maïs aux États-Unis était déjà germer contre en moyenne 62% sur 5 ans
L'état des cultures du maïs américain est passé de 67% classé bien à excellent la semaine précédente à 71% au 23 mai.
Les excellentes ventes hebdomadaires à l'exportation de maïs américain, qui persistent toujours, seraient l'un des principaux éléments qui empêcheraient pour l'instant un repli important du prix du maïs. Selon le dernier rapport du USDA de jeudi dernier, ils ont atteint 1,59 million de tonnes pour la semaine se terminant le 13 mai.

Techniquement, sur le contrat à terme de juillet 10, le regain qu'a connu le prix du maïs à la fin de la semaine dernière et au début de cette semaine semble avoir été de courte durée.
Selon le graphique, cette situation révèlerait que les marchés éprouvent de plus en plus de difficultés à faire progresser à la hausse de manière importante et soutenue le prix du maïs. À court terme, une tendance baissière serait même en place étant donné l'incapacité des marchés à retourner tester son sommet atteint à la mi-mai à 3,85 $US/boisseau (151,5 $US/TM). À moyen terme, le prix du maïs semble cependant confiné pour l'instant dans une tendance neutre établie entre 3,5150 $US/boisseau (138 $US/TM) et 3,85 $US/boisseau (151,5 $US/TM).
Prix du soya
Tout comme le prix des autres commodités agricoles, celui du soya a fléchi devant la mauvaise situation générale des marchés financiers et le retrait des investisseurs et spéculateurs qui en découle. Aujourd'hui, sur le contrat à terme de juillet 10, il a perdu 0,11 $US/boisseau (4,32 $US/TM) pour terminer la journée à 9,2950 $US/boisseau (365,34 $US/TM). Il s'agit de sa fermeture la moins élevée depuis le début du mois de février dernier.
Le prix du soya n'aura profité que très brièvement de l'annonce, par le USDA dans son rapport hebdomadaire de progression des ensemencements américains hier en fin de journée, du fait que les ensemencements américains à 53% complétés sont légèrement inférieures à la moyenne des 5 dernières années de 57%. Dans les faits, les conditions météorologiques qui sont prévues actuellement aux États unis et pratiquement idéales ont eu tôt fait d'étouffer le peu d'intérêt qu'aurait pu avoir le retard des ensemencements rapporté par le USDA pour le soya.
Un certain support provenant des inventaires de soya américain serrés pour cette année joue toujours en faveur du prix du soya à court terme. Les ventes à l'exportation hebdomadaire de soya américain à 564 000 tonnes qu'a rapporté le USDA jeudi dernier ont également pu bénéficier au prix du soya à court terme.
Par contre, le contexte à moyen et long terme, avec entre autres les productions records de soya du Brésil et de l'Argentine qui sont présentement écoulées sur les marchés internationaux et l'idée que les États-Unis pourraient récolter une autre production record de soya cette année, fait en sorte que le prix du soya continue pour l'instant de perdre toujours progressivement de sa valeur.

Comme le révèle le comportement sur le graphique du prix du soya sur le contrat à terme de juillet 10, celui-ci connaît une très forte tendance baissière depuis la fin d'avril dernier. Cette forte tendance qui persiste pourrait, si elle n'est pas prochainement arrêtée, forcer le prix du soya à tester et briser son important support établi à 9,30 $US/boisseau (342 $US/TM). À partir de ce moment, rien n'exclut la possibilité que le prix du soya brise par la suite son creux de 2010 à 9,20 $US/boisseau (338 $US/TM) pour ensuite aller tester les 9,00 $US/boisseau (331 $US/TM), niveau qu'il n'a pas atteint depuis l'automne dernier. Cette situation est d'autant plus inquiétante que, en temps normal à ce moment-ci de l'année, le prix du soya profite plutôt de valeur saisonnière plus élevée en raison des incertitudes entourant les ensemencements et les conditions de culture qui les suivront.
