Le prix des grains est terminé en hausse aujourd'hui après avoir touché des niveaux de faiblesse inégalés depuis pratiquement 4 mois. À l'ouverture des marchés ce matin, le prix du maïs a brièvement été se transiger en dessous des 3,50 $US/boisseau (138$US/TM) alors que le prix du soya a touché les 9 $US/boisseau (331 $US/TM). Par la suite, malgré un contexte général des marchés financiers très négatif, le prix des grains ait parvenu à reprendre du terrain pour finir en hausse.
La valeur du dollar américain continue de progresser de manière très importante. Aujourd'hui, sur son Index, il a gagné 0,52 points pour terminer pour la première fois depuis le mois de juillet dernier au dessus de 80 points à 80,19 points.
Le prix du pétrole a connu un repli très important aujourd'hui de pratiquement 4$US/baril pour terminer la journée à 73,14$US/baril.
Les marchés des actions boursières ont connu aussi une journée difficile. Le Dow Jones Industrial, un indice boursier américain de référence dans le monde, a notamment perdu 271 points pour retourner en dessous des 10 000 points à 9 970 points, niveau qu'il n'a pas connu depuis novembre dernier.
Dans l'ensemble, il est très surprenant que le prix des grains ait été en mesure de terminer la journée en hausse alors que le contexte des marchés financiers n'avait pas été aussi négatif depuis plusieurs semaines. À l'exception de l'annonce par l'EPA (voir plus loin : Des nouvelles encourageantes pour l'industrie des biocarburants aux États-Unis), aucune nouvelle particulière n'a été rapporté qui puisse supporter une telle hausse du prix des grains.
À priori, la seule raison qui expliquerait cette hausse provient à nouveau d'un rebond technique alors que le prix des grains a connu de nouveaux creux à l'ouverture des marchés ce matin. Selon ce que rapporte le Dow Jones Newswires, cette hausse pourrait également être attribuable au désintérêt des producteurs à vendre à ces niveaux de prix ainsi qu'à des achats commerciaux. Certains croient aussi que les marchés auraient maintenant très bientôt pleinement incorporé au prix actuel des grains le contexte de l'offre et de la demande pour 2010.
Il demeure cependant difficile de croire que la baisse du prix des grains soit réellement terminée, notamment considérant qu'encore plusieurs firmes révisent chaque semaine à la hausse leurs estimations des productions de soya et de maïs en Amérique du Sud. Par contre, après l'importante baisse qu'il a connue depuis le 12 janvier dernier, le prix des grains devrait maintenant baisser avec beaucoup plus d'hésitation qu'il ne l'a fait jusqu'à présent. Cette semaine est un bon exemple à cet effet.
Rapport hebdomadaire des ventes à l'exportation de grains américains du USDA
Le USDA a présenté aujourd'hui son rapport hebdomadaire sur les ventes américaines à l'exportation de grains. Voici les résultats :

Le rapport est jugé par les marchés comme neutre pour le maïs et le blé et négatif pour le soya.
L'importante baisse des ventes à l'exportation de soya américain enregistrée n'est pas surprenante. Depuis plusieurs semaines, les marchés s'attendaient à une telle baisse puisque selon eux, ce n'était qu'une question de temps avant que la Chine ne cesse d'acheter du soya américain pour plutôt s'approvisionner en Amérique du Sud.
Il faut aussi rappeler que la valeur du dollar américain n'a pratiquement pas cessé de grimper depuis le début de l'année, rendant du même coup les produits que les États-Unis exportent, comme le soya, plus cher sur les marchés internationaux. À l'inverse, les valeurs des devises du Brésil (le Real) et de l'Argentine (le Peso) sont en baisse, rendant la valeur de leur soya encore plus attrayante sur les marchés internationaux.
Les États-Unis ont aussi connu depuis le début de leur année commerciale (septembre 2009) des niveaux exceptionnels de ventes à l'exportation de soya, ce qui leur permet d'être présentement en nette avance par rapport aux prévisions du USDA pour cette année.
Pour le maïs, le résultat des ventes américaines à l'exportation est plus décevant. Présentement, celles-ci sont loin d'être en ligne avec les prévisions du USDA pour 2009-10.
