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Nouvelle

Fin d’année sans éclat pour le marché des grains, retour sur 2017

30 décembre 2017,

Les derniers jours de 2017 auront été en quelque sorte à l’image de l’année elle-même, sans éclat, décevant, avec un timide touche d’optimisme du côté du marché du soya. Mais, au net, le constat parle de par lui-même. Pour une 4e année, les rendements et récoltes obtenus sont à nouveau à des sommets, dans certains cas, des niveaux record, et ce, autant à l’échelle américaine que dans plusieurs pays dans le monde. Résultat, malgré des chiffres très encourageants du côté de la demande, la disponibilité importante de grains jette toujours une ombre sur les perspectives des prix.

Maïs
Après avoir semé des superficies record de 94 millions d’acres en 2016, les producteurs américains ont réduit leurs ensemencements un peu plus que prévu en 2017 à 90,4 millions d’acres. Cette réduction de près de 4% est non-négligeable, ce qui aura donné espoir de voir la récolte américaine 2017 de maïs fondre davantage, spécialement avec les conditions météo chaudes et sèches qui ont été observées en juillet dernier dans l’ouest/nord-ouest du Midwest américain.

Mais, à la surprise de plusieurs, les rendements américains obtenus ont fracassé de nouveau des records, s’établissant selon l’estimation actuelle du USDA à un niveau moyen de 175,4 boisseaux/acre, dépassant ainsi le record précédent de 2016 de 174,6 boisseaux/acre.

Au net, avec la réduction des superficies ensemencées et récoltées aux États-Unis en 2017, la récolte américaine n’aura ainsi pas reculé autant que prévu, passant d’un record de 15,148 milliards de boisseaux en 2016-17 à 14,578 milliards de boisseaux pour 2017-18. Historiquement, cette récolte demeure néanmoins la seconde en importance suivant le record de 2016-17.

2017 aura également vu les récoltes du Brésil et de l’Argentine atteindre à l’hiver/printemps dernier des nouveaux records de respectivement 98,5 et 41 millions de tonnes.

En somme 2017 aura donc vu une nouvelle vague d’offre importante de maïs inondé les marchés, ce qui se sera particulièrement bien reflété dans les chiffres d’exportation de maïs américain qui affichent toujours un bon retard par rapport à la normale. Le USDA prévoit lui-même un recul important des exportations américaines de maïs pour 2017-18 de -16% à 1,925 milliards de boisseaux.

Heureusement, la faiblesse persistante du marché du maïs continue de supporter une fermeté intéressante du côté de la demande. Difficile en ce sens d’ignorer le rythme de production hebdomadaire d’éthanol aux États-Unis qui ne cesse d’atteindre de nouveaux niveaux record, dépassant sur toute la ligne les niveaux hebdomadaires de production de l’an dernier déjà eux-mêmes à des sommets. Pour 2017-18, le USDA prévoit d’ailleurs une hausse de l’utilisation de maïs pour la fabrication d’éthanol aux États-Unis à un record de 5,525 milliards de boisseaux contre 5,439 milliards de boisseaux l’an dernier.

Même son de cloche du côté de la consommation animale qui devrait atteindre un record de 6,985 milliards de boisseaux aux États-Unis, et un record également dans le monde de 652,402 millions de tonnes.

Au bas mot, de 2017, on retient donc que ce n’est pas la demande pour le maïs qui aura fait défaut, celle-ci continuant de largement profiter de la faiblesse du marché du maïs. La difficulté demeure plutôt l’excès d’offre alors que malgré certaines difficultés météo, particulièrement du côté américain, les rendements et récoltes ont été au rendez-vous pour une 4e année consécutive.

Pour la prochaine année, la clé demeure donc du côté de l’offre à commencer par les perspectives d’ensemencements américains et la météo en Amérique du Sud. Mais, à priori, rien n’indique à ce stade-ci qu’on puisse s’inquiéter outre mesure d’une nouvelle réduction importante des ensemencements américains. Malgré un début de saison difficile, spécialement du côté de l’Argentine, le retour de précipitation écarte aussi pour le moment une réduction importante des récoltes sud-américaines à venir. Le facteur déterminant apparait donc du côté de la météo américaine pour l’été prochain. Mais, comme l’aura rappelé 2017, il faudra que les conditions soient particulièrement difficiles pour envisager un recul important des rendements et de la récolte américaine.

