Les marchés n'ont pas donné suite aujourd'hui à la sévère correction du prix des grains d'hier qui, selon bon nombre d'analystes, était attribuable en partie à la hausse de la valeur du dollar américain depuis mercredi. La hausse du prix du pétrole des derniers jours serait l'un des éléments qui auraient empêché le prix des grains de continuer son repli.
Le prix des grains a progressé de manière exceptionnelle pour une période de récolte depuis la fin du mois de septembre dernier, alors que plusieurs n'entrevoyaient à ce moment aucune possibilité de hausse des prix. Il est maintenant difficile d'ignorer que ce rallye étonnant du prix des grains n'était pas uniquement attribuable aux retards des récoltes aux États-Unis. Dans les faits, au cours de cette même période, les fonds d'investissements financiers se sont également appuyés sur la baisse du dollar américain pour réaliser des achats importants de grain sur les marchés financiers, entraînant par la même occasion de la spéculation sur la valeur réelle du prix des grains. Quelle direction prendront maintenant le prix des grains n'en tient toujours qu'à eux puisqu'au niveau du contexte de l'offre et de la demande de grain, la situation n'est pas avantageuse.
La récolte de maïs américain sera certainement de moindre importance et de qualité que prévu. Par contre, la demande demeure toujours incertaine pour 2010 et beaucoup d'espoir repose sur la reprise de l'économie et de l'industrie de l'éthanol. Mais du côté de l'offre, il reste que la disponibilité de maïs demeure élevée et répondra adéquatement à la demande selon les informations actuellement disponibles.
Au niveau du soya, il devient de plus en plus évident que l'offre de soya sur les marchés sera très élevée en 2010. Bien entendu, tout indique que la demande de soya pour 2010 sera aussi très forte, notamment considérant les achats agressifs de soya américain de la Chine depuis le début de l'année. Par contre, il faut rappeler que la Chine aurait déjà acheté une quantité beaucoup plus importante qu'en temps normal des États-Unis et, si les cultures sud-américaines continuent de connaître de bonnes conditions, les Chinois auront tôt fait de réduire leurs importations de soya américain pour se tourner vers celui d'Amérique du Sud. Dans cette perspective, lorsque la Chine commencera progressivement à acheter du soya sud-américain plutôt que des États-Unis, il est difficile de croire que les ventes à l'exportation américaine de soya se poursuivront au rythme auquel elles se réalisent présentement de semaine en semaine. Cette perspective est d'autant plus inquiétante que l'Argentine et le Brésil, principaux pays producteurs de soya en Amérique du Sud, continuent de confirmer que leurs récoltes de soya devraient atteindre des niveaux records.
Considérant les situations actuelles ambigües de l'offre et de la demande de maïs et de soya, il devient de plus en plus clair que, sans le support des fonds d'investissements financiers et de la spéculation des dernières semaines, le prix des grains devra surmonter de nombreux obstacles avant de pouvoir bondir à nouveau et atteindre de nouveaux sommets. Et, comme ce fût le cas depuis la fin de septembre dernier, l'un des principaux éléments à surveiller pour suivre le comportement des fonds d'investissements financiers demeure toujours le comportement général des marchés financiers, la valeur du dollar américain en tête de liste.
** Facteurs du contexte général des marchés financiers qui peuvent faire baisser le prix des grains (par ordre d'importance) à surveiller :
Une hausse significative de la valeur du dollar américain
Une baisse de la valeur du pétrole
Une baisse de l'ensemble des marchés boursiers