Il y a quelques semaines, certains laissaient entendre que les ventes à l'exportation de maïs américain pourraient augmenter en raison notamment de la moins bonne récolte 2009 de la Chine. Cette hypothèse demeure toujours en place. Cependant, il faut noter qu'avec la hausse du dollar américain et la production très importante maintenant prévue en Argentine (7e producteur mais 3e exportateur mondiale de maïs), il devient de plus en plus probable que les ventes à l'exportation de maïs américain ne gagneront pas autant de terrain que prévu au cours des prochains mois.
Pour en savoir plus sur ce dernier rapport du USDA (en anglais) : http://www.fas.usda.gov/export-sales/highlite.htm
Des nouvelles encourageantes pour l'industrie des biocarburants aux États-Unis
L'EPA (Environmental Protection Agency) aux États-Unis a annoncé de bonnes nouvelles pour l'industrie des biocarburants.
L'EPA a approuvé l'utilisation d'huile de soya pour la fabrication de biodiesel aux États-Unis. Selon l'agence, le biodiesel fabriqué à partir d'huile de soya rencontre tous les critères environnementaux nécessaires pour être conforme aux nouveaux Standards de Carburants Renouvelable (Renewable Fuel Standard ou RFS2) en vigueur aux États-Unis. Cette approbation devrait permettre une augmentation importante de la consommation de soya destiné à la fabrication de biocarburant au cours des prochains mois.
Dans cette même foulée, l'EPA a annoncé qu'elle avait réévalué l'éthanol fabriqué à partir de maïs et qu'elle le considère maintenant comme une vraie alternative à l'essence. Il y a quelques mois, l'EPA avait indiqué qu'elle demeurait incertaine de l'usage de l'éthanol fait à partir de maïs. À cette époque, selon son modèle, l'EPA jugeait notamment que les émissions de carbone générées au cours du processus de fabrication de l'éthanol fait à partir de maïs dépassaient les gains obtenus en l'utilisant comme source de carburant. Toutefois, la révision de son modèle permet à l'EPA d'affirmer aujourd'hui que l'usage d'éthanol fait à partir de maïs comme carburant permet de réduire de 20% les émissions de carbone comparativement à l'essence ordinaire.
Ces deux nouvelles annoncées par l'EPA sont jugées très positives pour les biocarburants et, par la même occasion, pour la consommation et le prix des grains.
Les États-Unis sont le principal producteur et exportateur d'éthanol fabriqué à partir de maïs dans le monde. Annuellement, plus de 30% de la production américaine de maïs est destinée à la fabrication d'éthanol.
Nouvelles en vrac
Selon Informa Economics, une importante firme d'analyses économiques, l'Argentine produirait cette année 1 millions de plus de maïs que ce qui était prévue alors que le Brésil en récolterait 2,3 millions de plus que ce qu'anticipe présentement le USDA. La firme estime également que le Brésil devrait récolter 1,5 millions de tonnes de plus de soya et l'Argentine 1 millions de tonnes de plus que ce que prévoit présentement le USDA. Bien que les estimations varient d'une source à l'autre, dans tout les cas, le Brésil et l'Argentine demeurent sur le point de récolter leurs plus importantes récoltes de leurs histoires.
Statistique Canada présente demain ses estimations d'inventaires de grains au Canada en date du 31 décembre dernier. Les estimations des marchés sont:
Blé (toute sorte confondue) : 22,7 millions de tonnes contre 22 au 31 décembre 2008
Avoine : 3 millions de tonnes contre 2,7 au 31 décembre 2008
Canola : 8,8 millions de tonnes contre 9,15 au 31 décembre 2008
Le Canada est le troisième plus important producteur mondial de canola et d'avoine. Il s'illustre également comme étant le 6e plus important producteur de blé.
L'Argentine connaîtrait présentement de nombreuses averses très bénéfiques aux cultures qui ont connu des conditions très chaudes et sèches depuis plusieurs semaines. Ses conditions devraient se poursuivre encore pour plusieurs jours alors que les cultures sont dans une période critique de leur développement. Ceci laisse entendre que l'Argentine pourrait connaître des récoltes encore plus importantes que ce qu'anticipent depuis le début de l'année les marchés.