Techniquement, à Chicago, le comportement du marché du maïs endosse toujours d’importants « supports » à l’approche de 3,0-3,12 $US/boisseau. Un canal neutre important demeure à l’œuvre de 3,0-3,12 à 4,05 $US/boisseau puis 4,44-4,50 $US/boisseau. Considérant le contexte actuel ci-haut discuté, et à défaut d’imprévus météo importants du côté de l’Amérique du Sud, puis par la suite aux États-Unis, la prochaine année s’annonce de nouveau à la neutralité.

 

Soya
Du marché des grains, celui du soya demeure sans aucun doute le plus dynamique. Ceci demeure tout à son honneur considérant qu’année après année, tout comme pour le maïs, les récoltes record se succèdent.

Déjà, à l’hiver dernier, la récolte brésilienne de soya a bondi, affichant une progression annuelle de 18% à un record de 114,1 millions de tonnes. La récolte de l’Argentine n’a pas été en reste, passant à 57,8 millions de tonnes, un second sommet suivant le record de 2014-15 de 61,4 millions de tonnes. Heureusement, les marchés demeurent nerveux à l’idée que les récoltes sud-américaines déçoivent, ce qui avait permis aux prix de démarrer 2017 en force sur fond d’incertitudes météo en Amérique du Sud.

Avec une telle fermeté des prix, les producteurs américains n’auront pas hésité de leur côté à annoncer dès mars dernier leur couleur, avec des intentions d’ensemencements record de 89,5 millions d’acres. Ces superficies auront finalement été dépassées, le USDA estimant aujourd’hui que 90,2 millions d’acres ont été semés par les producteurs américains. Résultat, donnant suite aux importantes récoltes sud-américaines de l’hiver/printemps dernier, les États-Unis ont obtenu pour une 3e année une récolte record, cette fois-ci de 4,425 milliards de boisseaux.

Ainsi, à l’image du maïs, les années de production record à l’échelle américaine et mondiale se succèdent aussi pour le soya avec une récolte mondiale à un nouveau sommet de 348,5 millions de tonnes.

Heureusement, les marchés se montrent toujours confiant de la fermeté de la demande pour la fève de soya. La trituration domestique aux États-Unis devrait atteindre pour une 3e année un niveau record prévu à 1,940 milliards de boisseaux. Alors que les niveaux de production de viande de porc, de bœuf et de volaille sont prévus à des sommets, on prévoit aussi que la demande américaine en tourteau restera elle-même forte à 34,3 millions de tonnes courtes, en hausse de 3% par rapport à 2016-17.

Difficile également de ne pas parler de la Chine qui continue de dominé le marché du soya avec une consommation domestique prévue à un record de 110,8 millions de tonnes, un bond intéressant de +8% par rapport à 2016-17, et des importations également en hausse de +4% à un record de 97,0 millions de tonnes.

Le grand inconnu demeure cependant le changement de dynamique de marché à l’international. Si les États-Unis étaient au début des années 2000 « le » joueur dominant sur les marchés mondiaux, la dynamique a depuis grandement changé avec l’arrivée en force de l’Amérique du Sud qui, plus que jamais en 2017, s’est très bien fait sentir sur les marchés mondiaux avec leurs importantes récoltes de l’hiver/printemps dernier.

Reflétant d’ailleurs très bien cette réalité difficile pour les exportateurs américains, au moment d’écrire ces lignes, on constate toujours un bon retard dans les chiffres hebdomadaires d’exportations de soya américain depuis le début de l’année commerciale 2017-18. Le USDA a d’ailleurs réajusté à la baisse sa prévision d’exportations américaines de soya dans son dernier rapport mensuel d’offre et demande (WASDE) de 2017 de 2,25 à 2,225 milliards de boisseaux, un niveau qui ne propose plus qu’une très légère hausse de +0,051 milliard de boisseaux par rapport à 2016-17.

