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Nouvelles Philip Shaw

Explosion de la demande alimentaire en Asie

13 février 2018, Philip Shaw

Comme l’avion décollait de Toronto, je me préparais à une autre odyssée en Asie. L’Airbus A-380, le plus grand avion de passagers du monde, s’est frayé un chemin dans la neige épaisse et s’est envolé avec conviction, comme un semoir qui pénètre le sol. Après 16 heures et un arrêt à Dubai, l’avion a atterri à Dhaka, au Bangladesh. C’était la sixième fois qu’un avion atterrissait au Bangladesh avec moi à bord au cours des 25 dernières années.  

Lorsque je suis arrivé au Bangladesh pour la première fois en 1993, le pays comptait 92 millions d’habitants. Aujourd’hui, en 2018, il y en a 160 millions. Avec un taux de croissance économique annuel d’environ 7 %, l’économie a quadruplé entre ma première visite et celle-ci. Bien entendu, j’ai parlé de bon nombre de mes voyages dans mes chroniques en 32 ans. Cette fois, je rendais visite à mon collègue A.K. Enamul Haque, qui est professeur d’économie à l’Université East-West à Dhaka, au Bangladesh. Nous avions fait notre maîtrise ensemble à l’Université de Guelph dans le temps, à la fin des années 1980. 

Le Bangladesh est un moteur agricole; la plupart des habitants vivent de l’agriculture. Mais les choses changent. L’économie continue de se développer et les gens s’installent dans les villes. La production de riz est la plus importante dans les campagnes du Bangladesh, mais on trouve aussi des légumes, du maïs et plusieurs cultures tropicales comme le thé et les agrumes. Comme la superficie est relativement petite pour 160 millions d’habitants, il s’agit du pays le plus densément peuplé du monde. La majeure partie de sa production agricole annuelle est donc consommée localement. Évidemment, le pays est toujours pauvre et il y a de nombreux estomacs vides. Il va sans dire que les agriculteurs bangladais travaillent très fort pour nourrir la population.

Il faut se préparer mentalement lorsqu’on se rend là-bas. Qu’est-ce que je veux dire par là? Simplement que les sens sont pris d’assaut dès l’arrivée, surtout si l’on est habitué à la culture occidentale et aux campagnes d’ici. Même si le Bangladesh est considéré comme une économie frontalière avec un taux de croissance économique incroyable, le pays est tout de même pauvre. Certains peuvent le qualifier de théâtre de pauvreté, avec quelques scènes de dépravation humaine au-delà des limites de l’imagination. Si l’on n’est pas prêt pour ça en débarquant de l’avion, on en est profondément troublé. Personnellement, je suis passé par-dessus ça il y a des années et je suis tout à fait à l’aise de me promener dans un pays où tout le monde est épouvantablement à deux doigts de la pauvreté. La nourriture occupe une place dominante dans l’imagination de tous. La famine a déjà frappé ici à la suite de la guerre de libération (1971), qui a permis au pays, avec l’aide de l’Inde, de devenir indépendant du Pakistan. 

En 2018, il y a de la nourriture partout. Les marchés regorgent d’étals de nourriture avec des piles d’oranges, de bananes et d’autres produits alimentaires.   Des poulets vivants sont en vente ici et là. Malgré cela et même si, au cours des 25 dernières années, il y a eu diminution du taux de pauvreté, qui est évidente dans les rues et les régions rurales, il y a encore des estomacs vides. La réussite économique du pays défie l’imagination. Situé entre l’Inde et le Myanmar et bordé au nord par la Chine, le Bangladesh bénéficie vraiment de sa géographie. Sur place, on peut sentir l’influence de la Chine et de l’Inde.

Comme c’est toujours le cas, on m’a encore demandé cette fois de parler aux étudiants de l’Université East-West. On voulait que j’adresse les questions des politiques environnementales au Canada et leur effet sur l’agriculture canadienne et les agriculteurs canadiens. J’ai abordé le sujet des pesticides, de l’utilisation d’engrais, de la rotation des cultures, des pratiques culturales, des changements climatiques et des biocarburants. J’étais devant une classe de droit en économie environnementale. J’y ai fait un exposé et animé une discussion pendant 90 minutes. Et comme les fois précédentes, ça a été une expérience formidable. Parler à de jeunes étudiants asiatiques de leur potentiel économique est toujours un moment fort pour moi.

Je dis ça entre autres parce que, en tant qu’agriculteur canadien et journaliste agricole pour DTN, j’ai souvent mentionné l’Asie comme étant un marché assoiffé de produits agricoles. En bref, je peux le dire un million de fois : j’aimerais pouvoir emmener chacune d’entre vous en Asie avec moi au moins une fois. Il n’y a rien comme vivre soi-même l’émotion puissante de se retrouver en Asie et de constater l’impact des taux de croissance économique élevés, l’augmentation des revenus qui en découle, et qui se traduit à son tour par une augmentation de la demande alimentaire. Il n’y a rien comme voir tout ça de près et se rendre compte que cette partie du monde couve une demande de produits agricoles hallucinante et le phénomène ne fait que prendre de l’ampleur. 

Il y a encore des problèmes non réglés, notamment la politique et la faim. La pauvreté est moins évidente chaque fois que je retourne au Bangladesh. Cependant, le théâtre de pauvreté existe toujours dans une certaine mesure. Bien entendu, l’Asie demeure le bastion d’une demande inexploitée et apparemment insatiable de produits agricoles. Oui, j’y retournerai un jour. Qui veut se joindre à moi?


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