Pratiquement partout en Amérique du Nord, surtout dans le Midwest américain, mais aussi en Ontario et au Québec, le début de saison aura été très difficile et tardif cette année.
Aux États-Unis, à la mi-juin, il restait encore 8% de maïs à semer, soit environ 2,8 millions d’ha. Les principaux États retardataires étaient surtout ceux entourant les Grands Lacs, soit le Michigan, l’Ohio, l’Illinois et l’Indiana ainsi que le Missouri et le Dakota du Sud plus à l’ouest. Nous sommes depuis déjà un bon moment passé la date butoir à laquelle les producteurs américains se devaient de choisir s’ils sèmeraient ou non leur maïs. On estime qu’au mieux, 2,4 à 3,2 millions d’acres ne seront pas semés, mais ce pourrait être certainement davantage.
Avec ces ensemencements américains très tardifs, et la météo qui ne semble toujours pas collaborer aux États-Unis, le USDA prévoit déjà que le rendement américain de maïs reculera de 11,1 tonnes/ha l’an dernier à seulement 10,4 tonnes/ha cette année. Mais, la saison est encore jeune et on croit très possible que ce rendement puisse être encore plus faible, voire sous 9,7 à 10 tonnes/ha.
En tenant compte de toutes ces informations, on parle d’une récolte américaine qui risque fort de ne pas dépasser 300 à 330 millions de tonnes contre 366 millions de tonnes l’an dernier. C’est tout un plongeon de la production américaine de maïs qui se profile à l’horizon pour cet automne. Mais, ce n’est pas tout, au Canada aussi, le mauvais début de saison laisse présager des récoltes bien décevantes.
En Ontario, dans le sud de la province où se concentre pratiquement l’ensemble de la production de maïs ontarien, le printemps aura vu de 10 à 25% plus de précipitations qu’à la normale.
En Ontario, les sols affichent un excès d’humidité nettement au-dessus des normales.
Selon OMAFRA, à la fin de la semaine dernière, il restait encore 5 à 10% de maïs à semer (Ontario Field Crop Report – Week of June 10th, 2019); surtout dans des sols plus lourds où les ensemencements ne faisaient que débuter dans certains cas.
Considérant maintenant les intentions d’ensemencement en Ontario d’un record de 900 800 ha selon Statistique Canada, et un recul comparable au mieux de ce qui est prévu aux États-Unis, les superficies semées passeraient alors à 567 000 ha seulement. Avec un recul du rendement à prévoir de l’ordre de 10 à 20%, une moyenne de rendement de 10,3 tonnes/ha depuis 5 ans, et davantage de superficies non semées en raison des mauvaises conditions, nous passerions alors à une récolte de l’ordre de seulement 4 à 5 millions de tonnes contre 8,77 millions de tonnes l’an dernier.
Enfin, au Québec, on sait très bien que la météo aura aussi été difficile ce printemps, avec des ensemencements très tardifs.
En date de la fin de la semaine dernière, selon les données recueillies par l’équipe de la Tournée des Grandes Cultures (Progression des cultures au Québec - 17 juin 2019), les ensemencements de maïs étaient terminés à 93%, laissant environ 28 000 ha à semer selon les données d’intentions d’ensemencement de Statistique Canada.
Contrairement à plusieurs régions encore très humides en Ontario et dans le Midwest américain, au Québec, le temps se sera montré par contre un peu plus favorable depuis le début juin. Encore de bonnes précipitations, mais aussi quelques fenêtres de conditions plus chaudes et sèches pour terminer les semis et aider à l’émergence des cultures.
Au Québec, l’humidité du sol par rapport à la normale est très variable selon les régions.
Mais sans contredit, avec ces ensemencements très tardifs au Québec, il est loin d’être sûr que les rendements seront au rendez-vous ici aussi cet automne.
Considérant les intentions d’ensemencement des producteurs québécois prévus à leur plus haut depuis 2013 par Statistique Canada à 401 500 ha, un rendement possiblement en baisse de l’ordre de 10 à 20%, une moyenne de rendement 5 ans de 9,7 tonnes/ha, nous obtiendrons alors une récolte de maïs au Québec d’au mieux 3,1 à 3,5 millions de tonnes contre 3,6 millions de tonnes l’an dernier.
Si finalement, on additionne États-Unis, Ontario et Québec, on peut prévoir essentiellement une baisse annuelle de production de maïs nord-américain d’au moins 40 à plus de 71 millions de tonnes. Historiquement, une baisse aussi importante de l’ordre de 9 à 17% n’a pas été observée depuis évidemment 2012, avec 10% de recul. Il faut ensuite remonter à 1995, avec une forte baisse de 24%.

Alors que nous n’en sommes qu’à la mi-juin, avec un tel contexte, il apparait de plus en plus inévitable que le marché du maïs a la capacité de s’apprécier encore davantage.
Sur le marché local, au Québec, on sent d’ailleurs très bien la nervosité des acheteurs qui, avec raison, n’hésite pas maintenant à offrir davantage pour sécuriser des volumes pour les prochains mois. Selon les régions, nous avons vu les prix passer au début mai dernier de 210-220 $ la tonne à maintenant plus de 250 $ la tonne pour une livraison immédiate, et de 200-205 $ à plus de 220-230$ la tonne pour la récolte.
Pour leurs stratégies de ventes, ceux qui ont encore du maïs sont certainement en bonne situation. Mais, si vous avez déjà tout vendu votre maïs de l’an dernier, avez-vous commencé à vendre aussi celui de la nouvelle récolte? Tant que les prix montent, on peut se dire qu’attendre est certainement une bonne approche. Sauf qu’une fois les sommets atteints, serez-vous prêt?
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