Certains analystes demeurent par contre optimistes, et avec raison, dans une certaine mesure. Dans les dernières années, le USDA se sera montré systématique trop « conservateur » dans ses premières prévisions de demande pour le soya américain. Par conséquent, depuis plusieurs années, on constate un écart important entre les niveaux de demande prévue initialement et une demande qui se sera finalement montrée beaucoup plus forte en fin d’année. En ce sens, l’année 2018 pourrait donc voir les stocks américains de fin d’année 2017-18 être beaucoup plus serrés que le niveau record actuellement prévu de 445 millions de boisseaux.

À Chicago, le comportement du marché du soya se sera également montré constructif en 2017. Un coup d’œil à la tendance long terme des dernières années permet de constater une rupture de la tendance baissière qui était en vigueur depuis 2012, avec un « timide » début de tendance haussière qu’il faudra valider dans les prochaines semaines/mois.

Le grand objectif pour le marché du soya pour 2018 demeure un retour définitif au-dessus de la barre de 10,00 $US/boisseau. Il apparait cependant hasardeux d’envisager que ce soit possible sans que des problèmes météo ne viennent affecter plus sérieusement les prochaines récoltes sud-américaines et américaines. À l’opposé, le spectre de voir le prix passer sous 9,00 $US/boisseau restera une inquiétude à considérer tant que le risque de nouvelles récoltes record ne sera pas écarté, et ce, même avec la fermeté remarquable de la demande en soya qui se poursuit d’année en année.

 

Blé
Le marché du blé demeure l’enfant mal aimé des marchés et 2017 l’aura de nouveau très bien rappelé. Ainsi, malgré la réduction des ensemencements américains qui touchent des creux inégalés en 100 ans, une sécheresse qui aura par la suite fait craindre le pire pour les récoltes américaines à l’été, ainsi que des conditions difficiles pour les cultures au Canada et en Australie, le marché du blé racle toujours le fond du baril.

Le principal enjeu pour le marché du blé demeure l’arrivée en force de joueurs tels que la Russie et l’Ukraine. La Russie a obtenu en 2017 une nouvelle récolte record de 83 millions de tonnes et l’Ukraine une récolte à un second sommet de 26,8 millions de tonnes suivant son record de 2016 de 27,27 millions de tonnes. Avec une récolte record sous la main, la Russie aura ainsi ravi à l’Europe la 1re place comme premier exportateur mondial de blé avec des exportations records prévus à 33,5 millions de tonnes (28,5 millions de tonnes pour l’Europe).

Dans ce cadre, avec 2017, nul besoin de souligné que le « pôle » commercial du blé se concentre plus que jamais sur la région de la Mer Noire qui dictent depuis maintenant plusieurs mois le rythme de la compétition sur les marchés mondiaux, la Russie en tête. Signe des temps, le CME Groupe a d’ailleurs annoncé en cette fin d’année qu’il proposait maintenant un contrat à terme pour le blé d’origine Mer Noire.

Ainsi, malgré un recul très important de la production américaine de près de -25% à seulement 1,741 millions de boisseaux, la plus faible depuis 2002, les exportateurs américains peinent toujours à exporter le blé américain, le USDA prévoyant un recul de -7,5% à 975 millions de boisseaux.

Pour 2018, le principal enjeu pour le marché du blé restera ainsi la forte compétition sur les marchés mondiaux. Par contre, 2017 illustre aussi une nouvelle dynamique de marché. Avec l’arrivée en force de l’Ukraine et de la Russie, plus de pays se portent garant d’assurer chaque année que la production mondiale restera à même d’approvisionner la demande qui devrait atteindre pour une 5e année un nouveau record, cette fois-ci de 740 millions de tonnes. Et avec les mauvaises conditions météo observées aux États-Unis, au Canada et en Australie, 2017 souligne qu’on ne devrait plus uniquement compter sur de mauvaises récoltes de certains pays pour voir le marché du blé retourner définitivement à la hausse.

Sur une note encourageante, à Chicago, il est néanmoins intéressant de constater que la tendance baissière long terme en vigueur depuis 2012 a été écartée, laissant présager à tout le moins le début d’une tendance neutre de fond s’appuyant sur des supports plus fermes à 3,90-4,00 $US/boisseau.

Même constat du côté du blé de printemps à Minneapolis où, avec les récoltes décevantes américaines en blé de qualité, on peut même espérer la formation d’un début de tendance haussière plus porteuse pour 2018.


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